LE FOYER HOLLANDAIS
La Hollande, devenue un ?<■•■< \riWw".fo.?.i fut. :ri wiT-'i""!". r-:~ des grandes puissances de l'Europe, ua pajs rennmiiié (jour la richesse, le bien-être de su* habitants, le talent do se>> p^;ri1r.-s r; l'activité de ses savants. Les Hnlhndais avaient toujours fti 1rs alliés de la France, lorsque Louis XIV entreprit ite cunqulrir le pays. Il commenta la guerre nn 1672,
En 1672, la Hollande était France. Nos rois l'avaient soutenue. Notre meilleur sang y avait passé. Nous y étions plus que chez nous. On vivait ici, on pensait là-bas. Les Hollandais parlaient français. Dans les rues, les jardins d'Harlem1, le long des canaux de Rotterdam', nous n'entendions que notre langue, et vous vous seriez cru dans voire pays, dans une France, — une France libre, celle-ci, une France de sagesse et de raison.
Un Français3 de la Haye trouva, sous les ombrages de son Bois vénérable, le mot de la pensée moderne qui en a commencé tout le mouvement : « Je pense, donc je suis*. » Nulle raison d'être que la libre pensée. Un Français d'Amsterdam dit le premier mot de l'émancipation, ouvrant son livre ainsi : a Les peuples ont fait les rois. ï
Qui fécondait cette France de Hollande? L'admirable sécurité de ce pays, la protection généreuse qu'il offrait à toute la terre. Pourquoi Descartes aima-t-il ses brouil-
1. Ville Industrielle près du tac de I français, s'cUit relire en Hollande Harlem, aujourd'hui desséché. pour travailler à son aise.
2. Port do commerce. *. Dais lu DiiCOVri de lu mii Descartes, savant et philosophe 1 thoiîê.
lards plus que le soleil de Touraine ? Demandez à Rembrandt1. C'estlui qui fait sentir encore la chaleurdu foyer béni, où la libre pensée, jouissant d'elle-même, se mirant aux lueurs delà réflexion concentrée, vit cent choses profondes que ne voit pas le jour du ciel.
Rembrandt sait bien qu'il n'a pas besoin d'imaginer de vaines merveilles. Il tourne le dos à la fantaisie. Il n'a que faire des diables de Milton*, des Titania de Shakespeare3. Une famille, un rayon de lumière, et pas même un rayon, une dernière lueur de l'àtre éteint, avec cela il prend le cœur. Dans un de ces tableaux, la vieille dame écoute ou s'endort, la jeune fille lit la Bible; entre elles l'enfant dans le berceau. Mais où donc est le père? Absent. Peut-être aux Indes? Et, s'il était noyé, qu'adviendrait-il de ce doux nid, si bien arrangé par deux femmes? Vraiment, je ne suis pas tranquille. Les vents de la mer grondent autour, ou peut-être, ce quej'entends, c'est un océan plus sauvage, l'horreur de l'invasion.
Voilà ce qui me trouble à l'approche de la guerre, c'est que le vrai foyer, la maison, l'intérieur était ici bien plus qu'ailleurs. Et c'est cela qui va être détruit. La maison nous révèle tout. Les vastes galetas où l'on campe dans les châteaux du moyen âge, les Casernes ennuyeuses que le xviii" siècle fait en France et partout, disent assez la vie communiste, le pêle-mêle misérable où l'on vivait. C'est tard, bien tard, vers la fin de Louis XIV, qu'on imagina l'obscur entresol et la mansarde sous les toits, mansarde sans cheminée, où grelotte le domestique, la fille qui gèle et coud dans les nuits de janvier. Il y a loin de
1. Peintre hollandais (1606-160U). I l'aratil perdu. S. Milton, poète anBlaia du xvll* l 3. Titania est
là à la bonne maison hollandaise. Quelle maison ? Très pauvre souvent, toujours très bonnet une chaumière avec sa cigogne1 et ses nids d'hirondelles, la simple barque, la grosse barque ventrue de Hollande dont rient les sots (qui s'entend au bonheur?). Elle n'en va pas moins, cette barque au complet (mari, femme, enfants, chiens, oiseaux), elle va, lente et paisible, par les mers les plus dangereuses; petit monde harmonique, si content de luimême qu'il se soucie peu d'arriver.
Quand on se promène à Sardam * et aux côtes voisines, qu'on entre dans ces barques, qu'on voit l'attitude si simple, deces hommes si hardis, on sentbien que c'est là le marin naturel, sans orgueil, sans emphase, l'amphibie véritable. Plusieurs n'ont jamais débarqué. Race bien supérieure à toutescellesdes émigranls qu'ils ont reçus de partout, dans leur bonhomie confiante, qui leur devint si funeste aumoment de l'invasion.
Les grands fleuves qui aboutissent à cette dernière langue du continent européen l'encombrent sans pitié d'un résidu énorme : sable, boues, débris enlevés. Le Rhin, qui se tord sur la Suisse, non content d'emporter Jes terres que les torrents arrachent, recueille sur sa route tout ce que l'Allemagne y traîne de fange, et il pousse tout cela, par ses bouches bourbeuses, sur la Hollande, qui en serait enterrée sans un travail énormedc curage. Eh bien, elle ne recevait pas un moindre encombrement d'alluvions humaines. Ce torrent trouble qui, aujourd'hui, noie la vaste Amériques, comment n'auraitil pas submergé le petit pays ?
des maisons. S. Michetel fait allusion à l'éml-
S. Port voisin d'Amsterdam. Chan- ffralion dos Allemands en Aîné-
En 1661, à l'avènement de Colbert', il n'y avait qu'una cour toute petite qui tenait dans Saint-Germain1. Le roi ; vivait ou à Fontainebleau, en attendant qu'il se fil un palais. Colbert craignait ce coup. Il voyait venir la terrible et ruineuse création de Versailles. Pour retenir le roi, il se fait maçon. 11 rebâtit le Louvre3, il augmente les Tuileries*. Il écrit, pour le Louvre, un pamphlet contre Versailles. Le tout en vain. Vers 1670 s'arrêtent les travaux de Paris ; Versailles dès lors absorbe tout.
Paris parlementaire, Paris dévot, Paris railleur, Paris plein de cabales, tous ces Paris divers étaient insupportables au roi. Toute la bourgeoisie parisienne avait encore le costume de Louis XIII, lenoir habit qu'adopta l'Angleterre puritaine. Choquant contraste, rébellion visible devant le costume de la cour, historié de cent couleurs, pomponné de rubans, dentelles, surchargé du chapeau à plumes, et grotesquement léonin par la vaste crinière dont le courtisan pare son chef5. Ces perruques, naguère destinées à symboliser la sagesse des magistrats, des gens en robe, qui, par la robe, avaient en bas une large et majestueuse base, elles étonnent sur la tète légère du blondin à la mode, dont la jambe (un peu sèche) offre
1. La cardinal Maîario aTait gou- | 3. L'ancien cbâleau iiu roi de
veroéàla plaça du jeune Louis XIV. Franco à Paria.
Quand il mourut (1851), Ion inlen- 4. Château de plaisance construit
danl Colbert le remplaça dans la t c3té du Louvre par Catherine de
confiance du roi. Médids.
S. A l'ouest de Parie, sur un pla- S. Sa tête. La perruque venait
un bien léger piédestal à l'ébouriffant édifice. Merveilleuse pyramide, large d'en haut, maigre d'en bas, qui, d'après toute la loi mécanique, devrait faire la culbute et marcher sur la tête. Mais tout est miracle en ce règne.
L'Europe ne rit pas. Bruxelles* admire, imite, malgré les Espagnols. Puis peu à peu, toutes les petites cours d'Allemagne, d'Italie.
Le carrousel1 fameux des Tuileries où le roi brilla à cheval a fermé les fêtes de Paris. Les triomphes de Versailles ont commencé en 1664 par une grande féerie de sept jours. Triomphe sans victoire, fêle sans but, donnée non pour la reine, et non pour la Vallière, mais donnée par le roi au roi. Louis XIV fêlait Loui3 XIV, essayait la ce monde à part, une France royale et dorée, où il vécut comme hors de France, ne visitant plus le royaume (tant chevauché par les Valois)3. Là, vu des élus seuls, dieu solitaire de l'Empyrée*, il n'apparut plus aux mortels qu'aux jours où il lançait la foudre.
Colbert avait donc été condamné à faire ce monstrueux Versailles. Lorsque Louvois le remplace comme surintendant des bâtiments", c'est bien pis. On bâtit partout. Au lieu d'une cour, il y en a dix. De Villers-Coterets à Chantilly ou à Anet, de Fontainebleau ou de Ghoisy à Sceaux, à Meudon, à Saint-Cloud, de Rueil à Marly, à Saint-Germain *, tout est palais, tout est Versailles.
1, La Belgique appirlpns au rot d'Espagne; Bruwlles
ï. Fêle qui ronsisUit sui