Mademoiselle de Fondu eei. | lestante
iiteur da Souvaiin (1673-
383 J. MtCHELET.
voloiiliers pour les belles personnes. Madame de Maintenon crut judicieusement qu'il trouverait plaisir à protéger, soigner une maison de jeunes demoiselles. Elle en créa une à Rueil *, où sa propre nièce acheva son éducation.
Elle n'aimait pas, dit cette nièce, le mélange des conditions. Elle ne prit que des demoiselles nobles, au moins du côté paternel, elles devaient prouver quatre quartiers*, cent quarante ans de noblesse. Cela entrait dans les idées du roi qui, alors, pour relever la pauvre noblesse, lui ouvrait pour ses fils des écoles de cadets.
Les demoiselles devaient faire preuve aussi de pauvreté et de beauté encore, si l'on peut dire. Du moins, elles devaient être bien faites. Elles passaient pour cela la visite d'un médecin qui leur en donnait certificat.
Cette maison, transportée chez le roi même, dans son parc (à Noisy, puis à Saint-Cyrj, richement dotée par lui des biens de Saint-Denis3, devait attirer les filles de la noblesse. Car le roi les mariait. Celles qui restaient jusqu'à vingt ans recevaient une dot, tirée de l'excédent des revenus, sinon du trésor même.
Là on faisait venir les plus jolies, les plus dociles, des nouvelles catholiques', domptées parla rigueur dans les couvents de province, ou gagnées par Fénelon dans la maison de Paris. Elles arrivaient un peu calmées, ayant versé leurs dernières larmes, émues et fort touchantes encore.
Le roi voulut les voir avant même que tout fût organisé (à Noisy, 1684), et cette première impression lui fut sin-
gu H ère ment agréable. Il alla seul et les surprit. Lors qu'on annonça : le roi ! ce fut un coup de foudre. Les dames dirigeantes, toutes jeunes et très belles, le lurent encore plus du saisissement. Les petites eurent tant peur que, toutes curieuses qu'elles étaient, pas une n'osa regarder. Ces tremblantes colombes le louchèrent fort. 11 les avait faites orphelines, et la plupart n'avaient de père que lui. La grande obéissance qu'elles rendaient à ses volontés, ayant soumis leur foi, donné le cœur du cœur, immolé jusqu'aux souvenirs ? quel triomphe absolu!... Nul plaisir plus exquis n'eût pu flatter le roi et l'homme.
Tout était calculé, le costume agréable. Les dames, dans un ;ioir élégant, avaient la coiffure à la mode, le visage encadré d'une sorte d'écharpe, nouée sous le menton, mais quelque peu flottante et chiffonnée à volonté, dont on tirait les plus charmants effets. C'était un demivoile mondain, avant le voile de religieuse qu'elles étaient destinées à porter. Le roi ne tint pas d'abord à exiger ce sacrifice et dit « qu'il y avait déjà trop de couvents ». On n'exigea que des vœux simples.
Le costume des petites, de modeste étoffe brune, se relevait et par le linge et par la bordure de couleur, diverse selon la classe. Un peu de dentelle au cou montrait la demoiselle. On laissaitpasserdejolis cheveux. Le bonnet seul déplut, il était trop serréet il en faisait desbéguines1; le roi y fit ajouter un ruban.
Il lit venir Louvois, et il l'envoya maugréant, pour madame de Maintenon, chercher, choisir, bâtir une maison digne d'une telle fondation. Ce fut Saint-Cyr. Le lieu n'était pas gai. Cependant quand les demoiselles virent ce que le roi avait fait pour elles, quand elles entrèrent
dans ces bâtiments vastes, ces jardins sérieux, mais non gans quelques fleurs, elles furent reconnaissantes. Il relevait de maladie (1687). Elles le reçurent, à sa première visite, par un beau chant, qu'avait composé madame Brinon, leur supérieure, et que Lulli ' avait orné de sa mélodie grave et tendre. C'était le chant célèbre : « Dieu sauve le roi ! » que les Anglais nous ont pris sans façon*.
Le roi croyait, beaucoup croient et répètent que madame de Main tenon était fort judicieuse. Dans les grandes affaires, en conseil, il s'arrêtait parfois, lui disait : « Qu'en pense votre solidité ? » Cette solidité ici ne parait guère. Une éducation contradictoire de dévotion et de cour ne pouvait porter de fruit. Elle était extérieure, n'allait pas au cœur même; elle imposait surtout fa convenance.