ÉvSqiiB de Strasbourg. I Part», démoli en )S(r
vement que c'était un homme dangereux; qu'il ne pouvait lui rendre la liberté jamais.
Jamais ! tout autre eu fût resté là. Eh bien, ce qui ne se fait pas par le Roi se fera malgré le Roi. Madame Legros persiste. Elle est accueillie des Condé, toujours mécontents et grondeurs; accueillie du jeune duc d'Orléans, de sa sensible épouse, la fille du bon Penthièvre, accueillie des philosophes, de M. le marquis de Condorcet, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, de Dupaty, de Villelte, quasi-gendre de Voltaire, etc., etc.
L'opinion va grondant; le flot, le flot va montant. Necken avait chassé Sartine*; son ami et successeur Lenoir était tombé à son tour... La persévérance sera couronnée tout à l'heure. Latude s'obstine à vivre,et madame Legros s'obstine à délivrer Latude,
L'homme de la Reine, Breteuil, arrive en 83, qui voudrait la faire adorer. Il permet à l'Académie de donner le prix de vertu à madame Legros, de la couronner... à la condition singulière qu'on ne motive pas la couronne.
Puis, en 1784, on arrache à Louis XVI la délivrance de Latude.
Dès le commencement dr la Révolution il s'était formé en France à l'imilalion des clubs anglais, plur ■■-■:■ s sociétés politiques où on discutait les événements et les mesures du gouvernement. Ces clubs prirent uns très iictnde influci:ct-. Un des plus puissants fut celui des Cordclicrs, ainsi nommé pane qu'il se réunissait dans un ancien couvent de Cordeliurs.
L'individualité fut très forte chez nos Cordeliers révo-
1 ii lion na ires. Leurs journalistes, Marat, Desmoulins, Fréron, Robert, Hébert, Fabre d'Églantine, écrivent chacun pour lui. Danton, le loul puissant parleur, ne voulut jamais écrire. En revanche, Marat, Desmoulins, qui bégayaient ou grasseyaient, ne Taisaient guère qu'écrire, parlaient rarement.
Toutefois, avec ces différences, cet instinct d'individualité, il y avait, ce semble, entre eux un lien très fort, et comme un aimant commun. Les Gordcliers formaient une sorte de tribu; tous demeuraient autour du club : Marat, même rue, presque en face, à la tourelle ou auprès; Desmoulins et Fréron, ensemble, rue de l'Ancicnne-Comédic; Danton, passage du Commerce; Clootz, rue Jacob; Legendre, rue des Boucheries-Saint-Ger ■ main ', etc.
L'honnête boucher Legendre, un des orateurs du club, est une des originalités de la Révolution : illettré, ignorant, il n'en parlait pas moins bravement parmi les savants et les gens de lettres, sans regarder s'ils souriaient; homme de cœur entre tous, malgré ses paroles furieuses, bon homme dans ses moments lucides. L'adieu déchirant qu'il prononça sur la tombe de Loustalot dépasse de bien loin tout ce que disent les journalistes, sans en excepter Desmoulins.
Ce fut l'originalité des Cordeliers d'être, de rester toujours mêlés au peuple, de parler les portes ouvertes, de communiquer sans cesse avec la foule. Tels d'entre eux qui avaient toujours vécu la vie recluse et sédentaire du savant, du littérateur, établirent leur cabinet dans la rue, travaillèrent en pleine foule, écrivirent sur une borne. Jetant les livres, ils ne lurent plus qu'au grand
1. Cet mol lonUiluâuiciitrola quartier lalinollof«ubourg Suint- Germain,