J POLE SUD. - MAGELLAN
Hîchclcl, racontant comment l'homme a pris possession des mers, décrit les grandes découvertes du jvi* siècle. De tous les explorateurs, le plus énergique fut le Portugais Magellan, qui le premier entreprît de taire le tour du monde.
Il n'y a pas de vie plus terrible que celle de Magellan. Tout est combat, navigations lointaines, fuites et procès, naufrages, assassinat manqué, enfin la mort chez les barbares. Il se bat en Afrique. 11 se bat dans les Indes. Il se marie chez les Malais3, si braves el si féroces. Lui-
même semble avoir été tel.
'9 Pyrénées. i d'hommes originaires de la y
oyib de MtlKca et des îles d Malais une race | Sondo.
Dans son long séjour en Asie, il recueille toutes les lumières, prépare sa grande expédition, sa tentative d'aller par l'Amérique aux lies mêmes des épices, aux Moluques *. Les prenant à la source, on était sûr de les avoir à meilleur prix qu'on n'avait pu encore, en les tirant de l'occident de l'Inde. L'entreprise, dans son idée originaire, fut ainsi toute commerciale. Un rabais sur le poivre fut l'inspiration primitive du voyage le plus héroïque qu'on ait fait sur cette planète.
L'esprit de cour, l'intrigue, dominait tout alors ea Portugal. Magellan, maltraité, passa en Espagne, et magnifiquement Charles-Quint* lui donna cinq vaisseaux. Hais il n'osa se fier tout à fait au transfuge portugais; il lui imposa un associé castillan. Magellan partit entre deux dangers, la malveillance castillane et la vengeance portugaise, qui le cherchait pour l'assassiner. 11 eut bientôt révolte sur la flotte, et déploya un terrible héroïsme, indomptable et barbare. 11 mit aux fers l'associé, se fit seul chef. Il fit poignarder, égorger, écorcher les récalcitrants. — A travers tout cela, naufrage ! et des vaisseaux perdus. — Personne ne voulait plus le suivre, quand on vit l'effrayant aspect de la pointe de l'Amérique, la désolée Terre de Feu, et le funèbre cap Forward. Cette contrée arrachée du continent par de violentes convulsions, par la furieuse ébullilion de mille volcans, semble une tourmente de granit. Boursouflée, crevassée par un refroidissement subit, elle fait horreur. Ce sontdes pics aigus, des clochers excentriques, d'alfreuses et noires mamelles, des dents atroces à trois pointes, et toute cette
de l'Australie. Les ur- î. Charles Quinl (1500-IS58) était
s (poivre, gingembre, I à la fois empereur d'Allemagne et cade} sont In principale [ roi d'Espagne.
masse de lave, de basalte, de fontes de feu, est coiffée de lugubre neige.
Tous en avaient assez. Il dit : c Plus loin ! » Il chercha, il tourna, il se démêla de cent lies, entra dans une mer sans bornes, ce jour-là pacifique, et qui en a gardé le nom.
Il péril dans les Philippines '. Quatre vaisseaux périrent. Le seul qui resta, la Victoire, à la fin n'eut plus que treize hommes, mais il avait son grand pilote, l'intrépide et l'indestructible, le Basque Sébastien, qui revint seul ainsi (1521), ayant le premier des mortels fait le tour du monde.
Rien de plus grand. Le globe était sûr désormais de sa sphéricité. Celle merveille physique de l'eau uniformément étendue sur une boule où elle adhère sans s'écarter, ce miracle était démontré. Le Pacifique enfin était connu, le grand et mystérieux laboratoire où, loin de nos yeux, la nature travaille profondément la vie, nous élabore des mondes, des continents nouveaux1.
Révélation d'immense portée, non matérielle seulement, mais morale, qui centuplait l'audace de l'homme et le lançait dans un autre voyage sur le libre océan des sciences, dans l'effort (téméraire, fécond) de faire le tour de l'infini.
DM HIVERNAGE DANS LEB OLAGEB
Michelct énumère les explorateurs qui ont essayé de parvenir au pfllc Nord el décrit les misères et les dangers de ces longs biver-
t. Grande] îles do l'Oiéinie, au I de corail qui émergent peu à peu nord-est deaîlos de la Sonde. I do l'océan Pacifique au nord de
S. Michèle t fait, allusion au* lies | l'Australie.
BO I. MICHELE l'.
Le plus tentant pour l'homme, c'est l'inutile et l'impossible. De toutes les entreprises maritimes, celle où il a mis le plus de persévérance, c'est la découverte d'un passage au nord de l'Amérique pour aller tout droit d'Europe en Asie. Le plus simple bon sens eût fait juger d'avance que, si ce passage existait, dans une latitude si froide, dans la zone hérissée des glaces, il ne servirait point, que personne n'y voudrait passer.
Notez que cette région n'a pas la platitude des côtes aibériques, où l'on glisse en traîneau. C'est une montagne de mille lieues horriblement accidentée, avec de profondes coupures, des mers qui dégèlent un moment pour regeler, des corridors de glaces qui changent tous les ans, s'ouvrent et se referment sur vous. Il vient d'être trouvé, ce passage, par un homme qui, engagé très loin, et ne pouvant plus reculer, s'est jeté en avant et a passé (1853)'. On sait maintenant ce que c'est. Voilà les imaginations calmées, et personne n'en a plus envie.
Quand j'ai dit l'inutile, je l'ai dit pour le but qu'on s'était proposé, de créer une voie commerciale. — Mais, en suivant cette folie, on a trouvé maintes choses nullement folles, très utiles pour la science, pour la géographie, la météorologie, l'étude du magnétisme de la terre.
Ce qu'on trouva, ce fut la mort, la faim, des murs de glaces.
Cet échec n'y fit rien. Pendant plus de trois siècles, avec une persévérance étonnante, les explorateurs s'y acharnent. C'est une succession de martyrs. Cabot9, le premier, n'est sauvé que par la révolte de son équipage