LES VOLCANS DE JAVA
Après les montagnes de glace, Michèle! décrit les montagnes de feu, les volcans ; il prend pour types ceux de Java, une des plus grandes îles de la Sonde.
Java est à deux faces. Au midi, c'est l'Océanie déjà, un souffle pur, et les rochers vivants des polypes, des madrépores». Au nord, c'est encore l'Inde en ce qu'elle a de plus malsain; une notre terre d'alluvion y fermente du mortel travail de la nature sur elle-même, composition et décomposition. Il a fallu abandonner la riche ville de Ban tara*. Ce n'est plus que ruines. La superbe Batavia 3
t. Une partie de> tlei de l'Oeéa- i 3. Sur ta côto nord de Java; t'en
Ole reposent sur des rochera de là que les Hollandais s'étaient ota-
corail formés des débris de petits blis d'abord,
animalcules marina accumulés pen- 3. Capitale des possessions bol-
Jigitizedb, GoOgk
esl un triomphant cimetière. En trente années de l'autre siècle (1 730-1 752'), elle a mangé un million d'hommes, soixante mille en une année (1750). Moins terrible aujourd'hui, elle est un peu purifiée.
Des animaux de l'ancien monde oubliés là, ce semble, ont un aspect funèbre. Le soir, des chauves-souris, énormes et velues qu'on ne voit pas ailleurs. Le jour, à midi même, ne craint pas de paraître ce revenant des époques lointaines où le serpent avait des aile;, l'étrange Dragon volant. Nombre d'animaux noirs accordent leur couleur avec le noir basalte ' qui porte les montagnes. Noir est le tigreaussi, ce destructeur terribiequi, en 1830 encore, mangeait par année trois cents hommes.
Sur ces terreurs d'en bas plane et triomphe la sublime terreur des volcans. Ils ont l'air d'être des personnes. Les anciens habitants voulaient les apaiser. On leur faisait des temples. (On en voit quatre cents en ruine sur un seul rocher.) Ils avaient des autels, ils avaient des statues. La peur avait fait l'art. Les sculptures qui subsistent témoignent de l'effroi des Malais a, de leur adresse aussi et de leur ingénieuse main.
Ces géants de feu différent tous. Ils ont des noms à part. Tels sont des dieux indiens, des héros du Ramayana*. Tel se fait jour dans un désert étrange, incrusté par les sources, il en perce les durs cristaux. Tel bouillonne en eaux sulfureuses qui, même refroidies dans de petilsétangs, ont toujours la fièvre et frissonnent. L'un verse un lacde lait, de blancheur fantasmagorique. — Ailleurs, c'est toujours une contrée criblée de grosses sources salées, dont la plus grosse joue et danse, en grondant, tonnant, dessous. Elle joue à la balle avec des