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SAINT FRANÇOIS DE SALES ET MADAME DE CHANTAI

Le premier organisateur de la direction di saint évêque du ivh* siècle, François de Sales, d'une noble famille de Savoie (1567-1635). I! se rendit célèbre par son zèle et ta douceur, et écrivit un grand nombre d'ouvrages de piété.

Saint François de Sales était d'une de ces familles de Savoie, très militaires, très dévoles, qui pendant si long-

temps ont fait la guerre à Genève1. Pour la guerre de séduction qu'on voulait commencer alors, il avait toutes les armes : dévotion tendre et sincère, parole vive et chaude, charme singulier de bonté, de beauté, de gentillesse. Ce charme, qui ne l'a senti dans le sourire des enfants de Savoie, naïfs, mais si avisés?

Toute la grâce du ciel avait plu sur celui-ci, il faut bien le croire, puisque, avec ce mauvais temps, ce mauvais goût, ce mauvais parti, parmi le monde fin et faux qui l'exploita, il resta pourtant saint François de Sales. Tout ce qu'il a dit ou écrit, sans être irréprochable, est charmant, plein de cœur, d'une gentillesse originale d'enfant de génie, qui, tout en faisant sourire, n'attendrit pas moins. Partout ce sont de vives sources qui jaillissent, des fleurs et des fleurs, de petits ruisseaux qui courent, comme par un joli printemps après la pluie. Il y a peutêtre à dire qu'il s'amuse tant aux fleurettefi, que souvent ce n'est plus bouquet de bergère, mais bouquet de bouquetière, comme dirait sa Philothée!; il les prend toutes, il en prend trop ; il y en a, dans le nombre, de couleurs mal assorties et baroques.

Mais, quand même il n'eût pas été un si charmant écrivain, l'attrait singulier qui était en sa personue n'eût pas moins agi. Sa blonde et douce ligure, qui fut toujours un peu enfantine, ravissait au premier regard; les petits enfants, sur les bras de leurs nourrices, ne pouvaient, dés qu'ils l'avaient vu, en ôter leurs yeux. Lui, il les aimait fort aussi; il leur passait volontiers la main sur leur petite tête. «Voilà mon petit ménage, disait-il, voilà

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mon petit ménage. > Les enfants allaient après lui. les mères suivaient les enfants.

Saint François de Sales était fort populaire en France et surtout dans les Bourgognes \ qui gardaient, depnis la Ligne *, an paissant levain de passions religieuses. Le parlement de Dijon le pria d'j venir prêcher. Il Tut reçu par son ami André Frémiot, qui , d'abord conseiller an Parlement, était devenu archevêque de Bourges. Fils d'un président Tort estimé à Dijon, il était frère de madame de Chantai, et par conséquent grand-oncle de madame de Sévigné*, pelite-fille de celle-ci.

Les biographes de saint François et de madame de Chanta), pour rendre la rencontre romanesque et merveilleuse, supposent, avec peu de vraisemblance, qu'ils ne se connaissaient point, qu'ils avaient à peine entendu parler l'un de l'autre; ils s'étaient vus seulement dans leurs songes ou leurs visions. Au carême que le saint prêcha à Dijon, il la remarqua entre toutes les dames, et, descendant de la chaire : «Quelle est donc, dit-il, cette jeune veuve qui écoutoit si attentivement la parole de Dieu ? — C'est ma sœur, dit l'archevêque, la baronne de Chantai. »

Elle avait alors (en 1604) trente-deux ans; saint François en avait trente-sept. Elle était née par conséquent en 1572, l'année de la Saint-Barthélemi *. Elle apporta en naissant quelque chose d'austère, mais de passionné, de violent. Elle n'avait que six ans, un gentilhomme huguenot lui donne des bonbons, et elle les jette au feu. « Monsieur, voilà comme les hérétiques

1. Le duché de Bourgogne et le I commencée en 15TO. conilo de Bourgogne qu'un appelait 3. Illustre femme auteur du

■util FiiiiLcliB-Comté. Xïil" siècle, eélèbre par setletirei.

brûleront en enfer, parce qu'ils ne croient pas ce que Notre-Seigneur a dit. Si vous donniez un démenti au roi, mon papa vous feroit pendre; qu'est-ce donc de donner tant de démentis à Notre-Seigneur ? »

Avec toute sa dévotion et sa passion, c'était un esprit positif. Elle avait très bien gouverné la maison et la fortune de son mari. Elle administra sagement celles de son père et de son beau-père. Elle demeurait chez ce dernier, qui autrement n'eût pas laissé son bien aux jeunes enfants de madame de Chantai.

C'était une nature forte, un cœur profond. Le peuple, la bourgeoisie, les sérieuses familles de robe ' dont elle sortait apportaient au monde un esprit plus âpre, mais plus sincère et plus vrai que les races élégantes et nobles, usées au xvi* siècle. Les derniers venus étaient neufs: vous les trouvez partout, ardents, sérieux, dans les lettres, dans la guerre, dans la religion; ils donnent au xvn* siècle tout ce qu'il eut de grave et de saint. Celle-ci, pour être une sainte, n'en avait pas moins des abîmes de passion inconnue.

C'est un enchantement de lire les vives et charmantes lettres par lesquelles s'ouvre la correspondance de saint François de Sales avec* sa chère sœur et sa chère fille». Rien de plus pur, de plus chaste, mais aussi, pourquoi ne le dirions-nous pas ? rien de plus ardent. Il est curieux d'observer l'art innocent, les caresses, les tendres et ingénieuses flatteries dont il enveloppe les deux familles de Frémiot et de Chantai ; le père d'abord, le bon président Frémîot, qui, dans sa bibliothèque, commence à faire de pieuses lectures et songe au salut; le frère ensuite, l' ex-conseil 1er, archevêque de Bourges; il écrit tout

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