‹ MicheletChapitre 65 sur 181 · Trois pie du (Até du banc · texte numérisé non relu

Trois pie du (Até du banc

prits de la contrée, touchante religion de famille, qui, dans l'habitation commune et son bruyant pêle-mêle, eut peu de force sans doute, mais qui revient et qui hante la cabane solitaire.

Monde singulier, délicat, des fées, des lutins1, fait pour une àme de femme. Dès que la grande création de la Lé. gendedes saints* s'arrête et tarit, cette légende plus ancienne et bien autrement poétique vient partager avec eux, règne secrètement, doucement. Elle est le trésor de la femme, qui la choie et la caresse. La fée est une femme aussi, le fantastique miroir où elle se regarde embellie.

Que furent les fées? Ce qu'on en dit, c'est que, jadis, reines des Gaules, fières et fantasques à l'arrivée du Christ et de ses apôtres, elles se montrèrent impertinentes, tournèrent le dos. En Bretagne, elles dansaient à ce moment, et ne cessèrent pas de danser. De là leur cruelle sentence. Elles sont condamnées à vivre jusqu'au jour du Jugement3. — Plusieurs sont réduites à la taille du lapin, de la souris. Exemple, les Kowrig-gwans (les fées naines), qui, la nuit, autour des vieilles pierres druidiques, vous enlacent de leurs danses. Exemple, la jolie reine Mab', qui s'est fait un char royal dans une coquille de noix. — Elles sont un peu capricieuses, et parfois de mauvaise humeur. Hais comment s'en étonner, dans cette triste destinée? — Toutes petites et bizarres qu'elles puissent être, elles ont un cœur, elles ont besoin

i. Croyance qui remonte au* peu- 3. Les textes do toute époque ont

pies de la Gaule; les fées sont des été recueillis dana les deui savants

femmes douées dune puissance mi- outrages de H. Alfred Maury (les

raculcusc; les lutins, des nains qui Fia, 18*3: Il Magit, îBtiO). Voir

prennent plaisir a tracasser les hom- aussi, pour le Nord, ta Mutholegie

mes, de Grinim. (Note do Michèle!.)

Jigitizedb, G00gle

!06 J. MICHEI.ET.

d'être aimées. Elles sont bonnes, elles sont mauvaises et pleines de fantaisies. A la naissance d'un enfant, elles descendent par la cheminée, le douent et font son destin. Elles aiment les bonnes fileuses, filent elles-mêmes divinement. On dit : filer comme une fée.

Les Contes de fées, dégagés des ornements ridicules dont les derniers rédacteurs* les ont affublés, sont lecœur du peuple même.

Ces contes ont une partie historique, rappellent les grandes famines(dans les ogres*, etc.). Mais généralement ils planent bien plus haut que toute histoire, sur l'aile de l'Oi$eaU bleu*, dans une éternelle poésie, disent nos vœux, toujours les mêmes, l'immuable histoire du cœur.

Le désir du pauvre serf de respirer, de reposer, de trouver un trésor qui finira ses misères, y revient souvent. Plus souvent, par une noble aspiration, ce trésor est aussi une âme, un trésor d'amour qui sommeille (dans la Belle au bois dormant); mais souvent la charmante personne se trouve cachée sous un masque par un fatal enchantement. De là la trilogie touchante, le crescendo admirable de Itiquet à la houppe, de Peau d'Ane, et do la Belle et la Bête. L'amour ne se rebute pas. Sous ces laideurs, il poursuit, il atteint la beauté cachée. Dans le dernierde ces contes, cela va jusqu'au sublime, et je crois que jamais personne n'a pu le lire sans pleurer.

Une tendresse inlinie est dans tout cela. — Cette aine enchantée ne pense pas à elle seule. Elle s'occupe aussi à sauver toute la nature et toute la société. Toutes les victimes d'alors, l'enfant battu par sa marâtre, la cadette

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