‹ MicheletChapitre 7 sur 181 · Petite rulline dans la tarit de Fontainebleau · texte numérisé non relu

Petite rulline dans la tarit de Fontainebleau

fantastique une sérieuse gravité. Ils creusent, chacun a leur manière. Toi aussi, suis ton travail, creuse et fouille ta pensée.

Lieu admirable pour guérir de la grande maladie du our, la mobilité, la vaine agitation. Ce temps ne connaît point sou mal ; ils se disent rassasiés, lorsqu'ils ont effleuré à peine. Ils partent de l'idée très fausse qu'en toute chose le meilleur est la surface et le dessus, qu'il suffit d'y porter les lèvres. Le dessus est souvent l'écume. C'est plus bas, c'est au dedans qu'est le breuvage de vie. Il faut pénétrer plus avant, se mêler davantage aux choses parla volonté ni par l'habitude, pour y trouver l'harmonie, où est le bonheur et la force. Le malheur, la misère morale, c'est la dispersion d'esprit.

J'aime les lieux qui concentrent, qui resserrent le champ de la pensée. Ici, dans ce cercle étroit de collines, les changements sont tout extérieurs et de pure optique. Avec tant d'abris, les vents sont naturellement peu variables. La fixité de l'atmosphère donne une assiette morale. Je ne sais si l'idée s'y réveille fort; mais qui l'apporte éveillée pourra la garder longtemps, y caresser sans distraction son rêve, en saisir, en goûter tous les accidents du dehors et tous les mystères du dedans. L'âme y poussera des racines et trouvera que le vrai sens, le sens exquis de la vie, n'est pas de courir les surfaces, mais d'étudier, de chercher, de jouir en profondeur.

Voilà les vrais habitants du désert et qui en sont l'âme; les fourmis travaillant lesable, les carriers travaillant le grès. Les uns et les autres de même génie, des hommes fourmis en dessus, des fourmis presque hommes en dessous.

J'admirais la similitude de leur destinée, de leur patience laborieuse, de leur admirable persévérance. Les

grès, matière très réfractaire, rebelle, qui souvent se fend mal, crée à ces pauvres travailleurs de grands désappointements. Ceux surtout qu'un hiver prolongé fait revenir à la carrière ayant la lin du mauvais temps trouvent ces blocs (si durs, et pourtant si perméables) pleins d'humidité et demi-gelés. De là, nombre de pavés mal réussis, de rebut, lis ne se découragent point, et sans murmure recommeucent leur âpre travail.

Même leçon de patience est donnée par les fourmis. Sans cesse les éleveurs d'oiseaux, les nourrisseurs de faisans, leur gâtent, bouleversent, emportent des œuvres immenses qui ont coûté une saison. Sans cesse elles recommencent avec une ardeur héroïque.

Page 1