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LE JOUR DE PAQUES

Réflexions sur le caractère des fêles do Piques ; leur rapport harmonique avec le printemps.

Dimanche, jour de Pâques. — L'Église s'est montrée

tX J. M1CHELET.

intelligente lorsqu'elle a mis celte Tête, qui est un symbole de résurrection, au moment du réveil universel de la nature. Sans doute, le blé courageux n'a pas attendu le printemps pour percer la dure écorce de la terre. Il a pointé dès la fin d'octobre. Mais bientôt, saisi par les brouillards morfondants de l'hiver, comme l'alouette, il a vécu blotti au sillon. Sous le soleil de mars déjà fort, il est reparti, et je le vois, faisant bientôt onduler sur la plaine la verte mer de ses épis.

C'est avril ! Dans mon jardin bas et humide, tout éclate à la fois, les feuilles et les (leurs: resurrexit! Oui, c'est bien, en effet, la fêle de la vie et la joyeuse envolée des pensées d'amour avec l'envolée des cloches !.. . Mon esprit, des le matin, était comme tiré hors de moi. Pourtant, j'ai voulu, avant de partir, faire aussi mes Piques à ma manière. Travailler, n'est-ce pas prier ?... Je me suis donc mis vertueusement à traduire l'éloge que Thucydide fait de Périclès». Ha vertu n'a pas été récompensée. Je n'ai rien fait de bon. C'était pourtant quelque chose, de m'êlre essayé à remplir le devoir. Tout en me disant cela, je prenais pour la première fois mes habits d'été, et je courais chez mon ours le dénicher de sa tanière. Désappointement ! II ne pouvait pas sortir de suite. Quand il l'a pu, j'ai suivi, mais l'enchantement était passé.

Qui de nous n'a éprouvé que les plaisirs réels sont presque toujours au-dessous des promesses que nous fait l'imagination?

Samedi 27. — Dans tous ces jours de congé (Pâques et la distribution des prix du semestre), je suis monté plusieurs fois là-haut, et, devant cette tombe que le

1. Thucydide, historien athénien du v« siècle uvn.it Jésus-Christ, «écrit l'blf loire de la guerre du Pélopone«e.

saule nouvellement planté commence à égayer de sa jeune verdure, je me suis demandé pourquoi l'Église n'a pas mis aussi la fête des morts le lendemain de la fête de Pâques ? Si, d'après la foi catholique, Christ est mort pour sauver le monde, s'il est ressuscité pour remonter au ciel amenant avec lui les âmes bienheureuses qu'il venait de racheter, la fête des morts ne peut être qu'une fête de résurrection. Elle devrait donc venir logiquement, non pas en novembre, quand la saison s'achève dans la mélancolie attristée d'une destinée qui linit, mais bien mieux, ait moment de l'année où tout veut repartir, revivre, s'élancer vers la lumière. C'est-à-dire au printemps, à Pâques fleuries. Si l'Église eût fait cela, notre imagination, au lieu de s'enténébrer de pensées de deuil et de chercher les morts où ils ne sont plus, n'aurait recueilli de son culte touchant que les pensées consolantes et fécondes. Elle n'aurait vu de tous côtés, audessus des tombes, que des âmes en route pour le ciel. Heureuses, celles de ces fiines qui se seraient fait, par toutes sortes de bonnes actions, de belles ailes rapides et légères pour monter plus vite à Dieu. Je vois que le peuple de Paris, si exact à visiter les cimetières, le jour de la Toussaint, y revient de lui-même à Pâques, comme s'il voulait associer ses morts à la joie qu'il a de sortir des tristesses de l'hiver et de se sentir revivre. Il faudrait tenir compte de l'instinct des foules.

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