‹ MicheletChapitre 92 sur 181 · Gladiateur dont le cawrne i · texte numérisé non relu

Gladiateur dont le cawrne i

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Au milieu de ce triomphe César n'ignorait pas que la guerre n'était pas finie. L'Espagne était pompéienne. Pompée avait essayé pour elle ce que César accomplit pour la Gaule. Il avait fait donner le droit de cité à une foule d'Espagnols. Mais le génie moins disciplinante de l'Espagne faisait de ce peuple si belliqueux un instrument de guerre incertain et peu sur. Toutefois les fils de Pompée y trouvèrent faveur. Les Espagnols étaient vraisemblablement jaloux des Gaulois, qui sous César avaient gagné tant de gloire et d'argent dans la guerre civile. Peut-être de vieilles haines de tribus et de villes les animaient contre les Espagnols qu'ils voyaient dans les rangs de César, contre ceux qui composaient sa garde, contre ce Cornélius Balbus, Espagnol-Africain de Cadix1, qui avait reçu de Pompée le droit de cité, et qui était devenu le principal conseiller de son rival.

César alla en vingt-sept jours de Rome en Espagne (45). Il y trouva tout le pays contre lui. Comme en Grèce, comme en Afrique, il lui fallait une bataille, ou il mourait de faim. Les Espagnols n'étaient pas moins impatients de battre ce César, cet ami des Gaulois, qui croyait avoir déjà soumis l'Espagne en un hiver. Les armées se rencontrèrent à Muuda (près de Cordoue)*. Mais cette fois César ne reconnut plus ses vétérans. Les uns étaient de vieux soldats qui depuis quinze ans le suivaient dans la meurtrière célérité de ses marches, des Alpes à la Grande- Bretagne3, du Rhin à l'Ebre, puis de Pharsale au Pont*, puis de Rome en Afrique, tout cela pour vingt mille sesterces; l'ascendant de cet homme invincible les avait

1. Cadis (Gidès) «luit une coin- I 3. César avait fait une descente nie grecque, mais j] y BIai, bo>u. „„ Angleterre, coup d'Africains. t. Ancien Etat de l'Asie Mineure,

pourtant décidés encore à porter leurs os aux derniers rivages de l'Occident. Les autres, qui jadis, sous le signe de l'alouette1, avaient gaiement passé les Alpes, avides des belles guerres du Midi, et comptant tôt ou tard piller Rome, ceux-là aussi, quoique plus jeunes, commençaient à en avoir assez. Et voilà qu'on les ramenait devant ces tigres d'Afrique, si altérés de sang gaulois... Les ordres et les prières de César échouaient contre tout cela; ils restaient mornes et immobiles; il avait beau lever les mains au ciel. Il eut un moment l'idée de se poignarder sous leurs yeux; mais enfin, saisissant un bouclier, il dit aux tribuns des légions' : Je veux mourir ici, et il court jusqu'à dix pas des rangs espagnols. Deux cents flèches tombent sur lui. Alors il n'y eut plus moyen de différer le combat. Tribuns et soldats le suivirent. Mais la bataille dura tout le jour. Ce ne fut qu'au soir que les Espagnols se lassèrent. On apporta à César la tête de Labiénus* et celle d'un des fils de Pompée. Les vainqueurs épuisés campèrent derrière un retranchement de cadavres.

Le retour à Rome fut triste et sombre. Les vaincus voyaient commencer une servitude sans espoir. Les vainqueurs eux-mêmes étaient désenchantés de la guerre civile. César se sentait haï, et se roidissait d'autant plus. Pour la première fois, il ne craignit pas de triompher sur des citoyens, sur les fils, de Pompée. U méprisait Rome et voulait briser son orgueil. Il n'hésita point d'accepter les honneurs odieux qu'entassait sur lui la lâche et perfide politique du sénat, le siège d'or, la couronne d'or, une statue à côté de celles des rois, entre Tar-

1. Emblème de la légion formée I ils commandaient à four de ro!o

quin le Superbe et l'ancien Brutus1, le droit sinistre d'être enterré dans l'enceinte sacrée du pomœriums,oii l'on ne plaçait aucun tombeau. Un tel homme ne pouvait se méprendre sur l'intention meurtrière de ces décrets. Mais que lui importait après tout ? Malheur aux meurtriers ! La paix du monde tenait à la vie de César. Et qui aurait le cœur de tuer celui qui a tant pardonné ? 11 renvoya sa garde; sa garde était la clémence à laquelle on venait d'élever utl temple; et sans armes, sans cuirasse, il se promenait dans Rome, au milieu de ses ennemis mortels.

Cette à me immense roulait bien d'autres pensées que celle du soin de sa vie. 11 voulait commencer le grand ouvrage de Rome, unir ses lois dans un code, et les imposer à toutes les nations. Il projetait au milieu du Champ-de-Mars un temple, au pied de la roche Tarpéienne3 un amphithéâtre, àOslie'un port, monuments gigantesques, capables de recevoir les états généraux du monde. Une bibliothèque immense devait concentrer tous les fruits de la pensée humaine. La vieille injustice de Rome était expiée : Capoue6, Corinlhe* et Carthage1 furent relevées par ordre de César. Il voulait percer l'isthme de Corinthe et joindre les deux mers. Dès la guerre d'Afrique, il avait vu en songe une grande armée qui pleurait et criait à lui, et à sou réveil, il avait écrit sur ses tablettes : Corinthe et Carthage.

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