HISTOIRE DE FRANCE
L'Histoire de France est l'œuvre capitale de Michelet, elle a occupé presque toute sa vie. H l'avait commencée en 1831, elle n'a été terminée qu'en 1867. Mais il n'y a pas travaillé sans interruption. Il n'avait voulu d'abord faire qu'une histoire de la France au moyen âge et s'était arrêté à la fin du règne de Louis XI. Dix ans plus tard, il reprit le récit au point où il l'avait laissé et le conduisit jusqu'en 1789. Dans l'intervalle, il avait écrit I' Histoire de la Révolution.
L'Histoire de France se divise donc en deux séries. La première, parue de 1833 à 1844, comprend les tomes I à VI ; elle était intitulée l'Histoire de France jusqu'au xvi* siècle.
— La deuxième, parue de 1855 a 1867, comprend les tomes VII à XVII. Chaque volume de cette série a paru avec un titre spécial : VIL Renaissance; — VIII. Réforme; — IX. Guerres de religion ; — X. La Ligue et Henri IV; — XL Henri IV et Richelieu; — XII. Richelieu et la Fronde;
— XIII. Louis XIV et ta Révocation de CÉdit de Nantes;
— XIV. Louis XIV et le duc de Bourgogne, etc.
Ces deux séries, composées à deux périodes différentes de la vie de l'auteur, diffèrent un peu par la méthode et le sentiment. Dans la première, Michelet avait cherché seulement à représenter ou, comme il disait, i i ressusciter » le passé de la France. Dans la seconde, il attaque les idées qu'il croit dangereuses, il est préoccupé de juger les événements autant que de les raconter. Mais tous les volumes, les derniers aussi bien que les premiers, reposent sur une longue étnde des documents contemporains.
Michelet, dans la préface qu'il a mise en tête de l'édition de 1869, a expliqué lui-même ce qu'il avait voulu faire : c La France avait des annales et non point une histoire. Des
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hommes éminents l'avaient étudiée surtout au point de vue politique... Le premier, je la vis comme une âme et une personne. i Les historiens de ce temps n'avaient pas songé à se servir des documents manuscrits. Michelet a profité de son séjour aux Archives pour travailler directement sur les pièces inédites ; il indiquait dans les notes de son livre plusieurs manuscrits qu'on a publiés plus tard : < Dans mes préfaces successives et dans mes éclaircissements, on pourra voir, de volume en volume, les fondements qui sont dessous, l'énorme base d'actes et de manuscrits, d'imprimés rares, etc., sur laquelle elle porte... Je croyais faire un abrégé de quelques volumes peut-être en quatre ans, en sis ans. Hais on n'abrège que ce qui est bien connu. Et ni moi ni personne alors ne savions cette histoire. •
it de l'Histoire de France Michèle! décrit les peuples celtiques qui habitaient notre sol avant la conquête romaine. Il j a dans cette description quelques opinions hasardées que n'ont pas confirmées les travaux plus récents.
Le destin des races restées pures est de périr.
Le génie de nos Celtes, je parle surtout des Gaëls ', est fort et fécond, et aussi fortement incliné à la matière, à la nature, au plaisir ; la France en tient beaucoup : le Vert galant1 est le roi national.
Ce génie matérialiste n'a pas permis aux Celtes de céder aisément aux droits qui ne se fondent que sur une idée. Le droit d'ainesse leur est odieux. Ce droit n'est autre originairement que l'indivisibilité du foyer sacré, la perpétuité du dieu paterne). Chez nos Celtes, les
ANTHOLOGIE. SBSi
parts sont égales entre les frères, comme également longues sont leurs épées1. Vous ne leur feriez pas entendre aisément qu'un seul doive posséder. Gela est plus aisé chez la race germanique, l'alné pourra nourrir ses frères, et ils se tiendront contents de garder leur petite place à la table et au foyer fraternels.
Cette loi de succession égale impose à chaque génération une nécessité de partage, et change à chaque instant l'aspect de la propriété. Lorsque le possesseur commençait à bâtir, cultiver, améliorer, la mort l'emporte, divise, bouleverse, et c'est encore à recommencer. Le partage est aussi l'occasion d'une infinité de haines el de disputes. Ainsi cette loi de succession égale, qui, dans une société mûre et assise, fait aujourd'hui la beauté et la force de la France, c'était chez les populations barbares une cause continuelle de trouble, un obstacle invincible au progrès, une révolution éternelle. Les terres qui y étaient soumises sont restées longtemps à demi incultes et en pâturages.
De toutes les populations celtiques, la Bretagne' est la moins à plaindre, elle a été associée depuis longtemps à l'égalité. La France est un pays humain et généreux. — Les Kymrys de Galles3 ont été, sous leurs Tudors* (depuis Henri VIH), admis à partager les droits de l'Angleterre. Toutefois, c'est dans des torrents de sang, c'est par le massacre des Bardes6 que l'Angleterre préluda à cetle heureuse fraternité. Elle est peut-être plus apparente que réelle.
1. Elles l'éwient également thei i. Dynastie des rois J v,,-../n
les peuple* germaniques. de liBG ■ 1603.
î. La Bretagne a élé peuplée aux S. Les bardes, poètes et chanteurs,
V* el vi> siècles par des peuple» col- «citaient les Gallois a la remit*;
Uques tenus d'Angle terro. beaucoup furent massacres pei i.:
3. Le pays de Galles, à l'ouest de la eonquéte à la fin du x;i.* siècle, l'Angleterre.
Bizarre destinée du monde celtique! De ses deux moitiés, l'une, quoiqu'elle soit la inoins malheureuse, périt, s'efface on du moins perd sa langue, son costume et son caractère. Je parle des highlanders1 de l'Ecosse et des populations de Galles, Cornouailles * et Bretagne. C'est l'élément sérieux et moral de la race. Il semble mourant de tristesse, et bientôt éteint. L'autre, plein d'une vie, d'une sève indomptable, multiplie et croit en dépit de tout. On entend bien que je parle de l'Irlande.
L'Irlande ! pauvre vieille aînée de la race celtique, si loin de la France, sa sœur, qui ne peut la défendre à Iravers les flots ! L'île des Saints, l' emerav.de des mers3, la toute féconde Irlande, où les hommes poussent comme l'herbe, pour l'effroi de l'Angleterre, àquichaquejouron vient dire : Us sont encore un million de plus* ! la patrie des poètes, des penseurs hardis, peuple de parole éclatante et d'épée rapide, qui conserve encore dans cette vieillesse du monde la puissance poétique. Les Anglais peuvent rire quand ils entendent, dans quelque obscure maison de leurs villes, la veuve irlandaise improviser le coronach 5 sur le corps de son époux. Pleurez, pauvre Irlande, et que la France pleure aussi, en voyant à Paris, sur la porte de la maison qui reçoit vos enfants, cette harpe* qui demande secours. Pleurons de ne pouvoir leur rendre le sang qu'ils ont versé pour nous; quatre cent mille Irlandais ont combattu en moins de deux siècles
dans nos armées '. Les montagnards d'Ecosse auront tout à l'heure disparu du monde. Les hautes terres se dépeuplent tous les jours*. Les grandes propriétés qui perdirent Rome ont aussi dévoré l'Ecosse. Telle terre a quatre-vingt-seize milles 3 carrés, une autre vingt milles de long sur trois de large. Les Highlanders ne seront bientôt plus que dans l'histoire et dans Walter Scott *. On se met sur les portes à Edinburgh quand on voit passer le tartan B et la claymore a. Ils disparaissent, ils émigrent ; la cornemuse ne fait plus entendre qu'un air dans les montagnes :
Le tome II de l'Histoire do France commence par une longue description des province» qui ont constitué le royaume de France. Cette revue géographique a été publiée à part sous le titre iVofre France. On en trouvera de longs fragments dans les Extraits hîttorique».
D'Anduze ', métropole des premières guerres cévenoles sous Louis XIII, ou bien encore d'Alais8,des hauts fourneaux rougissants de la Grand'Combe8, vous pouvez remonter au nord. Mais, soit que vous vous engagiez dans les déûlés de la montagne par la rude route de la Lozère
anglaises; beaucoup s'engagea»
dans l'armée française.
S. Depuis que le pays a été mis pâturage.