‹ Michiel van Mierevelt et son gendreChapitre 16 sur 53 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Willem Jacobsz Delff.

Parmi les pertes cruelles qui vinrent assombrir les dernières années de Mierevelt, il en est une surtout qui dut lui être très sensible. Je veux parler de la mort de son gendre Willem Jacobsz Delff qui fut, pendant vingt années, nous venons de le dire, son collaborateur assidu • en même temps que le traducteur préféré de ses œuvres.

C’est en 1 6 1 8 que Willem Delff avait épousé Gertrude Van Mierevelt. A ce moment il était dans toute la force de l’âge, et son talent, qui s’était déjà manifesté par un certain nombre de gravures remarquables, — notamment par ses beaux portraits du Grand Pensionnaire Oldenbarneveldt et de l’évêque M. A. de Dominis, — ne demandait qu’à prendre un définitif essor.

Ses débuts dans la vie avaient été, au reste, exempts de luttes et de déboires. Sa jeunesse avait été laborieuse mais non pas difficile. Elle ne se heurta à aucun de ces rudes obstacles qui arrêtent l’artiste dans son élan, paralysent ses efforts, entravent sa carrière et parfois brisent son existence. Personne, en effet, ne songea à contrarier sa vocation. Bien au contraire. Il appartenait, lui aussi, à une famille d’artistes connus et particulièrement estimés à Delft.

Son père, Jacobs Willemsz, était un peintre de mérite et l’hôtel de sa ville natale conserve pieusement un échantillon de son savoir faire. Ses deux frères suivirent la carrière paternelle. L’aîné, Cornélis, plus âgé de dix ans, alla même à Haarlem étudier sous Cornélis van Haarlem, professeur alors vénéré et auquel la descendance des Mierevelt aussi bien que la famille Delff continua toujours le titre respectueux de « maître Cornélis »*. Son second frère, Rochus, reçut les leçons de son

I. Voir notamment les mentions qui accompagnent certains tableaux de Cornélis Van Haarlem, dans l’inventaire de Mierevelt.

LES ARllSTES CELEBRES

père, peignit le portrait et l’on peut voir encore aujourd’hui une de scs œuvres au StaJhuis de Deil't. La carrière de Willem était donc toute tracée, et bien loin de chercher à le détourner d’une profession vers laquelle il se sentait porte par un goût naturel, des dispositions innées et une vocation facilement explicable, on l’y poussa, au contraire, et c’est ainsi qu’il devint graveur.

Les biographes se sont naturellement demandé quel avait etc son premier maître, son initiateur dans l’art difficile où il devait se faire une réputation si méritée. Le nom de Mierevelt a été prononcé. On a rappelé que l’illustre portraitiste avait débuté par quelques estantpes; mais comme d’une part la qualité de ces gravures — nous l’avons constaté plus haut — ne nous est connue que par des descriptions assez vagues, comme, d’autre part, la première manière de Delfî diffère considérablement de celle qu’il adoptera plus tard, quand il sera devenu le gendre et l’interprète journalier du grand portraitiste, on est amené à présumer qu’il apprit son métier dans un autre atelier que celui de Mierevelt.

Line remarque vient confirmer cette présomption. Ce n'est guère qu’eu iGio qu’il commença à collaborer avec son futur beau-père. Or il avait alors trente ans, et nous savons que depuis dix ans déjà il travaillait pour d’autres artistes. Comment admettre que l’illustre portraitiste de Dclft, homme fort avisé, eût tant tardé à mettre à contribution un talent qu'il aurait lui-méme formé, et dont, mieux que personne, il devait connaitre les magistrales ressources?

En faut-il conclure que le premier peintre dont Willem Jacohsz ait, à notre connaissance, reproduit les ouvrages, est ce maitre cherché? Quelques-uns l’ont supposé. La plus ancienne estampe de notre artiste date de 1600, et fut exécutée d’après un dessin de Jean Wierix. Il n’en a pas fallu davantage pour que certains biographes aient cru pouvoir tirer de ce rapprochement la présomption que Delff avait débuté par fréquenter l’atelier de ce maître. Ce n’est là, toutefois, qu’une simple hypothèse; car si nous étudions la facture du Portrait de Christiaen van der Goes, objet de ce débat, nous constaterons un travail à la fois maigre et léger qui se rapproche singulièreiment, par la fermeté du trait et par la finesse des ombres, des gravures alors si justement appréciées de Hendrick Goltzius.

Sommes-nous, cette fois, en présence du véritable initiateur ? Peut-être bien, et l’on peut supposer que Willem Jacobsz, après avoir, comme son frère Rochus, étudié dans l’atelier de son père et appris d’abord le dessin

GIO(JkGIi VILLIKKS, DUC DK BUCKINGHAM.

Il’eiiit par Michicl Van Miercvcit et Rrave par W. .1. Délit,

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et mcine la peinture, alla passer quelque temps à Haarlem auprès de son frère Gornélis, y reçut les conseils et sans doute plusieurs leçons de Gohzius; puisqu’il acheva, rentré à Delft, de se former dans cet art difficile, par la copie ou l’étude des œuvres de ce maître alors si fameux.

Ce n'est là également qu’une présomption, je le reconnais, mais elle offre d’autant plus de vraisemblance que les débuts de Willem Jacobsz paraissent avoir été assez lents et sont demeurés très obscurs. Avant son interprétation du Portrait de Van der Goes d’après Wierix, on ne sait rien de lui. La première œuvre qui, chronologiquement, suit cette estampe, est un Portrait de Petmis Morœiis qu’on croit être de 1602 ou i6o3 ' et qui est à la fois d’une taille maigre et dure. Puis, nous sautons brusquement au Tonneau d’Heidelberg, vaste composition qui porte la date de 1608, met en action seize personnages et révèle chez notre artiste une manière toute différente. Dans cette belle estampe le burin s’assouplit ; le faire devient gras, savoureux, et les ombres se colorent. On sent que l’artiste est, sinon maître de tous ses moyens, du moins assez près de le devenir. Ensuite nous arrivons à 1610 et au Portrait de Pieter Van der Meer qui marque le départ, si l’on peut dire ainsi, de sa collaboration avec Mierevelt.

Est-ce à dire que dans l’entre-temps, durant cette longue période de dix années qui le conduit à la trentaine, notre graveur ait laissé reposer son burin et n’ait rien produit d’autre ? Le fait n’est guère croyable, et l’on est amené à supposer avec M. D. Franken - que pendant ce long intervalle, il grava pour les éditeurs de Delft, de Rotterdam ou de La Haye un nombre plus ou moins considérable de frontispices, de titres ou d’illustrations, qu’il n’osa pas signer sans doute. Cette opinion est d’autant plus admissible que par la suite, et meme arrivé à la réputation, il ne dédaigna pas ce genre de travaux. Nous savons notamment qu’en 16 1 5 il gravait, pour l’éditeur Nicolas de Clerck établi à Delft, le frontispice et quelques-uns des portraits que renferme le Théâtre des Empereurs et Rois de la Chrétienté^. Vn 1616, il exécutait un frontispice pour les Célèbres histoires de Tacite fidèlement traduites par

1. Cette planche porte la date du décès de Petrus Morœus. Elle est donc postérieure à la mort de ce pasteur de l'église wallonne, survenue en 1600.

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