Register van pansioenen, octroven, etc
PHILIPPE GUILLAUME, PU 1 N CK d’üRANGK.
(Peint pat Michiel Vaii Mieievell et gtavii par \V. J. Delll, 1628.)
LES ARTISTES CELEBRES
veur le 17 octobre 1626. On lira sans doute avec quelque intérêt cette pièce, qui dénonce un état commercial si différent du nôtre.
Octroi po: r Willem Jacobsz Dllkf relativement à scs portraits gravés et encore à graver.
Les Etats-Généraux des Provinces-Unies ont consenti et octroyé, consentent et octroient par les présentes à Willem Jacobsz Deiff le droit de pouvoir, seul, dans les Provinces-Unies des Pays-Bas, imprimer ou faire imprimer, vendre ou faire vendre, les portraits qu’il se propose de graver ou de dessiner ou ceux qu’il a déjà gravés avec l’assentiment de leurs Hautes Puissances, faisant défenses à tous et à chacun sur toute l’étendue de ce pays, dans l’espace des huit années qui suivront, d’éditer aucun portrait soumis à l’Assemblée de leurs Hautes Puissances, que ces portraits soient à graver et à dessiner ou qu’ils soient déjà exécutés et cela en aucune manière, ni en grand ni en petit, ni par pièces séparées ni par albums, et aussi de ne pas imprimer, ni faire imprimer, ni réimprimer, de ne pas vendre, ni faire vendre des épreuves sans le consentement du susnommé Willem Jacobsz Deiff, et pour les pièces déjà gravées ou dessinées ou imprimées, défense de les colporter dans les Provinces-Unies, de les vendre ou de les faire vendre, sous peine, pour chaque contravention, de la saisie des planches gravées et des portraits imprimés et, en outre, d’une amende de 600 florins carolus à appliquer un tiers à l’officier de la Callenge, le second tiers aux pauvres, et le reste au susdit Willem Jacobsz Deiff, ajoutant que le suppliant ne pourra rien publier à l’avenir sans le soumettre à l’Assemblée de leurs Hautes Puissances. Donné à la Haye, le 17 octobre 1626; a été paraphé par F. G. Van Gulenborg, sous le couvert et ordonnance de leurs Hautes Puissances les Etats-Généraux, et a signé
J. Van Goels.
Par ce privilège on peut juger des autres. Il est probable que tous furentobtenus à l’instigation de Mierevelt, et aussi grâce à son intervention directe. Forcé d’aller souvent à La Haye, en commerce constant avec le Hrand Pensionnaire de Hollande, qu’il se nommât Cats ou Oldenbarneveldt, ses relations personnelles facilitaient singulièrement l’obtention de pareilles prérogatives. Ajoutons que notre peintre n’avait pas attendu d’être le beau-père d’un graveur éminent pour s’assurer par ce moyen l’exploitation fructueuse de ses œuvres. Dès 1618, nous le voyons s’entendre avec le graveur Jan Muller, d’Amsterdam, pour la reproduction exclusive de certains de ses tableaux '. Deux ans plus tard, c’est au gra-
I. Jan Muller était né, suivant Immerzeel, en 1570^ 11 habitait Amsterdam. Ses relations avec Mierevelt sont attestées par la pièce suivante : « 11 est accordé à
veur Jacobus Maetham, de Haarlem, qu’il assure la publication des estampes gravées d’après les Portraits de Philippe et Henri de Nassau En outre de ces privilèges, les Etats Generaux accordèrent, nous
GERARD SCHONOVIL'S.
'Peint par Michicl Van Mierevelt et gravé par W. J. Delfl, i6e8 )
l’avons dit, des souscriptions à nos deux artistes. En idea, Mierevelt
M. Johan Muller, graveur à Amsterdam, loo llorius pour avoir présenté à Leurs Seigneuries les Eitats, le portrait de son Excellence gravé sur cuivre, d’après le dessin exécuté d’après nature par maître Michiel Vau Mierevelt, peintre à Deift. a (Voir Resoliitie der stalen gànéraal à la date du 9 juin 1608 — et Kramm Levons en Verken, etc , p. 1173.)
I . Jacobus Maetham, né à Haarlem en i Sj i , est mort dans la meme ville en i63 1 . (Immerzeel, II, 207). Graveur habile dont l’œuvre catalogué, par Uartsch, compte 289
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LES ARTISTES CÉLÉBRÉS
ayant obtenu de présenter à leurs Hautes Puissances les effigies du Roi et de la Reine de Bohême^ celles-ci décidèrent l’achat de vingt-neuf exemplaires de chacune de ces estampes, imprimées sur satin. En iÔ25, les Etats souscrivent également à un certain nombre d’exemplaires du beau portrait du nouveau Prince d' Orange, Frédéric-Henri. Les noms du peintre et de son graveur, qui hgurent sur toutes les œuvres de cette époque, donnent, au surplus, à entendre c[u‘ils étaient bien leurs propres éditeurs. Cette supposition est d’autant mieux fondée que les octrois de cette nature étaient le plus souvent accordés aux éditeurs et non pas aux artistes. 11 est pareillement vraisemblable qu’ils étaient leurs propres imprimeurs ou, tout au moins, que les épreuves de leurs belles estampes étaient exécutées sous leurs yeux, particularité qui semble résulter d’un extrait des livres de comptes de Willem Jacobsz Delff, que nous donnons au chapitre suivant, et qui peut expliquer aussi le merveilleux état de la plupart d’entre elles.
Le chiffre considérable d’exemplaires auquel dut être tirée chacune de ces planches est prouvé par le nombre des épreuves qui nous restent, et qui est assez important pour avoir toujours empêché ces gravures si intéressantes d’atteindre dans le commerce un prix relativement élevé. Mais ce chiffre, s’il déprécie aujourd’hui l’œuvre du maître, atteste, du moins, la faveur exceptionnelle dont jouirent ces remarquables gravures, et partant les gros bénéhees qu’elles durent rapporter à leur auteur.
Riche, honoré, ayant exercé dans sa ville des fonctions publiques qui témoignent de la conhance que ses concitoyens avaient en lui, père de deux enfants: un garçon, qui naquit juste un an après son mariage (le 24 janvier i6n)), et auquel il donna le nom de son père, Jacob, et une tille, née un an plus tard (4 janvier 1620), qui reçut le nom de Christina, Willem Jacobsz Delff fut assez aimé des dieux pour mourir, sinon jeune, du moins encore dans la force de l’àgc, et dans la fleur de sa renommée. Le 16 avril i638, il s’éteignit doucement, précédant dans la tombe
pièces et suivant Nagler atteint le chillrc de 267, il grava d'après Miereveli le Portrait de Philippe de Nassau, fils aîné de Guillaume le Taciturne, et plus tard il obtint même des États Généraux le privilège de pouvoir seul, sur tout le territoire des Provinces-Unies, éditer et vendre le portrait de son Excellence le comte Henri de Nassau par M. Michiel Van Mierevelt et gravé sur cuivre par Jacob Matliam, cela durant trois années consécutives, sous peine de la confiscation et d’une amende de cent livres de gros. — (Voir aux archives royales à La Haye le Register van den acten, pensioenen octroyen des Etats Généraux à la date du 21 janvier 1610.)
sa femme et son beau-père, et n’ayant point, comme ce dernier, la douleur d'assister à l’écroulement de cette famille Mierevelt qui, pendant tant d’années, avait été si prospère et si glorieuse.
Son portrait, peint par Mierevelt quelque temps avant sa mort', nous
ANNA MONACHIA.
(Peint par Micliiel Van Mierevelt et gravé par W. .1. Dell!', 1628.1
montre ses beaux traits, calmes, dignes, un peu sévères, tel qu il convient à un homme que la fortune a comblé de scs modestes faveurs, de celte
I. Ce portrait, dont la trace semble perdue aujourd’Imi, lut, en 1 737, reproduit en dessin par Tako Hajo lelgersma. Ce de.-siu a été publié en fac-similé en lOle du IV° volume de l’Art et les Artistes I lollcuidciis ■
LES ARTISTES CELEBRES
médiocrité dorée, qui, n’cxcitant pas les convoitises et n’attirant point la haine, est le lot que souhaite le sage.
Le 6 novembre i638, sa veuve dut comparaître devant la Chambre des Orphelins ' . Elle produisit un testament reçu le 5 juillet lôSq, par
Adriaen Van der Wiel, notaire à Delft, testament confirmé à son lit de mort par le défunt, et par lequel les maîtres de la Chambre étaient exclus de toute ingérence dans la tutelle de ses enfants.
C’était un lourd et pénible devoir qui incombait à cette honnête et digne femme. La mort, malheureusement, ne lui permit pas de le mener à bonne fin. Moins d’un an après sa comparution devant la Chambre des Orphelins, Gertrude mourait à son tour. Cette fois/]les régents de la Weeskamer^ toujours avides d’administrer de grosses successions, eurent à connaître de celle de Willem Jacobsz Delff. Un conseil de tutelle fut nommé. On procéda, par-devant notaire, à l’inventaire des biens et à la réalisation de certains d’entre eux. Les divers actes dressés à cet effet, transportés de Delft à La Llaye, reposaient paisiblement depuis près d’un siècle dans une chambre du Bijinenhof At cette ville. C’est là que nous les avons retrouvés; et si nous en donnons ici une traduction résumée, ce n’est pas seulement parce qu’ils achèvent de mettre en lumière la figure de Willem Jacobsz Delff, mais aussi parce qu’ils jettent un jour curieux sur la vie bourgeoise de cette époque, et nous initient à ce qu’étaient l’intérieur, le luxe, le confort d’un artiste hollandais durant le premier quart du xvn>= siècle.
I. Chambre des Orphelins de Delft, \V. K , Registre n° 3, f° 33.