‹ Microplankton de la mer FlamandeChapitre 62 sur 70 · COUP D'ŒIL RÉTROSPECTIF · texte numérisé non relu

COUP D'ŒIL RÉTROSPECTIF

L'impression qui se dégage d’abord d'un examen assez long et minutieux des produits de pêche microplanktonique de la Mer flamande, est celle d'un nombre illimité d'espèces d'organismes unicellulaires qui s'v heurtent dans des associations indéfiniment variables.

Chaque échantillon présente des espèces qui lui impriment un caractère nouveau.

Des formes disparaissent ; d’autres apparaissent incessamment. Certaines Diatomées, ici prédominantes, sont remplacées là par des Péridiniens aux formes étranges. Ailleurs ce sont des Tintinnides qui jettent leur note caractéristique, à moins que ce ne soient des Cystoflagellates, des Silicoflagellates, des Flagellates ou des organismes indéterminés, des œufs, des spores, qui diversifient indéfiniment l'aspect des préparations et laissent dans l'esprit l'impression toujours changeante d'un caléidoscope.

Non seulement les formes qui s'entremêlent sont spécifiquement différentes, mais celles-ci même, d’après leur orientation sous l'objectif du microscope, s'offrent sous des aspects variés : vues de face, vues de profil, inclinées sous des incidences les plus diverses, isolées, agglomérées fortuitement, ou réunies en colonies naturelles linéaires, zigzaguées, étoilées, circulaires, etc., les unes à l'état jeune, les autres à l’état adulte; celles-c1 présentant des phénomènes d’enkystement, celles-là réduites à l'état de kystes, rien ne manque à ces assemblages disparates, étalés au petit bonheur sur le porte-objet, pour donner aux diverses préparations l'aspect d'un polymorphisme sans limite.

Ajoutez que nombre d'objets divers, étrangers au microplankton entendu comme ensemble de Protistes, viennent jeter le trouble dans ces amalgames étranges : organismes métazoaires, qui rivalisent souvent de petitesse avec des proto-organismes, Cœlentérés de forme rudimentaire, Échinodermes larvaires, Bryozoaires larvaires, Vers adultes de petites dimensions ou larvaires, Rotateurs, Crustacés de petites formes ou larvaires, Mollusques jeunes, Acariens, formes réduites de Tuniciers, etc., dont il est facile de faire abstraction, mais dont la présence est néanmoins une gène et une cause de distraction pour l'observateur.

Notez aussi les crottins de Copépodes notamment et autres produits d'excrétion d'organismes plus où moins complexes qui détournent l'attention du micro-

graphe et le forcent à reconnaître d’abord ces objets eux-mêmes, pour les éliminer par la pensée de l'objet propre des recherches microplanktoniques.

A signaler encore les matières inorganiques : fragments de minéraux, grains de sable, limon plus ou moins fin que le filet ramène fatalement des eaux peu profondes et toujours troubles de la Mer flamande, même par les temps les plus calmes. Il n'est pas rare que la quantité volumétrique de ce limon atteigne ou dépasse celle de la collectivité des organismes ramenés d’une pêche et rende difhcile la recherche des plus petites formes de ceux-ci. C'est le cas particulièrement pour beaucoup d'échantillons retirés de la partie de la Mer flamande qui regarde les côtes anglaises, où le nombre des espèces et des individus est généralement inverse de la quantité de limon, sans compter que beaucoup de ceux-là étaient dépourvus de vie, au moment de la capture, et n'v existaient plus qu'à l'état d’épave.

Il en résulte que chaque prise d'échantillon a une physionomie propre et que même en éliminant ce qui est étranger aux organismes microplanktoniques, ceux-ci se présentent avec des aspects qui déconcertent à cause de leur excessive variété.

Cependant, quand on s'est donné la peine d'identifier les Protistes qui se pressent dans chaque préparation et quand on s'est familiarisé avec les formes qu'ils peuvent prendre sous les incidences les plus diverses sous lesquelles le hasard les fait se présenter, quand, d'autre part, on s'est rendu compte des particularités propres à chaque espèce dans ses manifestations morphologiques et physiologiques : genèse, évolution, sporification, parasitisme, etc., on s'étonne du petit nombre effectif des facteurs de cet imbroglio plus apparent que réel.

S1 l’on fait le total des espèces que nous avons fixées par le dessin, dans les vingt-trois planches qui accompagnent le texte des quatre fascicules qui comprennent l'exposé méthodique du microplankton de la Mer flamande, on est surpris de n'y trouver qu'un nombre d'espèces plus limité que ne faisait entrevoir le mirage d'abord obsédant de leur confusion.

Nous avons recensé moins de cent cinquante Diatomées, une bonne cinquantaine de Péridiniens et environ trente-cing Tintinnides et organismes divers réunis sous la désignation globale de Cuetera, pour nous dispenser de les indiquer nominativement dans le titre, comme Crvstoflagellates, Silicoflagellates, Flagellates, Champignons, Chvtridiacées et organismes indéterminés. Cela fait un ensemble de moins de deux cent cinquante espèces observées, durant une période de plus de dix ans, dans les produits retirés de la partie de la mer du Nord qu'a explorée systématiquement M. le Proff G. Gilson, pendant une période plus longue encore, soit depuis 1900 jusqu'à ce que la guerre fatale, avec toutes ses horreurs, ait mis fin provisoirement à ces travaux pacifiques.

Encore faut-il que, pour arriver à ce nombre, nous avons étendu nos recherches à des produits de pêche exécutées dans le bas Escaut et sur certains points du littoral plus accessibles, où nous avons noté nombre d'organismes spéciaux étrangers au large et plutôt propres aux eaux saumâtres.

De plus, la longue durée de nos observations nous à permis de surprendre certaines espèces qui ne font dans nos eaux que de rares apparitions et qu'il serait difficile de considérer comme propres à la Mer flamande.

Nous les avons suffisamment signalées comme telles en les décrivant.

Par contre, nous avons systématiquement négligé nombre d'espèces, des Naviculées notamment, rencontrées ci et là en individus isolés et provenant vraisemblablement d'apports de cours d'eau qui débouchent dans la mer.

Quant à la distribution du plankton dans la Mer flamande, c'est un fait digne de remarque et c'est le seul que nous voulons signaler, que la partie voisine des côtes belges se distingue autant par la variété des espèces que par le grand nombre des individus, tandis que celle qui longe la côte anglaise au nord de la Tamise ne présente généralement que des listes amoindries de formes parcimonieusement représentées en nombre.

D'un côté, c’est l'abondance, c'est la vie dans sa pleine exubérance, de l’autre, c'est la parcimonie, la stérilité relative. |

L'explication de cette antithèse relève évidemment de la connaissance des courants marins qui règnent sur nos côtes et le long des côtes britanniques et de celle des tourbillons variables qui règnent dans les parties centrales de la Mer flamande, mais ces questions d'hvdrographie ne sont pas de notre compétence.

UT

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