ORGANISMES ÉNIGMATIQUES
Il nous est arrivé, au cours de notre étude, de rencontrer accidentellement des organismes plus où moins rares et dont les afhinités nous paraissent trop mal établies pour pouvoir leur assigner une place dans la biotaxie générale.
GENRE POLYASTERIAS MEUNIER.
A ne tenir compte que de ceux qui ont des caractères bien définis, nous devons signaler d’abord l'organisme que nous avons appelé, en 1910, Polyasterias problematica et dont /7exasterias problematica CLEVE n'est vraisemblablement qu'un cas particulier.
(PI. XXIIL, fig. 19 et 20)
1900. /exaslerias problematica CLEVE, p. 22, fig. 6. 1910. Polvasterias problematica MEUNIER, p. 87, pl. V, fig. 20 à 22.
CARACTÈRES. — Cellule discoïde, biconvexe, gorgée de protoplasme dense et garnie à la périphérie d'appendices radiaires dont le nombre est variable.
Ces appendices sont cylindriques et plus ou moins dilatés en pavillon à leur extrémité. Ils sont creux, limités par une membrane hvaline, rayée de fibrilles longitudinales et parallèles qui deviennent libres vers le bout et s'v développent chacune en crochet plus où moins marqué vers l'extérieur du pavillon terminal.
Comme nous le disions, en 1910, après en avoir reconnu un assez grand nombre dans les mers polaires, le nombre des appendices est variable. Nous en avons compté de quatre à huit dans les différents spécimens observés.
L'échantillon que nous reproduisons ici, figure 19, en présente cinq.
La vue de profil, figure 20, montre qu'ils ne se développent pas dans le plan du corps, mais qu'ils sont tous inclinés légèrement du même côté.
La comparaison de ces figures avec celles de notre mémoire antérieur y fait découvrir des particularités ‘différentielles qui semblent être le fait d’une maturité plus ou moins avancée, mais développée dans des organismes de nature identique. La membrane est plus où moins différenciée, les bras sont plus ou moins longs, plus où moins fluets, les fibrilles qui les marquent sont variablement récurvées au sommet.
De plus, on remarque des différences individuelles dans le nombre des rayons. Nous en avons vu pourvus de quatre, de cinq, de six, de sept et de huit appendices, espacés à distance égale les uns des autres.
N'est-il pas logique conséquemment de substituer la dénomination de 20/yasterias à celle de /7exasterias qui ne peut convenir qu'à ceux de ces organismes qui ont six ravons et ne constituent qu'un cas particulier?
Aussi bien, nous ne tenons pas cette forme pour autonome, et la désignation qu'on lui donne ne peut être que provisoire, en attendant que l’on connaisse l'organisme animal dont elle procède comme œuf ou comme kyste.
Nous croyons, en effet, qu'il n'y a pas lieu, à la suite de plusieurs, de la considérer comme une algue swz generis; le protoplasme, qui est assez dense, ne présente pas le caractère d'une cellule végétale.
GENRE RADIOSPERMA MEUNIER.
Organes énigmatiques présentant, sur un corps unicellulaire, un ensemble régulier de fibrilles tressées, en forme de corbeille diversement ouvragée
Radiosperma textum sp. nov.
PI. XXIIL, fig. 27 et 22.
Nous avons proposé, en 1910, le terme de Æadiosperma pour désigner ce que HENSEN a appelé S£ernhaarstatoblast.
Nos échantillons de la Mer flamande nous ont présenté, à plusieurs reprises, un organisme du même genre que celui que nous avons figuré, sous le nom de Radiosperma corbiferum, dans « Microplankton des mers de Barents et de Kara», planche VI, figures 16 à 18.
Dans fin comme dans l’autre cas, on observe une cellule centrale surmontée d'une sorte de corbeille ajourée qui, sans doute, doit lui constituer un appareil de fottaison. Mais tandis que dans Xadiosperma corbiferum la cellule centrale a la forme d'un cône à sommet arrondi, elle prend, dans ce nouvel objet, Æadiosperma text, une forme lenticulaire légèrement convexe seulement. La trame de la corbeille qui surmonte le corps est aussi différente. Chez la première, les fibrilles prennent toutes une même direction et ne se soudent que vers le bord extérieur par des trabécules obliques, alors qu'ici le travail résulte de deux systèmes de fibrilles de direction inverse, qui se croisent à plusieurs reprises sur toute la profondeur de l'organe. Figure 21, vue de face; figure 22, vue de profil.
Malgré ces différences, ils témoignent tous deux des caractères communs qui permettent de leur assigner un même nom générique, aussi longtemps qu'on n’en connaît pas la provenance.
Nous ne les prenons pas, en eflet, pour des organismes autonomes.
Ce ne sont sans doute que des œufs d'espèces animales encore inconnues, la connaissance de celles-ci ferait tomber le nom provisoire qu'il convient de leur donner en attendant.
Nombreux sont les autres organismes énigmatiques qui se sont offerts à nous pendant la longue durée de nos recherches, mais leur rareté individuelle ne nous avant pas permis de les étudier, au moment de la rencontre, nous avons dû renoncer à les décrire, car leur recherche à nouveau aurait été très aléatoire tout en demeurant très onéreuse.
Aussi bien ces objets très clairsemés ne modifient pas l'aspect général du plankton et la difhculté de leur assigner un nom, rendrait leur description assez vaine.
Ce serait, par exemple, le cas pour l'organisme reproduit figure 23, planche XIIT, et qui se retrouve bien plus fréquemment que beaucoup d’autres.
Il a les caractères des formes épineuses décrites comme espèces variées de Xanthidrum par MôBius et par CLEVE et dont LEMMERMANN fait des espèces de Trochiscia. Mais que sont les 77ochiscia? Sont-ce bien des algues autonomes? Ne sont-ce pas plutôt des kystes?
Nous avons revu plusieurs fois le X'anthidium hystrix de CLEVE, dont LEM- MERMANN fait son ZYochiscia Ulever, forme sphérique beaucoup plus grande et hérissée de forts piquants; mais nous ne l'avons pas figuré, faute de place.
Que dire aussi de l’objet reproduit, figure 24. Cellule couverte d'aiguillons implantés suivant les sinuosités d'une ligne spiralée? Que dire encore du corps dont la figure 25 reproduit les traits plus expressifs, mais non moins énigma-
tiques. Membrane épaisse portant des protubérances hvalines élargies, divisées au bout et entremêlées d'autres filiformes et rappelant les éléments figés d'une substance qui aurait été d'abord à l’état plastique?
Peut-on v voir autre chose que des kvstes qu'il serait téméraire d'attribuer actuellement à des organismes élémentaires connus.
Ces exemples suffiront à montrer le caractère de beaucoup de ces énigmes.
Quant à ces objets que nous avons groupés dans notre mémoire de 1410, sous le nom de Papulifères et catalogués sous les pseudonvmes de Æusopsis, de Piropsis et de Sphaeropsis, nous en avons de similaires dans la mer du Nord, mais beaucoup moins variés et plus restreints.
Nous en avons reproduit plusieurs dans les figures 4 à 10 de la planche XXIIT, et nous avons montré, plus haut, dans ce mème fascicule, que certains d'entre eux n'étaient autre chose que des kystes, c'est-à-dire des spores quiescentes de Tintinnides.
L'exemple de la figure 1, même planche, qui montre le kyste en place, dans le fond d'un spécimen de Cyffarocylis Ehrenbergir, en est une preuve adéquate.
On peut tirer la mème conclusion de la figure 12, planche XXIT, empruntée à une Armphorell.
Si l'on veut, en outre, se reporter à notre mémoire de 1910, on tirera la même conséquence des figures 6 à 9 et 12 de la planche XI, relatives à 77n4innus pellucidus CLEVE et à Z?ntinnus botnicus NOoRDbouisr, deux espèces probablement identiques.
Ces faits nous semblent concluants pour attribuer ces organes papulifères, les Sphaeropsis et les lyropsis du moins, à des Tintinnides dont ils constituent la forme de vie latente, des spores de repos.
En est-1l de même des /#sopsrs, figures 8 à 10, planche XXIII, dont nous trouvons souvent des spécimens flottants, plus ou moins avariés et souvent vides, dans nos eaux ?
Nous crovons ne pas nous aventurer trop en leur soupçonnant une origine similaire, sans pouvoir cependant préciser les espèces qui leur donnent naissance.
Qu'on veuille bien voir ce que nous avons dit à propos de ces cas d'enkystement dont nous nous sommes occupé plus haut, page 9.
Nous aurions encore à parler de quelques Infusoires observés ci et là dans le plankton de la Mer flamande, formes vagues, défigurées et rendues méconnaissables par l'effet des réactifs.
Faut-il v voir des espèces marines ou des espèces d’eau douce?
On sait que l’eau des mers ne convient généralement pas aux Infusoires, si ce n'est aux Tintinnides que leur capsule protège et rend aptes à flotter.
Nous avons vu les principales formes de ce groupe qui fréquentent nos parages et qui jettent leur note spéciale sur certains aspects que peut présenter le plankton. Quant aux autres, nous les passerons sous silence, vu l'impossibilité où nous sommes d'en définir les caractères précis, à cause de leur contraction habi-
tuelle et surtout de leur rareté.
Il n'y a pas lieu, d'autre part, de nous occuper des KRadiolaires; ils font complètement défaut dans les eaux de la Mer flamande, ou peu s’en faut, car nous n'en avons Jamais rencontré.
Restent, enfin, les Foraminifères. Ceux-ci ne sont pas rares, mais, à part quelques exceptions, ils ne sont pas planktoniques. Ils sont plutôt bentoniques et ne doivent pas conséquemment trouver place dans ce mémoire.
Nous les connaissons du voisinage du West-Hinder, où la configuration du fond permet aux courants marins d'amener, d'endroits encore indéterminés, des spécimens, jeunes pour la plupart, de ces organismes, que les pêches verticales surtout recueillent, avec les fines particules minérales, en même temps que les espèces planktoniques.
Le voisinage des côtes, le peu de profondeur de l’eau, les courants marins et l'agitation des flots par les vagues profondes font que les produits recueillis au filet fin sont rarement purs de matières minérales argilo-sablonneuses.
C'est dans ce dépôt minéral qui se ramasse au fond des flacons, où sont logés les échantillons de pêche, que l’on découvre, parmi les fins grains de sable, en dessous de la couche limoneuse, de nombreuses espèces de Foraminifères. Ce sont généralement des formes jeunes, difhciles à reconnaître à cause de cela même, et à identifier avec celles des individus auxquelles elles appartiennent.
Peut-être serait-il intéressant de les faire connaître ultérieurement, en leur qualité d'organismes unicellulaires, dans une annexe à ce mémoire, qui embrasserait ainsi tous les proto-organismes observés couramment dans nos eaux
marines.