SOUS-FAMILLE III. — PSEUDO-RAPHIDÉES
Les Diatomacées de ces deux sous-familles ou, si l’on veut, des Pennatae d'autres auteurs, sont pour la plupart, comme on sait, des organismes d’eau douce.
L'adhérence d’un grand nombre d'entre elles à des objets immergés leur enlève tout caractère planktonique.
D'autres espèces sont libres; les unes vivent au fond des eaux peu profondes, sur le sol, ou forment, à la ie une sorte d'écume de couleur brune où elles sont soulevées et Soutenues par d’autres algues, particulièrement des Cyanophycées; des Oscillariées notamment. Leurs petites dimensions habituelles, leur silicification intense les ramènent au fond, des eaux dès qu'elles manquent d’un fotteur étranger de quelque nature que ce soit. Un petit nombre seulement, grâce à des artifices de groupement en colonies, peuvent mener la vie errante en pleine eau et méritent le nom d'organismes planktoniques.
Parmi ces dernières, un ar nombre sont exclusivement marines et ne s'observent jamais que dans les eaux salées. D'autres sont saumâtres et sont facilement entraînées dans le grand réservoir marin par l'écoulement des eaux qui constituent leur milieu normal. On rencontre même accidentellement des espèces d'eau douce dans le milieu marin, où elles ont dévalé avec les cours d’eau.
Sur le littoral, particulièrement au voisinage des fleuves et des canaux, on rencontre assez Lien de ces formes dont on ne saurait dire toujours si elles sont là dans leur milieu naturel ou si elles n'v constituent que des produits d'importation. Aussi ne mentionnerons-nous que celles qui se retrouvent le plus habituellement dans les produits de pêche planktonique exécutée plus au large de la Mer flamande, sans nous enquérir des circonstances qui les y ont amenées.
Aussi bien ces espèces ont, pour la plupart, été décrites par H. Vax HEURCK.
Nous ferons connaître celles qui lui ont échappé et nous rappellerons Îles autres en signalant, à l'occasion, des particularités de structure plus où moins intéressantes.
GENRE STAUROPSIS MEUNIER.
Nous avons proposé ce genre, dans un précédent travail, en 1910, pour grouper certaines formes planktoniques qui restent associées en ban à la façon des Fragilaria et qui présentent des caractères hybrides de Séaur onets et de
Navicula.
Leur caractère le plus apparent est la présence, sur les valves, d’un trait plus
fort qui coupe transversalement le raphé, en formant avec lui une croix centrée bien distincte, mais non soulignée par une aire hvyaline ni par un épaississement notable de la membrane. Tout le reste de la valve est couvert de stries délicates transversalement disposées.
[l n'y a donc pas de stauros, au sens vrai du mot.
Stauropsis membranacea (CLEvE) MEUNIER.
(PI. XIV, fig. 1à 5.) SYNONYMIE ET BIBLIOGRAPHIE.
1897a. Navicula membranacea CLEVE, p. 24, pl. 2, fig. 25 à 28. 1910 Slauropsis membranacea MEUNIER, p. 319, pl. XXXIII, fig. 37 à 40.
CARACTÈRES. — Colonie rubanée de cellules d'aspect rectangulaire, associées par le milieu de leur face valvaire, qui à la forme d'un fuseau aux extrémités subaiguës. Cette face laisse voir, même dans l'eau, le raphé coupé transversalement par une strie médiane assez forte : un pseudo-stauros. La fine striation qui couvre le reste de la valve n'apparaît qu'à sec.
Vers les angles des frustules, on aperçoit, à l’intérieur, un réseau réfringent, à mailles petites et irrégulières, d'une substance qui paraît être de même nature que la membrane cellulaire elle-même et qui résiste comme elle à l’action des dissolvants du cytoplasme.
Noyau central, maintenu en place par un cylindre de protoplasme dense, disposé perpendiculairement au plan sagittal de la colonie, suivant le petit axe des frustules. D'autres cordons protoplasmatiques plus ténus parcourent la cavité cellulaire, au sein d’un liquide abondant.
Chromatophores en forme de rubans étroits, méandriques, plissés, souvent ramifiés, au nombre de quatre, fixés contre la paroi suturale des frustules et disposés par couples de chaque côté du plan sagittal. Ceux qui sont visibles d’un côté de la cellule ont leurs symétriques du côté opposé.
PHÉNOMÈNES DE CYTODIÉRÈSE. — Au moment de la division cellulaire, les chromatophores qui, dans la cellule au repos, présentent leur maximum d'expansions méandriques, se contractent beaucoup et se disposent en deux rubans longitudinaux aux côtés du noyau en division, de manière à réduire momentanément à deux le nombre des rubans dans chaque cellule fille. Plus tard chacun d'eux s'allonge, redevient méandrique et subit enfin une division transversale qui rend aux cellules leur aspect primitif.
FiGures. — Figure 1, pl. XIV. Fragment de colonie rubanée montrant : En à, une cellule au repos, avec quatre chromatophores rubanés, très développés en de nombreux méandres, dont deux seulement visibles du côté de
l'observateur. Les deux autres leur sont symétriques et sont situés du côté opposé.
En , une cellule en division, avec, du côté visible, deux chromatophores longitudinaux, contractés, trapus, rapprochés du centre du frustule et s'y côtoyant longuement avant de rejeter leurs bouts libres vers l'extérieur.
nd, noyau en division dont les produits sont déjà séparés par les nouvelles valves cellulaires ébauchées.
En c, deux cellules filles issues d'une division récente et présentant de chacune d'elles, du côté reproduit, un seul chromatophore. Celui-c1 prend déjà de l'extension en formant des anses qui sont symétriques dans les deux frustules par rapport au plan de leur division. Cet élément se subdivisera plus tard à son tour transversalement pour rendre aux cellules adultes l'aspect qu'elles présentent en &.
Il est bien entendu que les chromatophores figurés ont leurs similaires du côté opposé qui n'a pu être reproduit sans amener de la confusion dans les dessins.
nd, noyau divisé; ch, chromatophore; x, réticulum réfringent qui s'observe toujours sous les angles des frustules.
Figure 2. Coupe optique transversale d'une cellule adulte montrant, outre les méandres des chromatophores blottis contre la membrane, le noyau central, #, et le réticulum réfringent développé sous les angles subaigus, 2.
Figure 3. Fragment de colonie de deux cellules adultes plus larges et moins longues que les précédentes, conformément à la loi de tendance à la persistance du volume, qui s applique d’une manière générale à toutes les Diatomacées.
Figure 4. Vue valvaire, avec le raphé longitudinal coupé en son milieu par une forte strie qui s'aperçoit dans tous les milieux. On y remarque, en outre, d'autres stries plus faibles, serrées, parallèles à la ligne médiane, qui n'apparaissent qu à sec.
Figure 5. Vue latérale d'une cellule dépourvue de son contenu. — s, pseudostauros visible même sur les frustules observés dans le milieu conservateur des pêches planktoniques.
OBSERVATIONS. — Cette intéressante espèce est seule représentative dans nos eaux belges du genre Sfauropsis que nous avons proposé, en 1910, pour grouper d'assez nombreuses espèces propres aux mers boréales et que les auteurs rapportent soit au genre S/auronerës, soit au genre Vavrcula, sans bonnes raisons sufhsantes.
C'est une des bonnes espèces planktoniques de la Mer flamande, où elle s'observe souvent en assez grande abondance, surtout pendant les mois d'hiver.