‹ Microscopes catadioptriques et achromatiques de M. le Professeur J.-B. Amici, construits, pour la première fois, en France, en 1827Chapitre 4 sur 7 · À PARIS · texte numérisé non relu

À PARIS

Fabrique les instrumens d’Op.tique , de Physique et de Mathématiques, et particulièrement les Microscopes de toute espèce, les Télescopes terrestres et astronomiques , les Lunettes de spectacle perfectionnées* la nouvelle chambre obscure de sou invention , composée seulement d’un prisme triangulaire légèrement convexe et concave, appelé ménisque; les verres bleus d’une teinte particulière pour la conservation de la vue; la chambre claire d’Amici; les coupelles et instrumens pour les expériences du chalumeau ( par M. Le Baillif ) ; un appareil simplifié pour la polarisation de la lumière; le décolon mètre de Payen : enfin, le magasin est assorti de Fantasmagories, Mégascopes, Microscopes solaires, Machines électriques, Machines pneumatiques, Piles galvaniques, Cassettes mathématiques, Baromètres, Thermomètres, Aréomètres, Hygromètres, Équerres, Boussoles, Niveaux, Alidades, Graphomètres, Cadrans solaires, Balances hydrostatiques, etc., etc.

(*) Étant trois opticiens du même nom sur le même quai, M. Chevalier aîné prévient qu’en faisant attention qu’il a le prénom de Vincent et qu’il est au n° 69 du quai, il ne peut y avoir d’erreur préjudiciable à aucun d’eux.

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Sur l'usage du Microscope achromatique, selon Euler, construit et perfectionné ( pour la première fois cle 1825 à 1826); par Eincent Chevalier aîné et fils y quai de V Horloge , nn 6g, à Paris .

Arota. Ce Microscope peut être applique' avec avantage h lYtuile des corps opaques et des corps transparens.

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a L’utilité d’un microscope qui joindrait à une grande » force amplifiante, une telle disposition de ses parties, qu’il » pourrait servir à observer commodément chaque espèce de )> corps, soit fluide ou solide, transparent ou opaque, sans trop )> le diviser, a été généralement reconnue par tous ceux qui se » sont exercés dans l’art d’explorer la nature jusque dans ses j) pluspetitsdétails ; e’estpour cela, dit M. Amici, que les artistes )> et les géomètres les plus célèbres qui se sont occupés de cette )) partie de l’optique, soit expérimentalement ou à l’aide du cal- )) cul ,ont principalement cherché à construire un instrument » qui, doué d’un grossissement considérable, de clarté et de )> netteté, pût encore être d’un usage facile et universel. »

L’importante découverte de l’achromatisme a fait faire un très grand pas vers la perfection désirée , ainsi que le prisme pour l’éclairage des corps opaques, les diaphragmes variables de M. Le Baillif et l’application de la lampe à courant d’air à réflecteur parabolique. Ces nouvelles découvertes, en donnant au microscope les qualités désirables, mettront les physiciens en état de porteries observations microscopiques au plus haut degré de perfection.

Le microscope composé est une chambre obscure dans laquelle -vont se peindre les images des objets qu’on y présente au moyen d’une lentille , ou objectif, placée à son extrémité; telle est la propriété des corps polis ou transparens : ils réfléchissent les images, les figures, ou bien les représentent renversées au— delà de leur foyer, lorsqu’ils sont convexes ou concaves; mais, pour que l’image soit bien terminée, il faut que le verre qui la produit soit bien net et bien poli, et qu’elle se forme dans un espace très obscur, afin de l’isoler, pour ainsi dire, des ténèbres qui l’environnent. L’objet est beaucoup plus près de l’objectif que son image, et voilà pourquoi celle-ci est, absolument parlant, plus grande que l’objet; enfin, cette image est ensuite reçue par l’oculaire qui la présente à l’œil, en l’amplifiant , comme une loupe à travers laquelle on regarderait les caractères d’un livre.

L’auteur de la nature a multiplié les précautions dans la structure de l’œil. La cornée transparente, l’humeur aqueuse et l’iris sont d’abord placés en avant comme modérateurs des rayons lumineux; la pupille est susceptible de s’ouvrir ou de se rétrécir à proportion que cette chambre obscure , construite avec tant d’art, a besoin de plus ou de moins de lumière; les differentes humeurs achromatisent les rayons; enfin, les courbures et les densités de ces diflerens milieux sont si bien calculés, que les images sont exemptes des aberrations de sphéricité et de réfrangibilité. L’uvée est teinte en noir pour mieux recevoir les images : tout décèle une sagesse prévoyante et des précautions infinies pour la perfection de l’organe.

Comment se fait- il que les physiciens, depuis Porta, depuis trois siècles, n’aient pas pensé, jusqu’à Euler, à imiter cet organe dans la confection des microscopes! Les préjugés, une trop grande confiance dans les résultats d’expériences mal faites, et non répétées, ont retardé cette précieuse décou-* verte.

L’optique tient à la théorie des savans et à la pratique des

ouvriers. C’est en comparant l’organe de la vue , ses membranes,1 ses humeurs, leurs diverses densités et positions, que le savant Euler conçut les verres achromatiques : le génie de Newton les avait pressentis, mais ce ne fut qu’en construisant et essayant des verres lenticulaires de différentes densités, que Dollond mit enfin à exécution et en pratique les heureuses conceptions que la théorie avait inspirées au géomètre suisse.

M. Fresnel de l’Institut dit : « Si l’on a tant tardé à apporter, » dans la construction des microscopes, ces améliorations es- » sentielles , cela tient peut-être à ce que les services qu’ils ont » rendus aux sciences naturelles, entre les mains d’ohserva- » teurs habiles, sont encore assez récens. Les découvertes dues » aux lunettes astronomiques sont plus anciennes; l’utilité de » leur application est généralement sentie, tandis que les oh - » servations microscopiques semblent seulement destinées à sa- » tisfaîre notre curiosité; mais, quand elles n’auraient d’autre » avantage que de permettre à l’homme de pénétrer un peu )> plus avant dans les secrets de la nature, n’est-il pas heureux » que quelques esprits inventifs s’efforcent de lui procurer >? ces jouissances élevées, lorsque tant d’autres sont occupés à » satisfaire ses besoins physiques? Des exemples multipliés ont » assez prouvé que les découvertes , qui semblaient n’intéresser î) que la science, finissent presque toujours par recevoir des « applications utiles. »

D’ailleurs l’Histoire naturelle n’est plus de nos jours un simple objet de curiosité ; c’est une science bien plus admirable, tant par ce qu’elle nous enseigne, sur l’organisation et les mœurs, que par la variété des formes et la richesse des couleurs qu’elle étale à nos yeux. Son utilité ne saurait être contestée quand on réfléchit qu’elle satisfait à tous nos besoins, qu’elle fournit à toutes nos jouissances, qu’elle nous procure les moyens de recouvrer la santé, et qu’elle est la source de tous les arts. La découverte d’un minéral , d’une plante ou d’un animal , suffit quelquefois pour faire naître

un nouveau genre d’industrie qui crée, pour les peuples, de nouveaux rapports commerciaux, et qui est l’origine de nouvelles habitudes et de nouvelles lois.

Plus une nation est civilisée, plus elle fait de tentatives dans celte direction : c’est ainsi que des voyageurs intrépides parcourent chaque année le globe dans toutes les latitudes, afin d’arracher , à la nature, de nouveaux tributs. Le domaine de la science s’enrichit sans cesse du fruit de leurs courses lointaines, tandis qu’il s’augmente journellement , d’un autre côté, par les travaux des hommes laborieux qui étudient les productions encore peu connues de notre sol.

L’Histoire naturelle a pris son rang parmi les sciences d’un haut intérêt; elle est devenue un besoin de l’époque; il n’est aucun homme instruit qui puisse aujourd’hui lui rester indifférent. Un grand nombre de sciences et d’arts , la Chimie, la Médecine , la Pharmacie, la Botanique, l’Agriculture , la Physiologie , l’exploitation des mines, la Peinture , et la Poésie ellemême, ne peuvent se perfectionner qu’en puisant perpétuellement à cette source; et les gens du monde, dont la profession peut se passer davantage de son étude, y cherchent encore et y trouvent facilement des délassemens à leurs travaux.

Le microscope achromatique est composé de la lentille objective et de deux verres formant l’oculaire.

Fig. i. Le microscope, vu en élévation latérale et en expérience. a , pied du microscope; b, corps de la lunette ; b' b", tirages ; c, oculaire ; d , objectif achromatique; e , prisme à surfaces curvilignes, qui projette la lumière sur les corps opaques ; f, diaphragmes variables à trous décroissans pour modérer l’effet de la réflexion du miroir;^, miroir qui réfléchit la lumière pour les objets transparens ; A, crémaillère dans laquelle

engrène un pignon monté sur Taxe d’une vis goudronnée ; elle sert à faire monter ou descendre la platine h , qui reçoit les objets.

Fig. 2. Le diaphragme à trous décroissant, vu en plan et en coupe.

Fig. 3. Platine porte-objets, vue en plan.

Fig. 4* Lampe à double courant d’air, dont la lumière se projette à travers le prisme e pour éclairer les objets opaques ; /, réflecteur parabolique de celle lampe .

Fig. 5. Coupe de la lunette du microscope; b' b\ tirage qui augmente à volonté la longueur de l’instrument , et par conséquent le grossissement; c, premier oculaire; m , second oculaire.

Fig. 7. Coupe de la cheminée de la lampe et du réflecteur parabolique.

Le corps de la lunette est fixé au haut du pied qui le supporte par une charnière, autour de laquelle il peut prendre toutes les inclinaisons que l’on veut, depuis la verticale jusqu’à l’horizontale.

Le corps de la lunette peut s’allonger à volonté au moyen du tube b'.: on éclaire les objets opaques (que l’on pose sur la plaque b, au-dessous de l’objectif ci) , au moyen du prisme e , dont deux faces sont convexes, de manière à concentrer le faisceau lumineux sur l’objet; ce prisme fait fonction de miroir et de loupe, et remplit très bien les conditions exigées pour l’éclairage des corps opaques.

Les corps transparens sont éclairés, comme à l’ordinaire, au moyen d’un miroir concave qui renvoie une belle lumière, mais qui est plus ou moins modérée au moyen des diaphragmes adaptés à l’extrémité du cône f.

Il y a quelques corps demi-transparens que l’on peut éclairer en même temps par le miroir et par le prisme.

La lumière du jour est presque toujours suffisante, mais la lumière d’une lampe a l’avantage d’être vive j fixe et constante.

On peut augmenter ou diminuer à volonté le grossissement de la manière suivante :

En employant les objectifs 2, 4> 10 et 14 ;

En alongeant ou diminuant la longueur de la lunette.

On pourrait aussi rendre le grossissement variable au moyen de diflerens oculaires, mais cela augmenterait les combinaisons sans donner un très grand avantage à l’instrument.

Usage du microscope.

L’instrument verticalement posé (fig. ire), distant d’environ 10 pouces d’une lampe dont la lumière sera très vive et dirigée vers le prisme e , cjui aura une inclinaison telle qu’il projettera la lumière sur le corps opaque placé sur la plaque k au-des-sous de l’objectif 14 : si , en regardant dans l’instrument, on fait mouvoir le bouton i , on mettra l’instrument à son point et l’image de l’objet sera vue avec toute la netteté désirable (si l’on a dirigé la lumière convenablement sur l’objet, si les verres sont bien propres, et si l’objet est à sa juste distance de l’objectif d ).

A l’objet opaque on peut substituer un objet transparent; alors on détournera le prisme , on dirigera la lumière en dessous au moyen du miroir g , et l’on fera usage des diaphragmes/'. On mettra l’objet à son point au moyen du bouton i, qui fait monter et descendre la platine k , porte-objet.

Les corps demi-transparens nécessitent quelquefois les deux moyens d’éclairage, mais on emploie peu souvent ce procédé.

Combinaisons de grossissemens dont V instrument est susceptible.

ire combinaison, minimum d’amplification , instrument tout fermé, objectif i4 lignes.

2e combinaison, instrument tout tiré, objectif, 1 4 lignes.

id.

tout fermé,

id.

id .

tout tiré,

id.

IO

id.

tout fermé,

id.

id.

tout tiré,

id.

id.

tout fermé,

id.

id.

tout tiré,

objectif,

lignes ,

maximum d’amplification.

Chaque fois qu’on fera varier l’objet ou la disposition de l’in* strument, on devra faire mouvoir le bouton i pour mettre la plaque k à son juste point (les numéros des objectifs indiquent les distances en lignes de l’objectif à l’objet ), toujours en regardant dans l’instrument. On fera aussi varier le prisme, si c’est un corps opaque; ou le miroir et les diaphragmes, si c’est un corps transparent, afin de donner toujours la lumière nécessaire ; car, de ces circonstances, dépend le bon effet de l’instrument. Une attention non moins importante est la préparation des objets, ainsi qu’on le verra aux pages suivantes.

Des objets en général.

Les objets propres à être examinés par le microscope sont (comme Iiook les définit fort judicieusement) tous les corps, tous les pores ou tous les mouvemens extrêmement petits.

Ces corps sont, ou des parcelles, ou des corps entiers fort déliés, comme les petites semences, les insectes, les sables, les sels , etc.

Les pores sont les interstices entre les parties solides des corps, comme dans les tranches de bois coupées sur le fil, mais particulièrement entravers à raison de 6o à ioo, dans l’épaisseur de 2 millimètres; dans les os, dans les minéraux, dans les écailles, etc.; ou comme les ouvertures des petits vaisseaux , tels que ceux qui reçoivent l’air dans les

végétaux; les pores de la peau, des o3 et des animaux. TJue préparation admirable d’anatomie microscopique résulte du développement , sur une lame de verre , des stigmates et des trachées du bombix ou ver à soie.

Les mouvemens sont ceux des fluides renfermés dans les corps des animaux ou des végétaux.

Sous l’un ou l’autre de ces trois aspects, tout ce qui nous environne nous fournit un sujet d’examen , et peut également nous amuser et nous instruire.

Plusieurs de ceux qui ont des microscopes savent si pèu combien leur usage est étendu, et sont tellement embarrassés pour trouver des objets à examiner, qu* après s’ètre amusés eux-mêmes et avec leurs amis pendant quelque temps à considérer le peu d’objets qu’ils ont trouvés dans les porte-objets qu’ils ont achetés, ou à observer deux ou trois autres objets fort communs, ils abandonnent leur microscope comme n’étant pas d’un plus grand usage : cependant, de tontes les inventions qui aient jamais paru, on n’en trouvera peut-être aucune qui soit constamment aussi propre à amuser, à instruire et à satisfaire l’esprit de l’homme. Mon intention a été de faciliter une étude aussi agréable; et comme ia curiosité, qui est la passion générale des hommes , peut, par ce nioyeiij être continuellement satisfaite, et que la curiosité stimulée a souvent mis sur la voie des grandes découvertes ,• j’espère que cette notice ne sera pas inutile, si je puis engager quelqu’un à passer agréablement et utilement ses heures de loisir dans la contemplation des merveilles de la création.

De V examen des objets.

L’examen des objets, beaucoup d’attention , et de dextérité ( que

pour découvrir la vérité , de soins , de patience, l’on acquiert surtout par

demande d’adresse la pra-

tique), pour les préparer, les manier et les appliquer au microscope.

Je vais exposer les faibles connaissances que j’ai acquises en cette matière , tant par les lumières des autres que par ma propre expérience, après avoir passé plusieurs années clans cette occupation. J’espère que mon travail facilitera des découvertes importantes, et fera rechercher une étude aussi facile.

Lorsqu’on a un objet à examiner, il en faut considérer attentivement la grandeur, le tissu et la nature pour pouvoir y appliquer les verres capables de le faire connaître parfaitement. Le premier soin à prendre doit être constamment de l’examiner à travers une lentille qui le représente tout entier ; car, en observant de quelle manière chacune de ses parties est placée à l’égard des autres , on verra qu’il est plus aisé de les examiner chacune en particulier, et d’en juger séparément si l’on en a occasion. Lorsqu’on se sera formé une idée exacte du tout, en pourra le diviser autant qu’on le voudra, ét plus les parties de cette division seront petites, plus la lentille doit être forte pour les bien voir.

On doit avoir beaucoup d’égard à la transparence ou à l’opacité des objets, et de là dépend le choix des verres dont on doit se servir; car un objet transparent peut supporter une lentille beaucoup plus forte qu’un objet opaque , puisque la proximité du verre qui grossit beaucoup doit nécessairement obscurcir un objet opaque, et qu’il arrive beaucoup moins de lumière à l’objectif par la réflexion que par la réfraction.

Plusieurs objets , cependant , deviennent transparens lorsqu’on les divise en parties extrêmement minces; il faut donc trouver quelque moyen pour les réduire à cette petitesse et les rendre propres à être bien examinés; mais l’appareil pour les corps opaques permettra d’examiner beaucoup de corps sans les diviser, et par ce moyen on jugera mieux

rie la disposition des parties et de leurs couleurs respectives.

Il faut aussi faire attention à la nature de l’objet, s’il est vivant ou non , solide ou fluide , si c’est un animal ou un végétal , ou une substance minérale , et prendre garde à toutes les circonstances qui en dépendent pour l’appliquer de la manière qui convient le mieux.

Si c’est un animal vivant, il faut prendre garde de le serrer, heurter ou écraser , afin qu’on puisse mieux découvrir sa véritable figure , sa situation et son caractère. Si c’est un fluide et qu’il soit trop épais, il faut le détremper avec de l’eau*, s’il est trop coulant, il faut en faire évaporer quelques parties : il y a des substances qui sont plus propres aux observations lorsqu’elles sont sèches, et d’autres, au contraire, lorsqu’elles sont mouillées ; quelques-unes lorsqu’elles sont fraîches, et d’autres lorsqu’on les a gardées quelque temps.

I! faut ensuite avoir bien soin de se procurer la lumière nécessaire ; car, de là, dépend la vérité de tous nos examens : un peu d’expérience fera voir combien les objets paraissent différens dans une position et dans un genre de lumière, de : ce qu’ils sont dans une autre position, de sorte qu’il est à propos de les tourner de tous les côtés et de les faire passer par tous les degrés de lumière, depuis la plus éclatante jusque même à l’obscurité,, de les considérer comme opaques et j comme transparens , en faisant usage tour à tour du prisme et du miroir , et de les mettre dans toutes les positions à chaque degré de lumière, jusqu’à ce que l’on soit assuré de leur vraie figure et de n’être point trompé; car, comme dit M. Hook , il est difficile, dans quelques objets, de distinguer une élévation d’un enfoncement , une ombre d’une tache noire , et la couleur blanche d’avec la simple réflexion. L’œil d’une mouche, par exemple, dans une espèce de lumière, paraît comme un treillis percé d’un grand nombre de trous; avec les rayons du soleil, il paraît comme une surface couverte de clous dorés; dans une certaine position, il paraît comme une surface cou-

verte de pyramides; dans une autre, il est couvert de cônes; et dans d’autres situations, il paraît couvert de figures toutes différentes.

Le degré de lumière doit être proportionné à l’objet : s’il est noir, on le verra mieux dans une lumière fort abondante; mais, s’il est transparent, la lumière doit être a proportion plus faible : c’est à cet usage que sont destinés les diaphragmes variables de M. Le Baillif.

La lumière de la lampe est la meilleure ; elle a l’avantage d’être vive, fixe et constante, surtout pour les opaques. Vient ensuite la lumière du jour : elle ne peut servir que pour les transparens; les opaques ne peuvent y être vus qu’avec un faible grossissement. Je recommande aux amateurs l’examen de la palette qui se trouve à la patte du dytique mâle marginé, vue par-dessous. r

On peut aussi, en se servant convenablement de la lumière du soleil , en obtenir de très bons résultats.

De la préparation et application des objets .

Il y a plusieurs objets qui demandent beaucoup de préparations pour les bien placer devant les lentilles, s’ils sont plats et transparens, en sorte qu’en les pressant on ne puisse pas les endommager. Une bonne manière est de les renfermer dans des porte-objets, entre deux verres minces; par ce moyen les ailes des papillons, les écailles des poissons, la poussière des ■fleurs et des papillons, les différentes parties et même les corps entiers des petits insectes, et de mille autres choses semblables, peuvent se conserver fort bien. Un observateur curieux doit donc toujours avoir des porte-objets , ou fiches, prêts pour y recevoir un objet qui se présente, et pour le conserver lorsqu’on veut l’examiner de nouveau. Une ou deux dixaines de ces fiches ou porte-objets bien fournis d’objets convenables, forment une Histoire naturelle délicate , où nous pouvons lire avec plaisir

le détail des perfections des ouvrages de pieu, et de sa sagesse

infinie dans leur composition.

Lorsqu’on fait une collection d’objets, on ne doit pas rem-r plir au hasard les fiches, mais on doit avoir soin d’assortir les objets selon leur grandeur et leur transparence, de manière que l’on ne doit mettre dans la même fiche que ceux que l’on peut observer avec la même lentille; et alors on marquera sur le porte- objet le nombre qui désigne la lentille convenable aux objets qu’il renferme; c’est-à-dire que les objets les plus transparens ou les plus petits qui demandent la première lentille pour être observés, doivent être placés dans une ou plusieurs fiches marquées du nombre 1 ; ceux d’un degré inférieur dans les glissoirs marqués du nombre 2, ainsi des autres. Cette méthode épargnera beaucoup de temps et de peine, car les nombres marqués sur les porte-objets préviennent l’embarras où l’on peut être pour savoir quelle est la combinaison du grossissement qu’on doit leur appliquer.

En plaçant vos objets sur les fiches, il est bon d’avoir un verre convexe d’environ un pouce de foyer, et de le tenir à la main pour les ajuster proprement entre les verres avant que de les enfermer avec des anneaux de cuivre. Ce qui convient le mieux encore et qui trouve son application dans une fouie de circonstances, c’est le petit appareil des horlogers, dit porteloupe à pied, lia le grand avantage de laisser les deux mains libres.

Les petits objets vivans comme les poux, puces, cousins, petites punaises, petites araignées, mites, etc., pourront ètie placés entre ces verres sans qu’on les tue ou qu’on les blesse; si l’on prend soin de 11e pas presser les anneaux de cuivre : et par ce moyen ils resteront en vie des semaines entières; mais s’ils sont trop gros pour être placés de cette manière, il faudra les placer dans une pièce avec des verres concaves destinés à cet usage. La meilleure manière d’observer est de placer l’objet, s’il est transpaient, simplement sur une lame de verre; s’il est

opaque, le placer sur une lame d’ivoire ou d’ébène, suivant qu’il sera noir ou blanc, en faisant attention que les corps doivent être placés de manière à présenter le moins d’aspérités possible, et par conséquent qu’ils présentent des surfaces presque planes à l’objectif.

Si vous avez des fluides à examiner pour y découvrir les petits animaux qu’ils peuvent contenir, prenez avec un petit tube de verre fermé des deux extrémités une petite goutte du fluide, et faites-la couler sur une lame de verre ; étendez la goutte, et appliquez-la de cette façon à la lentille. Dans beaucoup de cas on peut placer sur la goutte une autre lame de verre plane et mince, ce qui a l’avantage de gêner le mouvement des animalcules et de pouvoir mieux les observer 5 mais, si, en faisant voire observation vous trouvez, comme il arrive souvent, que ces petits animaux nageant ensemble soient en nombre si prodigieux , que, roulant continuellement les,uns sur les autres, on ne puisse pas bien connaître leur figure et leur espèce, il faut enlever du verre une partie de la goutte , et y substituer un peu d’eau claire qui les fera voir bien séparés et bien distincts. Ce mélange d’eau pure est surtout nécessaire lorsqu’on veut observer le semen masculinum de tous les animaux* car les petits animaux qu’il contient sont si prodigieusement petits et si pressés les uns contre les autres eu nombre presque infini, qu’à moins de bien délayer ce liquide, on ne peut les séparer asse?; pour distinguer leur vraie figure. Il en est de même de l’examen des globules du sang et des anguilles de la colle de farine ; il faut d’abord haleter sur une lame de verre bien propre, puis y ajouter une goutte d’eau qui s’y étendra en goutte de suif très plate, au milieu de laquelle on placera la guttule de sang, de colle de farine , de pus. etc. C’est tout le contraire lorsqu’on veut examiner un fluide pour y découvrir les sels qu’il contient: car alors il faut le laisser évaporer spontanément à l’ombre et à couvert, afin que la cristallisation soit bien régulière , et afin que les sels qui restent sur le verre puissent être observés nvec plus

tle facilité. C’est ainsi que les chimistes peuvent reconnaître des cristallisations où l’on n’indique que des précipités pulvé* rulens. Non-seulement il sera très aisé d’en décrire et dessiner les formes, mais dans la même goutte , ils reconnaîtront deux et même trois cristallisations distinctes ; il suffit d’essayer une goutte du coriza quand on est enrhumé, une larme, la salive, la liqueur secrétée par les glandes prostates , une goutte de la liqueur qui est sous l’ampoule vésiculaire qui succède à la brûlure ou à l’application des mouches cantharides : on verra des cristallisations magnifiques de sel ammoniac et des cubes de sel marin ( muriate de soude ).

Quant à la circulation du sang, on se sert ordinairement de grenouilles , de lézards et de petits poissons , etc. On a des tuyaux de verre et une machine pour les poissons , qui servent à renfermer ces animaux et à exposer à la vue les parties où l’on découvre la circulation-, ces parties sont: la queue dans les lézards et les poissons ; et dans les grenouilles, c’est dans la membrane déliée qui est entre les doigts des pieds de derrière; quoique, si l’on peut trouver le moyen de serrer par le bas cet animal et de le présenter à la lentille, on verra plus clairement ! la circulation dans le mésentère, ou membrane transparente qui joint ensemble les boyaux, que partout ailleurs; et l’on peut appliquer cette partie à la lentille, en tirant un peu le boyau en dehors.

Pour disséquer les petits insectes, les puces, poux, cousins, mites , etc. , etc. , voir leur construction intérieure , il faut avoir beaucoup de patience et de dextérité; cependant on peut le faire avec beaucoup de suceès par le moyen d’une fine lancette et d’une aiguille, si l’on met ces animaux dans une goutte d’eau, car alors on pourra séparer aisément leurs parties et les placer devant le microscope, en sorte qu’on puisse distinguer et examiner aisément leurs entrailles. Rien n’est plus commode que la table anatomique de M. Le Baillif ; cette table à corapartimens est percée à sa partie antérieure pour recevoir

le jour par un miroir posé au-dessous, et incliné à peu près à 45°; il n’y a pas d’anatomie végétale ou animale que l’on ne puisse exécuter très facilement avec cet appareil.

Les objets à préparer, a disséquer, sont mis, avec de l’eau, dans des verres bombés, ou dans des montures en cuivre qui portent des verres plans. On grossit avec les loupes reconnues les plus convenables; on a les coudes appuyés , les deux mains libres , et l’on emploie des aiguilles très fines, des pointes de bois, des cure-dents , ou des pinceaux très fins. C’est ainsi que l’on prépare des yeux de mouches , des trachées de bombix , etc. , etc.

On doit avoir, pour cela, des bandes de verre toujours prêtes, delà dimension d’un porte-objet, pour y placer, selon l’occasion, les parties que l’on veut examiner. Quelques-uns de ces morceaux de verre doivent être gris, d’autres bleus et de différentes autres couleurs , parce que plusieurs objets se distinguent mieux lorsqu’ils sont placés sur une couleur que sur une autre.

Je crois qu’il n’y a point de meilleur moyen de conserver les objets transparens, en général, que par la méthode que nous avons indiquée; mais les corps opaques, tels que les semences , les sables, les bois, etc., demandent d’autres précautions, et il en faut préparer une collection de cette manière : Prenez des bandes de cartes coupées comme les fiches ; mouillezles dans la moitié de leur longueur avec de l’eau gommée bien forte , mais bien transparente, et , avec cette eau, attachez-y votre objet. Comme les figures de cartes sont rouges et noires , si vous coupez vos morceaux sur ces figures, vous aurez pour vos objets un contraste de presque toutes les couleurs; et fixant les objets noirs sur le blanc, les blancs sur le noir, les bleus ou verts sur le rouge ou le blanc, et les autres objets colorés sur les morceaux qui leur sont le plus opposés en couleur; vous les observerez ainsi avec plus d’avantage. L’on fait aussi, pour cet usage, des porte-objets en ivoire, avec des cavités pour s recevoir les objets : cet arrangement est plus commode et plus joli , mais il est plus dispendieux.

Précautions qail faut prendre en observant tes objets.

Gardez-vous bien de déterminer subitement et de déclarer trop vite votre sentiment sur un objet; car l’imagination prévient souvent le jugement et nous fait croire que nous voyons ce qu’il n’est pas possible que nous ayons vu, comme des observations plus exactes nous en convaincront dans la suite : n’assurez donc rien qu’après des expériences réitérées, et après avoir examiné l’objet dans tous les degrés de lumière et dans toutes les positions.

Lorsque vous vous servez du microscope, dépouillez- vous de tout préjugé , de tout système, et n’ayez aucune opinion favorite ; car, si vous en avez quelqu’une, elle vous fera tomber dans l’erreur , et sera cause que vous croirez voir ce que vous souhaitez de trouver.

Souvenez- vous que la vérité est la seule chose que vous devez chercher ; et, si vous vous êtes trompé, n’ayez pas la vanité de vouloir persister dans votre erreur: d’autres observateurs la relèveraient.

Ne formez aucun jugement sur les objets qui sont étendus avec trop de force, ou resserrés par la sécheresse, ou qui sont hors de leur état naturel , de quelque manière que ce soit, sans y avoir les égards convenables.

Il n’est pas avantageux d’examiner les objets avec une lentille plus forte que celle qui les représente distinctement.

Il est douteux que l’on puisse juger des vraies couleurs des objets que l’on voit par la plus forte lentille; car, comme les pores ou interstices d’un objet sont agrandis à proportion de la force du verre dont on se sert, et que les particules qui en composent la matière, doivent, par le même principe, paraître séparées plusieurs mille fois de plus qu’à la vue simple , les rayons de lumière qui viennent à nos yeux doivent être modifiés et produire quelquefois d’autres couleurs que celles de l’objet.

On ne doit pas non plus déterminer, sans beaucoup de réflexions, tous les mouvemens des créatures vivantes ou des fluides qui les renferment, lorsqu'on les voit par le microscope; car, comme le corps qui seaneut et l’espace où il se trouve sont agrandisse mouvement doit l’être aussi, et par conséquent on doit y avoir égard pour juger de la rapidité avec laquelle le sang paraît couler dans les vaisseaux des petits animaux. Supposons, par exemple , qu’un cheval et un rat fassent mouvoir leurs membres exactement dans le même temps ; si le cheval fait 5o mètres pendant que le rat parcourt 1 mètres ( quoique le nombre de pas soit le même de part et d’autre), on cou» viendra, ce me semble , que le mouvement du cheval est le plus rapide. Le mouvement d’une mite, vu par le microscope, ou aperçu à la vue simple, n’est peut-être pas moins différent.

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