AU MICROSCOPE
Des animalcules cT infusions j ou animaux microscopiques.
Les plus petites créatures que l’on ait connues jusqu’ici sont celles que l’on trouve dans les fluides. On a découvert, par le microscope, un grand nombre d’espèces différentes d’une petitesse si prodigieuse, qu’un million de ces animaux n’égalerait pas la grosseur d’un grain de sable ; il est même certain qu’il y en a encore un plus grand nombre dont les di mensions sont beaucoup plus petites.
11 y a donc ici une grande matière d’examen et d’admiration, puisque chaque goutte d’eau ou d’autre liqueur (excepté les huiles et les esprits) est déjà remplie (du moins après avoir été exposée à l’air) de créatures vivantes de différentes grandeurs et de différentes figures.
Comme tous les curieux sont bien aises de voir ces merveilles de leurs propres yeux , et de les faire voir à leurs amis, j’ai cru qu’il était à propos de leur donner les règles suivantes pour obtenir ces animalcules.
En mettant infuser, dans de l’eau de pluie ou de rivière, toute espèce de végétaux (surtout les aromatiques), comme, par exemple, les fleurs, les plantes, les fruits, le poivre, le foin, la verdure, l’avoine, le froment, l’orge, le tabac (les fleurs de jacinthe donnent constamment des infusions riches d’animaux microscopiques) dans le fond d’un vase ouvert, en sorte que le fond en soit couvert de la hauteur environ d’un demi-pouce*, exposez votre vaisseau à l’air , et, dans peu de jours, vous y verrez une petite pellicule qui couvrira toute la surface de l’eau; vous trouverez, au microscope, que cette pellicule contient des milliards de petits animaux que vous aurez peine à distinguer , même avec la plus forte lentille, mais qui deviennent tous les jours plus gros, jusqu’à ce qu’ils aient acquis leur grandeur naturelle. ( Ces expériences réussissent mieux dans l’été que dans l’hiver.) Si vous prenez, de cette pellicule, gros comme la tête d’une épingle, soit avec un tube de verre ou avec un cure-dent, et l’appliquez, en l’étendant, sur une lame de verre, vous verrez différentes sortes d’animaux qui vous surprendront agréablement par la variété des formes et des mouvemens particuliers à chaque espèce.
On voit souvent mieux ces insectes en couvrant la goutte d’une lame de verre , ce qui a l’avantage de former une couche de liquide uniforme, et par conséquent évite toute illusion produite par le liquide; on y trouve encore celui de gêner le mouvement des animalcules; ils restent plus long-temps dans le champ du microscope.
Riche dit, en parlant des animaux microscopiques : « J’en ai découvert quarante ou cinquante espèces , que j’ai décrites et observées. Si l’on demande de quelle importance peut être cette étude pour le naturaliste, je répondrai : Si vous ne considérez que les masses, la somme totale de matière organisée qui compose celle de tous ces êtres infiniment petits , mais répandus sur tout le globle , surpasse de plusieurs centaines de fois la masse de matière vivante qui compose l’espèce des éléphans. Si
vous examinez ensuite les phénomènes de leur vitalité, quelle variété de moyens, de formes, de mouvement ! Les uns meurent et ressuscitent au gré de l’observateur ; les autres se reproduisent en divisant leurs corps à l’infini ; ceux-ci peuplent les germes de la vie, et dans ceux-là la nature semble surprise dans son secret par le regard de F homme. Sous des enveloppes diaphanes, à travers des animaux transparens, on découvre les lois de la circulation , les mouvemens de la digestion , les mystères de la reproduction : ici s’offre le passage de l’insecte au coquillage; là celui du végétal à l’animal; et, dans le sein des mers, une multitude d’animalcules imperceptibles composent des coraux, des madrépores, des gorgones, et simulent un passage du végétal au minéral. Enfin ces êtres imperceptibles, placés dans l’intervalle de tous les règnes, semblent être des liaisons insensibles, par lesquelles la nature a réuni toutes ses grandes masses. Le printemps est le temps le plus favorable pour les observations du raicrologue; il est indifférent alors pour observer , d’appliquer le microscope sur telle eau stagnante ou telle infusion, toutes les parties de la nature semblent vivantes et agitées par des sensations : c’est alors que l’observateur passe des nuits délicieuses à déterminer et à suivre les protées, les volvox, les bracliions, les vorticelles, dont j’ai trouvé beaucoup d’espèces dans ce pays. Ici je dois rendre hommage à un des plus profonds observateurs : je veux parler d’Otho Muller ; il a décrit et distingué, par des différences, plus de trois cents espèces d’animalcules; toutes ses observations sont de la plus exacte vérité. Jî est, pour les animaux microscopiques, ce que Linnée est pour le reste de la nature, a
Le spectacle que le microscope place sous les yeux n’étonne pas seulement l’esprit par le merveilleux des phénomènes qu’il présente , il l’instruit encore par les idées nouvelles qu’il fait naître, par celles qu’il perfectionne, par les grandes vues qu’il produit, et surtout par les erreurs importantes qu’il a proscrites.
Cependant la foule des lecteurs r et peut-être même des soi-
disant philosophes, sont toujours tentés de demander à' quoi sert l’étude de ces êtres qui échappent à nos sens, et avec les^quels il ne parait pas que nous devions avoir aucune relation. 11 semble entendre un homme ignorant dans l’ Astronomie qui se moquerait d’un astronome, parce qu’il chercherait des astres invisibles à l’œil nu, avec de fortes lunettes, pour déterminer les longitudes. Tout est si bien lié dans la nature, un si grand nombre de chaînes unissent si fortement ses diverses parties, qu’il faudrait être, ou bien inattentif, ou bien inconséquent, pour n’en pas saisir quelques-unes. La réflexion fera de même sortir de l’étroit champ du microscope des vérités extrêmement utiles , et le monde invisible nous apprendra peut-être à connaître celui qui frappe nos sens; car le microscope n’enferme pas l’observateur philosophe dans le petit champ de la lentille qu’il emploie, mais il lui fournit un nouveau point de vue pour considérer l’univers lui-même, pour reconnaître partout le sceau imposant de son divin auteur; pour admirer l’uniformité de ses lois, l’unité de son plan, et la liaison de tous les êtres, les rapports des êtres connus avec ceux qu’on découvre par ces nouveaux yeux, en un mot, pour étendre les bornes de cet univers sans déranger son ensemble, ou plutôt pour rendre complète l’idée que nous pouvons en avoir. Enfin on ne peut douter de l’utilité générale des observations microscopiques, si l’on fait attention que la Physique ne peut se perfectionner par l’étude seule des grandes masses, mais qu’il faudrait surtout qu’elle put pénétrer jusque dans leurs élémens , ou du moins jusque dans leurs parties les plus petites. Il est impossible d’avoir une idée juste des composés si l’on n’approfondit pas leurs comjjosans : on ne peut connaître un tout, sans avoir bien étudié ses parties.
Le vinaigre, lorsqu’il est resté plusieurs jours à l’air sans être couvert, surtout en été, est rempli d’anguilles qui sont douées d’une grande agilité; elles sont quelquefois assez grandes pour être distinguées à la vue simple.
La colle de farine ( c’est-à-dire !a farine bouillie dans Feaü ) -offre à sa surface, lorsqu’elle a été exposée à Fair, une innombrable quantité d’anguilles très curieuses. Pour les faire venir plus tôt, il faut, de temps en temps , verser dans la pâte une goutte de vinaigre; et, lorsque les animaux auront été produits, vous pourrez les garder toute Fannée, en y versant un peu de vinaigre ou de l’eau, si la pâte devient trop dure, et en y joignant, de temps en temps, une nouvelle pâte aigrie , ayant soin continuellement de conserver la superficie en bon état, ce qui se fait aisément lorsqu’elle est bien fournie de ces anii» maux. A Paris, il faut prendre de la colle de farine que vendent presque tous les épiciers : un orage suffit pour déterminer, à la surface de la plus fraîche, des myriades d’anguilles. Il suffit d’ajouter de loin en loin quelques gouttes d’eau, sans agiter la pâte.
Appliquez-ies à votre microscope sur une bande de verre, après y avoir mis une petite goutte d’eau pour les faire nager et les dégager de la pâte, afin de les rendre visibles et distinctes.
Ce sont des objets fort amusans. Dans toutes sortes de microscopes, on distingue clairement le mouvement des entrailles. Ces animaux étant vivipares, on distingue aisément les petites anguilles dans le corps des femelles, et, si on leur fait une espèce d’opération césarienne, c’est-à-dire si on les partages en deux , on verra les petits, qui d’abord étaient contournés en double spirale, se développer presque comme un ressort et courir dans le liquide, ce qui procure un spectacle intéressant. On remarque aussi, à quelques-unes de ces anguilles, des espèces de petits arbrisseaux que l’on peut considérer connue des plantes qui naissent dans la pâte, et qui s attachent à ces petits animaux.
Les eaux dormantes des fossés , Feau qui découle clés fumiers cl qui paraît d’une couleur brune et foncée est entièrement pleine d’animalcules.
Les eaux sont partout abondantes d’animaux vivanset four-
lussent une occupation continuelle pour le microscope. Les mers, les rivières, les étangs, les fossés, et même chaque bourbier peut, par son secours, nous présenter des prodiges vivans qui n’ont pas encore été découverts.
il y a de très petits animaux que l’on trouve adhérens aux racines de la lentille sauvage ( Lens paluslris ) , qui, dans l’été, Hotte abondamment sur la surface des étangs et des fossés. Pour trouver ces animalcules, il faut choisir des lentilles sauvages qui aient de longues racines, car on en trouve rarement quand les racines sont courtes*, il faut prendre garde qu’elles ne soient pas couvertes, comme elles le sont souverd , d’une matière grossière ou qui tend à la pourriture.
Dans l’eau ou dans la matière gluante et le sable que l’on trouve dans les gouttières des maisons, mais particulièrement, et plus sûrement encore, dans les tuyaux de toute espèce qui contiennent des larves de phryganes et que l’on trouve vides et en abondance sur les mares entourées d’arbres à l’époque où les libellules (ou demoiselles) commencent à voltiger. Des tuyaux de phryganes, gardés pendant sept ans, et mis dans l’eau distillée au mois de juin, dans un vase couvert, ont donné exclusivement, à M. Lebaillif, le véritable rotifère, qu’il faut bien se garder de confondre avec tous les animalcules ciliés que contient en effet la poussière des plombs et gouttières.
Je n’entrerai dans aucune discussion sur la conservation vitale, mais il suffira, pour se convaincre du fait, de recueillir une certaine quantité de tuyaux de Phryganes desséchés, de les mettre dans un cornet de papier étiquete et marqué du millésime j puis de faire infuser chaque année une demi-douzaine de ces tu vaux dans de l’eau distillée, en mai, juin et juillet.
J’affirme que la septième année sera aussi productive en rotifères que la première, et que cette génération sera exclusive de tous les autres microscopiques. La certitude de la re production sera annoncée par des plaques spongieuses et
jaunâtres à la surface de l’eau , qu’il faudra bien se garder d’agiter. Les infusions de mouron ou anagallis, petite plante qui sert particulièrement à la nourriture des oiseaux, donnent quelquefois des rotifères. Dans les différentes espèces d’animaux, le plus remarquable est le rotifère, auquel on voit, avec admiration , deux roues qui semblent tourner a la tête de l’animal, ainsi qu’un mouvement intestinal que quelques auteurs ont appelé cœur , d’autres l’appareil respiratoire. L’inspection de cet être extraordinaire produira les surprises les plus agréables. Une des plus grandes particularités est qu’il devient fixe et comme mort dans la boue sèche; mais dès que l’on a jeté dans l’eau un morceau de cette boue, ces animaux se développent dans l’espace d’une demi-heure ; ils étendent insensiblement leur corps , et se mettent à nager.
Une découverte bien intéressante de l’histoire naturelle est celle du polype (qui a été faite par M. Trembley) que l’on trouve adhérent à la lentille de marais, et qui, étant coupé par le milieu , reproduit , à la moitié supérieure , une queue, et, à la moitié inférieure , une tête, en sorte que, d’un animal , il s’en fait deux. Si vous le coupez en trois parties, ces parties formeront trois polypes complets, aussi parfaits que le premier : d’où l’on peut conclure que, dans la variété infinie des ouvrages de la providence, tout ce qui peut exister existe en effet. Depuis la lecture de Réaiimur et de Trembley, beaucoup d’amateurs d’Histoire naturelle ont recherché, pendant des années, mais presque inutilement , des polypes dans la rivière de Bièvre, ainsi que dans l’ancienne gare. On en trouve toujours, à Versailles, dans les touffes de joncs de la pièce des Suisses; à Paris, dans les lentilles d’eau du nouveau bassin sous l’Arsenal, ainsi que dans les mêmes lentilles dont est souvent couvert le petit bras de la Seine, entre l’Arsenal et file bouviers. L’étang de Montmorency et file d’ Amour à Belleville en contiennent toujours. C’est vraiment faute de les avoir cherchés avec persévérance que les observateurs ont été si long-
temps privés du piaisir de vérifier la découverte de Trembley sur un être aussi incompréhensible que le polype d’eau douce.
Disons, en finissant, que, si les plus petites créatures vivantes que l’on ait observées jusqu’à présent se trouvent dans les eaux, on y trouve aussi les plus grandes et les plus monstrueuses ; il n’y a point d’oiseau ni d’animal terrestre qui approche de la grandeur de plusieurs espèces de poissons : l’éléphant même 11e peut pas entrer en comparaison avec la baleine.
Considérons maintenant quelle étonnante disproportion entre un poisson tel que celui-là et un animal moindre en volume que la millième partie d’un grain de sable. Quel nombre prodigieux de differentes espèces de créatures, dans la progression d’une grandeur à l’autre ! La main de la providence parait également admirable, soit qu’elle donne du mouvement à des montagnes énormes de matière, ou qu’elle donne la vie à un atome.
Le sang est une chose curieuse à observer au microscope.
Si l’on en prend une goutte que l’on étende sur une lame de verre, ou mieux qu’on la délaie dans un peu d’eau chaude, on distinguera qu’il est composé de globules rouges qui nagent dans un fluide nommé sérosité.
L’inspection du sang est beaucoup plus curieuse lorsqu’on l’observe dans les vaisseaux; il faut se servir à cet effet de ces petits animaux qui, par leur transparence, laissent voir ce qui se passe au dedans de leurs corps, comme divers insectes tels que le pou, le cousin.
La membrane transparente qui est entre les doigts des pieds : de derrière d’une grenouille est l’objet que l’on emploie le plus ordinairement pour y découvrir la circulation du sang; on peut l’y voir clairement, tant dans les veines que dans Jes artères, si la membrane est bien tendue.
On peut aussi se servir des queues et des nageoires de petits poissons qui offrent à la vue un grand nombre de veines et d’artères, avec quantité de sang , qui les traverse en dif-
férentes manières : la queue d’un petit lézard d’eau est aussi fort commode pour ces expériences.
L’œil, aidé d’un bon microscope , distingue clairement , dans le semen masculinum des animaux , des milliers d’autres ani-* maux vivans et vigoureux, quoiqu’ils soient d’une petitesse excessive , et le même instrument nous apprend que les poussières des végétaux ne sont qu’un amas de petits grains dont les figures sont aussi uniformes que celles des grandes plantes d’où on les tire.
L’apparence des animalcules spermatiques est une figure ovale, oblongue, avec une longue queue conique très déliée; et comme, par cette figure, ils ressemblent assez à de petits têtards, on leur a souvent donné ce nom. (Dans la science, leur nom est zoosperme. )
Plusieurs ont cru que l’on trouverait d’autres créatures vivantes dans les autres sucs animaux : après l’examen le plus rigoureux et le plus attentif, il paraît certain que l’on n’a rien découvert, avec les meilleures lentilles, qui ait la moindre apparence de vie dans le sang, la salive, l’urine, le fiel, le chyle ou autres humeurs, excepté dans la semence seule. Pour les bien observer, il faut en mettre une petite goutte sur un verre ; on y ajoute un peu d’eau , et l’on couvre avec un autre verre plat : par ce moyen, on distinguera facilement ces petits animaux si extraordinaires par leur nature.
Le pou a une coque ou peau si transparente que nous pouvons mieux découvrir ce qui se passe dans son corps que dans la plupart des autres créatures vivantes, ce qui le rend un objet curieux pour le microscope. Beaucoup d’animaux et même d’insectes sont tourmentés par celte vermine qui prend sur eux sa nourriture et qui les tourmente.
L’escarbot pouilleux ( espèce de cerf-volant ) , le perceoreille, les limaces de toute espèce, les araignées, etc., etc. , sont des animaux où l’on en trouve de différentes sortes très curieux à voir au microscope.
Les mites suât ces petits animaux que l’on trouve en abondance dans le fromage qui tombe en poussière; ils paraissent à la vue simple comme des particules de poussière mouvante; mais le microscope fait voir que ce sont des animaux parfaits dans tous leurs membres, qui ont une figure régulière et qui font toutes les fonctions de la vie avec autant d’ordre que les animaux qui sont plusieurs millions de fois plus grands qu’eux.
La puce. On peut dire que cet animal est fort connu, et en meme temps qu’il ne l’est point : en effet, on sait qu’il est •fort agile et qu’il incommode par sa piqûre; mais beaucoup de personnes connaissent - elles sa forme? savent - elles que son corps est couvert d’une espèce de cuirasse? saventelles que, parmi ses jambes au nombre de six, il yen a deux qui lui sortent de la bouche, et que ce sont les deux dernières, beaucoup plus longues que les autres, qui les font si bien sauter? sait-on enfin que sa tète a quelque chose de la forme d’une queue d’écrevisse?
C’est en somme un fort joli petit animal; aussi a-t-il fait la conquête d’un naturaliste anglais. Cet insecte, dit-il, est tout couvert d’écailles fort dures , de lames et de divisions jointes avec beaucoup d’art; ses écailles sont merveilleusement polies et entourées de longues pointes, dans l’ordre le plus beau et le plus régulier qu’il soit possible d’imaginer. . . . Son col a un contour fort beau ; sa tète est très extraordinaire; il a deux grands yeux beaux et noirs, etc., etc. 11 y a, dans cet animal, deux choses qui méritent notre attention , son agilité surprenante et sa force prodigieuse, qui le rendent capable de sauter plus de cent fois aussi loin que sa propre longueur. Quelle vigueur dans ses muscles ! quel ressort dans ses fibres ! et combien sont faibles et lents, à proportion de leur masse, le cheval, le chameau ou l’éléphant, si on les compare à ce petit insecte !
Le cousin vient d’un œuf déposé, par sa mère, sur les eaux ,
lequel devient d’abord un ver ou magot, et ensuite un animal aquatique fort étrange. On ne peut pas en découvrir les beautés
particulières sans le microscope; mais, par le moyen de cet
instrument, il paraît orné, par la nature, d’une manière plus extraordinaire que ne le sont la plupart des autres créatures vivantes; ses ailes sont environnées d’un falbala de longues plumes, et les veines ou arêtes qui servent à les fortifier sont aussi couvertes de plumes et d’écailles; sa tête, ses antennes, son aiguillon, etc., sont des choses très curieuses à observer.
La mouche est ornée par des beautés qu’on ne peut pas concevoir sans le microscope; sa tête, toute couverte d’yeux, sa trompe, son corps couvert de clous dorés, sont des choses extraordinaires. On ne finirait pas si l’on voulait parcourir toutes les différentes "sortes de mouches que l’on trouve continuellement dans les prairies, les bois, les jardins; il est impossible de décrire leurs différens plumages qui surpassent tout le luxe et la magnificence imaginables ; chaque observateur curieux les trouvera de lui-même, et avec étonnement et admiration.
La moule est l’objet le plus agréable pour un microscope. Dans la membrane transparente adhérente à l’un des côtés de la partie antérieure de chaque coquille, on peut voir circuler le sang par un nombre étonnant de vaisseaux, même dans la plus petite partie qu’on puisse appliquer au microscope.
Les cheveux, les poils, sont des objets curieux : mais pour bien voir le tube capillaire que l’on distingue si bien dans le : cheveu blanc , il faut les bien essuyer et les mettre entre deux verres en y intercalant une goutte de vernis blanc , pressant i un peu les deux verres et les maintenant dans cette position avec du fil jusqu’à dessiccation parfaite du vernis qui doit bien sertir les bords du verre superposé. Le vernis s’étend, forme une couche unie et transparente, et qui empêche toute illusion produite par la lumière. On peut employer cette méthode
pour tous les corps secs et demi-transparens : on la doit à M. Le Baillîf.
On dit qu’en examinant les couches successives de l’écaille du poisson , on reconnaît son âge par l’accroissement de lames qui se fait chaque année. On dit aussi que la peau humaine parait composée d’écailles à cinq pans qui anticipent les unes sur les autres.
Une collection de pollen, ou poussières ou farines de fleurs , serait un amusement infini pour ceux qui veulent étudier la nature; leur forme pourrait meme servir à une classilication , tant elle est constante. On peut s’exercer sur les pollen de syringa ( philadelphus coronarius) , d’ovélies ( nidus avis ) y de pin, de marronnier d’inde, de pavot, de tournesol, de piedd’alouette, etc.
Beaucoup de ces pollen , mis sur une lame de verre dans une goutte d’eau , et observes très vite , changent de forme et crèvent en projetant une semence d’une ténuité extrême. La fleur de prêle ( equisetum ) est tellement hygrométrique, qu’elle se contourne dans toutes sortes de sens , rien que par l’haleine projetée sur le porte-objet.
C’est à ceux-là que je recommande d’examiner avec soin les petites cellules qui contiennent cette poussière , aussi bien que les pistils et autres parties de la génération des fleurs; ils peuvent commencer par l’arcangel ou scrophulaire avec sa fleur blanche, ou même par la mauve commune, et ils y découvriront des beautés qu’il est impossible de décrire. Comme toutes les autres fleurs ont des organes pour la même destination, quoique d’une figure et d’une construction différentes , on a ici des prodiges en abondance à découvrir au microscope, et heureux l’homme qui peut trouver assez de loisir pour considérer ces nouveaux mondes encore inconnus.
Si l’on veut observer la structure intérieure des piaules, qui est composée de trachées pour la circulation de l’air, de vaisseaux lymphatiques et de vaisseaux propres, il faut, pour
1rs trachées, couper l’écorce dans les branches herbacées sans entamer le bois, rompre ensuite le corps ligneux de façon qu’en faisant cette rupture, on puisse tirer en sens contraire les parties rompues; on aperçoit alors , entre les parties que l’on sépare, des filamens qui échappent à la vue tant ils sont fins, mais qu’au microscope on reconnaît pour être formés de petites bandes brillantes roulées en spirales, et qui sont fort analogues à celles des insectes. Ces petites bandes , contournées en hélice, sont très visibles dans la tige des plantes que l’on a fait long-temps macérer dans l’eau. Par exemple, si l’on met en infusion des tiges ou queues de jacinthes , de tulipes, etc., jusqu’à ce quelles soient assez ramollies pour s’étendre aisément par la simple pression, on prend un petit morceau de ces tiges , on le met entre deux verres avec de l’eau , en pressant un peu fortement; l’organisation de la plante deviendra visible au microscope , et offrira un spectacle vraiment extraordinaire par la régularité avec laquelle sont contournés ces petits filamens.
La fourmi est un objet qui mérite notre attention ; c’est un animal d’une conslruction fort singulière.
La proboscide d’un papillon qui est tournée en spirale comme le ressort d’une montre, sert également de bouche et de langue en entrant dans le calice des fleurs , et en tirant leurs sucs et rosées; on trouvera sa figure et sa construction fort surprenantes.
Les poussières qui se détachent des papillons sont des choses admirables; elles varient de figure et de couleur dans les différentes espèces, et même sur le même insecte. Le papillon blanc du chou offre une particularité , c’est que ses petites plumes ou écailles sont rayées de lignes parallèles très fines , d’une manière surprenante; mais il est aussi infiniment curieux d’observer ces poussières ou plumes sur l’aile même du papillon , en les considérant comme opaques, et alors on voit leur disposition , qui est la même que celle des ardoises sur le toit des
maisons. Leur disposition merveilleuse et leurs brillantes couleurs produiront sans doute l’admiration.
Les plumes des oiseaux ont beaucoup de beautés différentes, et elles diffèrent beaucoup les unes des autres, non- seulement dans leurs couleurs et formes générales , mais encore dans la construction de chaque partie. Les plumes du colibri et celles des oiseaux du même genre offrent vraiment des beautés surprenantes.
Le charençon de Surinam, dont le corps est couvert d’ccailles de différentes couleurs, offre des beautés qu’il est impossible de décrire.
Les mousses de toute espèce sont des objets bien agréables; elles paraissent, au microscope, aussi parfaites dans leurs feuilles, fleurs et semences, que les arbres ou les plus grandes plantes.
Les moisissures, regardées au microscope , font voir une infinité de petites plantes qui portent des feuilles, des fleurs et des semences qui croissent d’une manière presque incroyable.
L’aventurine artificielle offre des cristaux de différentes figures régulières. M. Le Baillif dit : « Si l’on examine ce joli » produit de l’art avec un microscope grossissant à peu près » cent fois, on sera fort surpris de le voir formé d’ une multitude » incalculable de cristaux plans et opaques, dont les uns sont » équilatéraux et les autres hexagones. Cette dernière forme )> provient, à n’en pas douter, de la tronquature des trois )> sommets du triangle primitif. (Je n’ai encore aperçu qu’un » seul tétraèdre. ) » On ne finirait jamais si on voulait seulement indiquer la moitié des objets qui sont propres à être vus au microscope ; il nous découvre une infinité de merveilles que nous serions incapables de connaître sans son secours.
L’usage du microscope doit naturellement conduire un homme qui pense à considérer la matière comme composée de différentes figures et grandeurs, soit animées, soit inanimées; il doit porter nos réflexions de l’animalcule à la mite,
de la mite à la baleine; d’un grain de sable au globe où noua vivons; de là au soleil et aux planètes, et peut-être au-delà : aux étoiles fixes et aux mondes qu’elles éclairent et qui roulent autour d’elles; et là l’esprit, se perd parmi ces soleils et ces mondes , dans l’immensité et dans la magnificence delà nature.
Evaluation des diamètres j au moyen des micromètres.
La science , qui a fait de si grands progrès, exige aujourd’hui la mensuration exacte des microscopiques.
Les chimistes donnent jusqu’à un millième dans les résultats de leurs analyses, afin de bien faire connaître toutes les parties constituantes des échantillons soumis à leurs recherches. Les observateurs au microscope ne doivent plus se contenter de ces évaluations inexactes, gros comme tant de grains de sable ; car il n’y a pas de sable identique dans ses dimensions.
Il faut donc adopter l’emploi des micromètres sur verre et
sur ivoire. M. Le Baiiiif s’est construit, depuis i8i5, une machine au moyen de laquelle il divise le millimètre en 10, 100, 200, 3oo et 4°° parties parallèles, toutes subdivisées de io en 10, et de 5 en 5, pour le repos de l’oeil. 11 divise aussi l’ancienne ligne du pied-de-roi en 94° parallèles , pour la concordance avec le millimètre. Il est bien à regretter que cet amateur, d’ailleurs très complaisant, n’ait jamais voulu exécuter de micromètres que pour son propre usage, ou pour en faire cadeau à quelques membres de l’institut, et à des amis particuliers; mais, comme des divisions d’une aussi grande finesse ne sont pas indispensables, nous pouvons procurer des divisions sur verre et sur ivoire, très convenables à ces sortes de mensurations; en général, celles en dixièmes et en centièmes de millimètre suffisent; il n’y a que les globules de sang humain, le pollen des moisissures , qui égalent le deux-centième de millimètre.
L’emploi en est très facile. Supposons que l’on veuille connaître les dimensions d’une poussière de papillon , des trachées d’un végétal, d’un pollen , etc. ; il suffit de poser l’objet sur
le micromètre en verre, soit à sec, mais toujours mieux dans l’eau , et de le couvrir avec une lame de verre ; alors on pose le tout sous la lentille, et, sans aucun calcul, on lit le nombre îles subdivisions du millimètre qui se trouve couvert par l’objet.
11 en est de même sur un micromètre en ivoire, si l’on veut observer un corps opaque.
Cette méthode, qui donne immédiatement les diamètres, comme lorsqu’on applique un pied de roi ou un double décimètre sur un objet quelconque, est préférable et plus sûre que l’emploi d’un micromètre posé dans le microscope, au foyer de l’oculaire; elle sert aussi à connaître combien de fois un objet est amplifié en mettant un diaphragme de 10 millimètres au foyer de l’oculaire. M. Charles avait eu cette idée ingénieuse, et calculait l’amplification en diamètre, d’après le nombre des carreaux ou parallèles millimétriques observés dans le diaphragme de io ou de 20 millimètres d’ouverture : cette sorte de mensuration est dépendante des pouvoirs amplifians et des distances entre la lentille et l’oculaire, et nécessite des calculs, tandis que l’usage d’un micromètre sur lequel l’objet est posé n’en exige aucun.
N. B. Nous venons dë construire le petit appareil appelé le Mensurateur microscopique de M. Le Baillif , avec lequel on peut apprécier avec une grande exactitude le diamètre des cheveux, des laines, des poils et autres choses de la même ténuité ; ainsi que la Table anatomique du même auteur, pour les petites dissections animales el végétales.
Cette Notice aurait pu être beaucoup plus étendue; mais on pourra trouver ce qui y manque dans les ouvrages dont la liste est ci-contre. J’aurai rempli mon but si j’ai réussi & simplifier le microscope à le rendre moins cher et d'un usage plus commun et plus facile ; enfin j’aurai servi mes goûts, mon penchant , les arts et les sciences utiles.