BulUHn, dO mai 1892, p
2. M. Jaacoud. Sur la pneumonie aiguë. Journal des Sociétés scientifiques, 4 mai 1887, p. 156.
LA PLEURÉSIE
En attendant, avant de rechercher en quoi ces deux manières de concevoir le développement de la maladie, sont, selon moi^ purement hypothétiques, je veux en faire ressortir la conséquence la plus immédiate.
Le microbe, quel qu’il soit, est un être vivant. Or, qu’il pénètre par hasard et accidentellement de l’extérieur dans l’organisme, ou qu’il y ait depuis plus ou moins longtemps élu domicile et y habite habituellement, il ne peut s’y multiplier, s’y cultiver, comme on dit, ou s’y maintenir vivant, comme dans un milieu de culture, qu’en se nourrissant, en en consommant la substance. Mais l’organisme humain, lequel par hypothèse ne contient rien d’autonomiquement vivant, est, pourtant, vivant lui aussi. Si donc le microbe vivant vit aux dépens de la substance de l’organisme humain vivant, il est un parasite dans cet organisme, car, en histoire naturelle, le parasite vrai est celui qui se nourrit des sucs élaborés par le sujet vivant sur lequel ou en lequel il habite. La conséquence de cette remarque, c’est que, légitimement, il faudrait ranger le rhumatisme, ia pneumonie, la pleurésie et toutes les maladies dites microbiennes dans le cadre des maladies parasitaires. Il faudrait dire par conséquent que les phénomènes d’inflammation, de fluxion, d’exsudation, sont dépendants de la vie, c’est-à-dire de la nutrition du microbe parasite.
Assurément, il y a quelque intérêt historique et scientifique de savoir comment de telles conséquences ont pu être tirées de l’observation et comment on en est venu à croire et à dire que « l’organisme humain porte constamment en lui des microbes en grand nombre de bien des espèces difï'érentes. » Ce que je peux affirmer avec certitude, c'est que cette manière de penser et de parler est, de beaucoup, postérieure à l’année 1876.
Ce que je peux affirmer aussi, c’est qu’avant qu’on y eût songé, nous avons reconnu, mes collaborateurs et moi, dans les liquides d’épanchements pleurétiques, ascitiques et autres, dans d’autres maladies, notamment dans le tubercule pulmonaire, la présence de ce que l’on a nommé microbes, microccoccus et d’autres coccus, voire des vibrioniens divers et de vraies bacté-
PLEURÉSIE
ries. Je prie donc l’Académie de me permettre ici un peu d’histoire rétrospective pour remettre en lumière des faits trop peu connus ou oubliés qui^ détournés de leur signification la plus naturelle, ont été interprétés comme dépendants de la doctrine des germes préexistants universellement répandus.
Démonstration et vérification du fait que tout ne meurt
PAS DANS LE CADAVRE ET DANS UNE PARTIE QUELCONQUE SOUS¬ TRAITE A l’animal vivant.
Il y a plus de vingt-cinq ans déj^, j’avais convaincu Estor, mon dévoué collaborateur depuis, qu’il existait dans les organismes vivants des éléments anatomiques autonomiquement vivants qui résistaient à la mort après la destruction même des cellules que lui et moi, après Küss et Virchow, considérions comme vivantes. Estor, je dois ce témoignage à sa chère et vénérée mémoire, m’aida avec ardeur à mettre cette grande vérité hors de doute. Or, Estor était médecin, chirurgien, physiologiste et histologiste éminent autant qu’homme de cœur, sachant payer de sa personne ainsi qu’il le fit lors d’une épidémie de choléra à Toulon, où il alla, avec ses nobles fils, soigner les cholériques. Un tel homme ne pouvait taire ce qu’il regardait comme une vérité acquise ; aussi en fit-il la base de son enseignement dans sa chaire de professeur d’histologie et d’anatomie pathologique de la Faculté de Montpellier.
Nous avions démontré et soutenions donc qu’une masse de substance organisée quelconque, soustraite à l’animal vivant, continuait de vivre, pendant que des transformations chimiques et histologiques s’opéraient dans son sein, c’est-à-dire, parce que, conti-
nuant de vivre, les cellules se détruisaient et les microzymas évoluaient pour devenir ybrioniens et bactéries. Et nous démontrions que 1 évolution vibrionienne des microzymas pouvait avoir lieu en présence de la créosote à dose convenable, non seulement
à même la substance organisée elle-meme, mais uans des milieux de culture, l’empois de fecule, par exemple , pendant qu’une fermentation s’y opérait
Naturellement nous avons cherché a venfier et a confirmer par tous les moyens la réalité du tait, que j’ose appeler un grand fait, de l’évolution vibnonienne des microzymas à même les tissus. Il faut citer
quelques exemples. . r'-A+di in
Ester a rapporté l’observation suivante. G était au mois de juillet 1870, un vieillard succomba a, un epanchement apoplectique énorme : la mort arriva apres
un agonie de près de quarante-huit heures. L autopsie
fut faite seize heures après la mort.Le péricarde incise, il remarqua que le feuillet viscéral de cette membrane séreuse, sur la face antérieure du cœur, était soulevé par une infinité de petites bulles de gaz, ce qui indiquait des phénomènes intenses de fermentation... Le cœur enlevé, il constata dans le centre des parois du ventricule gauche des bactéries à tous les degres de développement : des microzymas isolés et mobiles, des microzymas associés deux à deux, d’autres un peu allon^s enfin de véritables et belles bactéries. Et Estor faisait remarquer que le malade n’avait pas succombe a un maladie infectieuse : la mort était véritablement due à un accident; mais elle était survenue lentement de plus, la chaleur normale avait été longtemps conservée grâce à l’élévation extérieure de la température ce qui constituait une circonstance favorable pour la production des phénomènes observés (1).
^ Voici maintenant une observation faite sur i homme vivant. C’était en 1868, Estor, examinant un fragment du contenu épais, mélicérique, d un kyste de la grande lèvre qu’il venait d’inciser, y découvrit des microzymas sous la forme de granulations molécu-
d. Estor. De la Constitution élémentaire des tissus, p. 22. Montpellier, Camille Goulet libraire, loo2.
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laires isolées, de microzymas associés^ d’autres un peu allongés et de vraies bactéries ; bref toutes les phases de l’évolution des microzymas, telles que nous les avions décrites dans nos cultures. Et qu’onle remarque bien, cette évolution avait eu lieu chez l’homme vivant, dans une masse indépendante, limitée par une poche résistante. C’était alors, comme les précédents, un fait absolument nouveau qu’Êstor publia aussitôt (1). Depuis, neuf fois sur dix,nous avons rencontré des bactéries à l’examen des contenus kystiques.
A la même époque, à la suite d’une fracture comminutive des extrémités articulaires, l’articulation elle-même étant largement ouverte, l’amputation est pratiquée environ huit heures après l’accident. La partie supprimée est immédiatement apportée au laboratoire : l’avant-bras présente une surface sèche, noire, dont Estor avait constaté l’insensibilité avant l’opération : tous les symptômes de la gangrène existaient ; l’examen microscopique nous montra non des bactéries, mais des microzymas associés,, des chapelets de grains. L’accident avait marché si vite que l’évolution n’avait pas atteint la forme bactérie 12).
Nous examinions ainsi avec curiosité, nous et nos élèves, les docteurs J. Birot, J. Béchanp, E. Baltus, toutes les productions pathologique qui offraient quelque intérêt ; les liquides d’épanchements pleurétiques, ascitiques, les purulents et les non purulents, les suppurations et le pus. Dans les cas où les épanchements étaient un peu anciens, l’examen microscopique fait aussitôt après la ponction nous y faisait découvrir, outre les microzymas avec leur forme normale, les microzymas en évolution à deux et plusieurs articles, des vibrions et des bactéries, diverses en apparence, depuis le Bacterium termo.
C’est également en 1868 qu’avec Estor, nous avons voulu vérifier sur le tubercule pulmonaire l’ensemble de la théorie du microzyma.
A Strasbourg, Küss nous enseignait, à l’encontre de
1. Estor. Note pour servir à Thistoire des microzymas contenus dans les cellules animales, Comptes rendus^ t. .LXVIII, p. 259.