M. Armand Gautier
LA PLEURÉSIE 203
permettre de laprendre à témoin de l’impossibilité où j e suis d’accorder à ce savant qu’il a eu le mérite de faire cette grande découverte.En vérité, je ne le puis, d’abord par respect pour la vérité historique ; ensuite par respect pour la mémoire chère et vénérée d’Estor ;d’Estor qui a souffert pour la défense de la théorie du microzyma qu’il a tant contribué à fonder; par respect aussi et par reconnaissance pour l’Académie de médecine, qui m’a permis de faire devant elle, en plusieurs occasions, la preuve qu’Estor et moi ne nous étions point trompés.
Mais voici un autre genre de confirmation qui a bien son prix.
11 y a vingt-deux ans, la théorie du microzyma était déjà complète dans tous les sens. J’avais fondé la théorie physiologique de la fermentation en démontrant que la cellule de levure de bière digère, assimile, désassimile pour produire le phénomène de la fermentation conçu comme phénomène de nutrition. J’avais prouvé que la levure, vivant à l’état cellulaire d’une vie indépendante, participait à toutes les propriétés des cellules animales et que, comme .elles, elle pouvait se détruire physiologiquement elle-même en se réduisant en ses microzymas, capables d’évoluer à leur manière pour devenir vibrions et bactéries.
J’avais démontré que le ferment qui fait le vin, ne vient pas des germes de l’air, mais existe comme cellule achevée sur le grain de raisin. La théorie était complète même au point de vue médical, et le 3 mai 1870, je lisais à l’Académie, dont j’avais déjà l’honneur d’être Membre correspondant, un Mémoire touchant non seulement à la pathologie générale, mais à la médecine pratique elle-même (1). Plus tard, M. J. Grasset, neveu d’Estor, aujourd’hui professeur distingué de la Faculté dé Montpellier et l’un de nos collègues, publia un Mémoire sur une Nouvelle théorie de l’Inflammation, fondée sur la considération
l.ies Microzymas, la Pathologie et la Thérapeutique. Lu à l’Aoadémiede médeciae,le 3 mai 1870. Voir Montpellier médical,
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des microzymas (1) dont j’ai l’honneur de déposer un exemplaire sur le bureau.
Eh bien, il y vingt ans, un autre savant communiquait à l’Académie des sciences des expériences nouvelles, desquelles il tirait des conclusions semblables à celles du savant dont j’ai parlé. 11 pressentait même que, par les résultats obtenus, une voie nouvelle étaitouverte à la physiologie et à la pathologie (2). Et J. -B. Dumas disait à ce propos, que « le principe mis en évidence par ces expériences lui semblait destiné à exercer désormais une influence capitale dans l’étude des phénomènes de la vie et que ces expériences pourraient bien faire époque dans l’histoire de la physiologie générale (3). »
Quel était donc le principe dont parlait Dumas ? celui-là même qui est à la base de la théorie du microzyma, savoir : tout ne meurt pas dans l’être qui vient de mourir ; tout h’est pas mort dans une partie détachée de l’être vivant quelconque.
Estor et moi avons aussitôt adressé une réclamation en règle à l’Académie des sciences, dans le but de prouver que les propositions de l’auteur n’étaient autre que les nôtres (4) savoir :
1“ Que tous les êtres vivants sont des ferments dans certaines conditions de leur vie.
2“ Que la cellule ne meurt pas en même temps que l’être ou l’organe dont cette cellule fait partie.
3» Que tout être, ou un organe dans cet être, ou dans cet organe un ensemble de cellules, peuvent se comporter comme des ferments.
Et puisque l’ auteur pressentait,par les résultats déjà obtenus, qu’une voie nouvelle était ouverte à la physiologie et à la pathologie, nous répondions :
« Cette proposition, nous l’avons émise et expérimentalement démontrée depuis longtemps, en faisant voir en outre quelles étaient les parties qui, dans la cellule, dans l’organe ou dans l’être, étaient vraiment