J. Béchamp. Ibid., p. 19 et
LES ALBCiviINÜRIES
suite à distinguer les albumines-ferments ou zyinases des albumines proprement dites et notamment les ovalbumines des séralbumines. Elle a perniis, de plus de démontrer que chaque système glandulaire produit sa zymase particulière et que certaines cellules et microzymas dans les glandes, ou isolées comme la levure de bière, sont les producteurs de ces zymases. Enfin, elle a permis d’établir solidement ce tait : nue dans des animaux différents et dans l’homme, les glandes de même structure ne sont pas nécessairement productrices ni des mêmes albumines ni des mêmes zymases.
Mais ces albumines et ces zymases, dans 1 état de santé doivent être considérées comme les produits de la nutrition dans les glandes, les organes, les tissus, les cellules et les microzymas de ces glandes ou organes, comme dans les humeurs. Or, les organes, les glandes, les tissus reçoivent les matériaux de leur nutrition par l’intermédiaire de la circulation de l’humeur maîtresse, le sang, et les transforment. Considérons la glande mammaire dans la gestation Je rappelle la diversité des albuminoïdes et des galactozvmases du lait de vache et de femme ; la synthèse nutritive ne s’exerce donc pas de la meme maniéré dans la glande mammaire de la femme et de la vache. Considérons aussi la formation du blanc d œuf dans l’oviducte : ce blanc ne contient ni les memes albumines ni la même leucozymase dans les œufs des diverses espèces d’oiseaux : ces albumines et zymases viennent indirectement du sang qui ne les contient pas • la synthèse nutritive s’exerce donc là aussi d une façon particulière. La synthèse nutritive nest donc pas identiquement la même dans les sangs d animaux différents et elle n’est pas la même non plus dans les diverses régions de l’appareil circulatoire du meme animal ; etc., etc.
Dans l’état physiologique normal se produisent donc des synthèses d’albuminoïdes les plus variées dans les divers centres d’organisation ; il peut aussi s’v produire des transformations d’albumines qui les rendent aptes à être assimilées. Voici à cet égard des expéri ences qui prouvent que l’organisme peut utiliser
33 6 tES ALBDMINÜRIES
certaines substances albuminoïdes non digérées qui lui sont étrangères et qu’on y introduit violemment.
J’ai dit comment le blanc d’œuf de poule était le produit d’une fonction spéciale et que son albumine, loin d’être incomplexe, était un mélange de deux albumines chimiquement distinctes et d’une leucozymase ces albumines sont aussi spécifiquement distinctes des albumines du sang : eh bien, elles sont aussi physiologiquement différentes. Cela résulte des expériences suivantes ; , ,, v j
MM J Béchamp et E. Baltus se sont d abord assure crue l’iniection intra-veineuse de sérum de sang de bœuf au chien, en quantité relativement grande, ne provoque pas d’albuminurie chez cet animal: les albumines du sérum sont retenues.
Au contraire, l’injection du blanc d œuf de poule dans les mêmes conditions, provoque toujours une albuminurie; mais, chose remarquable, 1 albumine de l’urine ne représente pas la totalité de ce qui a été injecté, et la partie éliminée possède les caractères du blanc d’œuf, sensiblement avec son pouvoir rotatoire
^ Mms, dans le sérum et dans le blanc d’oeuf les albumines existent à l’état d’àlbummates alcalins. Qu arriverait-il si l’on injectait, dans les mêmes conditions, ces albumines isolées et pures et non combinées aux
jSappelle d’abord que dans le blanc d’oeuf la primovalbumine est l’albumine qui est précipitable par l’extrait de Saturne et que la secondovalbumine est celle qui en est précipitable ensuite par 1 extrait de Saturne ammoniacal.
Je rappelle ensuite que dans le sérum de sang de bœuf il existe une albumine, la plus abondante, celle aue j’ai appelée séralbumine, qui est, comine la secondovalbumine, précipitable par l’extrait de Saturne ammoniacal et non par l’extrait de Saturne. De façon due si l’on spécifiait une albumine par son précipitant, on ferait de la séralbumine et de la secondovalbumine une même espèce ; or, elles different entre elles par leurs pouvoip rotatoires comme en différé aussi la primovalbumine ; par exemple :
LES ALBUMINURIES
Primovalbumine . [“1 j
Secondovalbumine .
Séralbumine de bœuf ....
Montrons que, différentes par leurs /«ta-
toires et par d’autres propriétés chimiques, elles sont tout aussi différentes physiologiquement.
Primovalbumine en injection intra-veineuse. Hle n’est éliminée qu’entrés petite quantité par les urines qui deviennent à peine albumineuses : la majeure hartie est retenue par l’organisme.
Secondovalbumine en injection mtra-vemeuse. — Elle provoque au contraire une albuniinurie très francL : la moitié à peine de 1 albumine injectee reste dans l’organisme. .
Séralbumine en injection intm-veineuse.
aucun cas elle n’a provoqué l’albuminurie, elle est
tout entière retenue par l’organisme.
Pour les détails, voir les -Mémoires des au-
*^Ce^s memes savants ont pu injecter jusqu’à 8 c. c-, 6 de lait de vache et Ogr.5 de caserne à 1 état de caseinate de souL par kilogramme de chien sans provoquer d’aSuminSrie. La caséine, la lactalbumine et a golactozymase peuvent donc etre assimilées par le
‘"^jïiSe que dans les cas où l’albuininurie avait été provoquée, la matière albuminoïde retrouvée dans^ l’urine n’était pas identiquement la meme que celle qui avait été injectée : elle avait donc subi une
transformation. Et ces transformations étaient necessaires pour uu’il Y eut assimilation de la partie con servée dans l’organisme. Mais quels sont les agents de fes tensformations? Ce sont les mêmes qui president
^ 1 et E Baltus. Etude des modifications appor-
LES ALBUMINÜRIES
aux synthèses nutritives; ce sont surtout les microzymas
du sang e tceux des région s au niveau des quelles la circulation conduit les substances injectées. Et ce n’est pas là une gratuite hypothèse. Pour bien faire comprendre ma pensée, je rappelle que la fibrine du caillot sanguin, ou celle qu’on obtient par le battage, renferme'tous les microzymas du sang et que la fibrine ne se dissout dans l’acide chlorhydrique étendu, que très lentement, vers 40 degrés, grâce à l’activité transformatrice de lazymase sécrétée par les microzymas, de la même manière que dansl’expérience que, je présente à l’Académie, les microzymas du lait ont dissous la majeure partie du caillé qui s’était formé dans le lait de vache malgré la présence de 1 éther ou du chloroforme. Et pour montrer comment la zymase d’une cellule ou d’un microzyma peut en issir, j’ai l’honneur de réaliser devant^ l’Académie une très ancienne expérience, celle-là même qui m’a permis de démontrer que la zythozymase était préformée dans la cellule de levure.
Voici de la levure physiologiquement sèche, ne contenant plus que 75 p.lOO d’eau environ. Pour obliger la cellule de levure de livrer la zymase que ses microzymas y ont sécrétée, j’ajoute à cette masse de levure un volume à peu près égal au sien de sucre de canne pulvérisé. On le voit, ces deux masses solides, sèches et pulvérulentes se liquéfient peu à peu et le mélange finit par devenir coulant. Que s’est-il passé? La cellule de levure est vivante ; irritée par le contact du sucre, elle a laissé sortir par osmose la majeure partie de son eau constitutionnelle, laquelle a entraîné une partie de la zymase, et le sucre de canne s’est dissous et s’est interverti. J’aurais pu remplacer le sucre par l’acétate de soude ou par certains autres sels ; l’acétate de soude se serait dissous et la solution aurait contenu la zythozymase. Et qu’on le remarque bien, la levure contient avec la zymase une albumine spéciale : eh bien, il ne sort presque point de cette albumine avec la zymase. C’est ainsi, en employant le bicarbonate de soude, que j’ai obligé les microzymas vitellins de livrer leur lécimicroonine et leur lécimicrozymase. C’est ainsi
ALBUMIKDRIES
que la cellule insoluble de la levure de bière mise dans l’eau sucrée sécrète la zythozymase qui intervertit le sucre; c’est ainsi que les microzymas du lait sécrètent la zymase qui dissout et transforme la caséine du caillé; que les microzymas de la fibrine, au contact de l’acide chlorhydrique , sécrètent la zymase qui dissout et transforme la substance albuminoïde, qui est comme la gangue qui englobe les microzymas C’est encore ainsi que les microzymas gastriques, sécrètent leur gastérase... Et l’on a dans ces expériences le tableau de ce qui se passe dans l’organisme qui opère les transformations dont je parlais. Voilà comment la théorie du microzyma explique ces phénomènes tenus penda,nt si longtemps pour mystérieux et l’on voit aussi que cette théorie n’avait besoin d’invoquer rien d’étranger à la plus saine physiologie. Pour s’expliquer la fonction qui fait du rein une glande salivaire, il n’y à qu’à se rappeler l’expérience de la levure sécrétant sa zymase.
Mais il y a des substances albuminoïdes que l’organisme tolère difficilement :1a gélatine, la diastase et la pancréazymase , par exemple.
MM. J; Béchamp et E. Battus ont constaté que les injections intra-veineuses de gélatine, aux doses qui pour les albumines étudiées n’amènent que des troubles qui disparaissent rapidement^ déterminent des troubles généraux graves et nécessairement la mort, lorsque la dose de gélatine atteint 1 gr. 5 par kilogramme de chien; et en outre que, dans aucun cas, la gélatine n’est éliminée par les urines.
La diastase de l’orge germée à la dose de 0 gr. 35, la pancréazymase à la dose de 0 gr. 15 par kilogramme de chien, occasionnent toujours la mort. Ces zymases ne son jamais éliminées en totalité par les urines, où la partie éliminée se retrouve avec toutes ses propriétés (1).
Concluons donc que, dans l’état^fe santé, l’organisme peut modifier, transformer, et assimiler ensuite,
1. Injections intra-veineuses de ferments solubles. Comptes rendus, t. XC, p. 313 et p. 539.
les albüminuries
même les substances albuminoïdes qui lui s étrangères et qu’on y a violemment introduites, s efforçant d^éliminOT ce qu’il n’a pu transformer et assimiler, succombant à leur influence nocive s il n y parvient
^Tes choses étant ainsi, il faut appeler nW—s -physiologiques normales celles «0°^ produites dans les orsanilmes vivants sains par la synthèse nutrrt ve durant toutes les phases de leur existence : 1 œuj ÎStob, le fœtus, l’enfant, l’adulte, le vimllard grâce lu fonctionnement harmonique des éléments anatomiques et dans ceux-ci des
l’ptat nhvsioloeique il y a à considérer 1 état puer nlral dais leluel, au loins dans la g ande mamlaire, la synthèse nutritive produit des albuminoïdes que l’orgamsme ne produisait point auparavant ^ Mais il existe un état physiologique pathologique de l’organisme. L’existence de cet état est si o^'^^de ale M Verneuil signalait naguère, avec sa grande autorité les contre-indications de certaines opéiations chirurgicales chez les' alcooliques atteints de quelque 3 du foie, comme il l’avait fait autre-
^“'LlTrÿtet'^norÏÏrciiaque centre d’organisation rontient des matériaux albuminoïdes et autres qui lui sont propres et qui sont les produits du fonctionnement régulier de ses éléments anatomiques. pa,n= l’état molbide chacun de ces centres peut produire des matériaux de nouvelle formation qui up sont pas les mêmes que dans l’état normal, et les produffs lubies de leur désassimilation, pour etre définitne ment éliminés, passent également par le sang.
Dans le diabète le glucose des urines «st opdemment pathologique : ce n’est pas le rein qui le pro duit. Mais comme le glucose, les ^\dumines des alba-
minuries ne sont pas non plus P^f^® mmflfiées en tout au plus en y passant en sont-elles modiflees , en réalité elles ont pour origine la synthèse dé¬
viée de quelque région de 1 organisme malade Dans la nlpurésie la pericardite, 1 ascite,- 1 hyuroceie e daim d’autres régions peuvent se produire, au niveau dis organes affectés,des sérosités dont les albumine^,
les ALBUMINÜRIBS
qui ne sont pas celles du sang, sont recueillies par le
sang pour être portées aux reins. .
Ce sont ces albumines qu’il faut appeler albumines pathologiques, puisqu’elles sont les produits de 1 état physiologique morbide, c’est-à-dire d’une synthèse nutritive anormale. Or, il est démontré que les albumines des sérosités morbides et des albuminuries ne possèdent pas les propriétés et n’ont pas la composition élémentaire de l’albumine du sérum pendantl état de santé. i ^
Voyons les conséquences de ce fait par rapport aux affections des reins.
Dans certains états pathologiques variés, que j ai mis en lumière, de même que dans la naaladie de Brieht, la néfrozymase non seulement diminue, mais peut disparaître complètement, ce qui témoigne, avant tout, de quelque changement fonctionnel de l’organe. Mais à cela quoi d’étonnant, puisque le rem au lieu de recevoir des albumines physiologiques, le sang lui en apporte de pathologiques qui ne peuvent pas normalement le nourrir, parce qu’il ne peut pas les transformer en produits qu’il est accoutumé d assimiler L’absence de la néfrozymase dans l’urine indigne donc avec certitude le vice de nutrition de la glande. Mais, de plus, la diminution anormale prolongée et ensuite l’absence totale de la néfrozyinase sont les indices certains d’une altération anatomique prochaine du rein ou de l’altération déjà accomplie.
De façon que le fonctionnement irrégulier des rems et leur altération ne sont pas nécessairement primitifs, mais le plus souvent consécutifs au vice de leur nutrition: leurs éléments anatomiques et microzymas ne recevant plus les matériaux nécessaires à transformer pour les assimiler et se conserver, subissent à la fois guelque altération dans leur structure et dans leur fonction. Je voudrais rendre cela sensible par un exemple :
Soit la levure de bière. Lorsq^on la fait vivre dans son milieu nutritif complet, elle prospère extraordinairement. Si on ne la noumt que de sucre, elle végète péniblement et cesse bientôt de se multiplier , mais elle ne meurt pas, ne se détruit pas, elle s’épuise en conservant sa forme. Mais si on 1 mtro-
les albdmindiues
duit dans quelque milieu qui ne puisse la nourrir parce qu’elle ne peut pas le transformer, elle périt misérablement. Mettons-lapar exemple, dans 1 empois de fécule : elle le fluidifiera par sa zymase qu e le sécrétera, mais sans pouvoir le sacchanfier, bref elle le différera imparfaitement. Aussi, qu arriye-t-ii : elle se tuméfie, et, peu à peu, elle se détruit si complètement qu’il n’en reste d’autre trace que ses propres microzymas qui l’ont dévorée et qui, devenus libres, évoluent pour devenir bactéries.
Quelque chose de semblable arrive à certains éléments anatomiques du rein qui ne peuvent pas se nour-^ rir d’albumines pathologiques; de là aussi la présence des bactéries dans certaines urines pathologiques, quand elles ne viennent pas des microzymas de la
J’ai fini et je résume ma communication dans les conclusions suivantes :
1. L’urine humaine, dans l’état de santé, contient toujours un ferment soluble, la néfrozymase qui, moins active que la sialozymase, liquéfie et saccharifie l’empois de fécule.
2 II y a une albuminurie physiologique necessaire
qu’on pourrait appeler né/rozymam.
3. La quantité de néfrozymase varie avec 1 âge, le sexè, le tempérament, le moment de 1 émission, le
repos, le travail et l’alimentation.