‹ Microzymas et microbesChapitre 83 sur 86 · IX. Le sang de mouton en totalité et le sang de · texte numérisé non relu

IX. Le sang de mouton en totalité et le sang de

vache en totalité exercent une action fort inégale sur l’empois, le premier ne formant point de glucose. A cause de ce fait, il m’a paru intéressant d’étudier du même point de vue le produit de sécrétion d’une autre elande que le rein, des mêmes animaux : le foie.

Bile de vache : 10 centimètres cubes et 40 grammes d’empois : après une heure pas de fluidification ; après douze heures légère liquéfaction, pas de glu-

Bile de mouton. — Dans les mêmes conditions, liquéfaction complète, réduction abondante et énergique du réactif cupro-potassique.

Environ 200 centimètres cubes de bile de vache et 500 centimètres cubes de bile de mouton sont traités par l’alcool en quantité suffisante. Les coagulums ou précipités.bien essorés, sont repris parle moins d eau possible pour obtenir une solution assez concentrée. Le liquide filtré a été ajouté à l’empois dans les mêmes conditions de température : voici les resul-

la bile de vache. — Après deux heures, à peine

liquéfaction, pas de glucose.

Pour la bile de mouton. — fluidification assez rapide et, après deux heures, réduction énergique du réactif cupro potassique. , -n .

Ainsi, le mouton, dont le sang n a pas saccharitie l’empois, a produit une bile qui le peut sacchanfier ; et la vache dont le sang était capable de sacchanfier l’empois a produit une bile qui ne le sacchanfie pas.

11 est donc bien vrai qu’il n’est pas permis de conclure de l’animal à l’homme, puisqu’il n’est pas meihe permis de conclure d’un animal à un autre animal et d’un herbivore à un autre herbivore, dans tous les cas Pour le chien on ne peut pas même conclure du sang d’une région à celui d’une autre et à celui delà saignée générale. Enfin l’expérience sur la bile montre que la zymase du sang de la vache ne passe pas dans la bile. On peut donc comprendre que la zymase que le sang d’un chien peut amener aux reins ne passe pas dans l’urine et que la néfrozymase de celle cine vient pas directement du sang.

Liiü AL:i!;:,iiMUiuiiS

En fait, d’après les expériences rapportées sur le sang de l’artère et de la veine rénale du chien, il est démontré que ces sangs peuvent ne pas contenir de zymase capable de saccharifier l'empois, tandis que l’urine contient toujours la néfrozymase. Cela posé, il fallait prouver que la néfrozymase accumulée dans l’urine de la vessie provient directement des reins et qu’elle n'a pas pour origine le séjour prolongé dans la cavité cystique, et le passage au niveau de la prostate et des glandes bulbo-uréthrales. Cette preuve a été donnée par MM. J. Béchamp et E. Battus, en faisant voir que la néfrozymas existe dans l’urine dès l’issue de la glande par les uretères. Ils ont même constaté que, non seulement son activité était la même que dans l’urine de la miction, mais qu’elle y existe généralement en plus grande quantité (1).

Enfin, plus tard, M. le D'' E. Battus a constaté que les glandes uréthrales étant intactes, mais le rein dans un état congestif sans altération notable de l’épithélium glandulaire, la néfrozymase augmente de quantité dans l’urine. Le mémoire de M. Baltus est à consulter (2).

Je n’avais pas eu l’occasion d’étudier le sang humain au point de vue de sonhémazymase dans l’état de santé ; cependant, comme il s’agit surtout de la néfrozymasurie physiologique normale de l’homme, c’est dans son sang que l’absence de néfrozymase devait être constatée. Or, la non existence de la néfrozymase dans le sang humain a été fort heureusement établie par M. Cam. Chgbrié (3). La substance albumineuse qu’il en .a isolée est précipitable par l’alcool et le précipité obtenu reste soluble dans l’eau, comme le sont les précipités par l’alcool de toutes les zymases. Or, la nouvelle substance, que l’auteur a appelée alSumone, n’exerce aucune action sur l’empois

1. J. Béchamp et E. Baltus. Note sur l’origine re'nale de la néfrozymase. Comptes rendus, t. XCII, p. 1009 (1881).

2. E. Baltus. De la valeur séméiologique de la néfrozymase dans les affections rénales. Journal des sciences médicales de Lille,

3. Cam. Chabrié. Contribution à l'étude expérimentale de la fonction du rein, p. 91. In Thèses de la Faculté de médecine de Paris (1892).

32g LES ALBUMINDRTES

Hnnçlp temps crue, comparativement, la néfrozymase ï avait o^é la liquéfaction limpide et la sacchan-

^'“Si’avais eu, dans l’étude de l’urine briglitique, uSe de lanôn existence de la néfrozymase dans

Kilt nSS”, ne produit plus de nétrozymase.

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gestation. pancréas chez le bœuf et le

identiques corn P être d’un autre ordre et différer Snsr’qr je’^ l’ai démontré pour la salive humaine

ALBUMINCHIES

comparée à la salive d’animaux, pour la salive parotidienne d’homme comparée à la même salive du chien, du bœuf et du cheval ; pour les galactozymases de vache, de chèvre, d’ânesse et de femme.

Et ce n’est pas tout : si la galactozymase de femme est si différente des galactozymases d’animaux, n’estce pas que le lait de femme contiei^t d’autres albumines que les laits de vache, de chevre, qui sont à caséine, tandis que le lait de femme n’en contient pas? , „ .

11 n’y a pas jusqu’au foie, dans la fonction qui produit la bile, qui ne varie, dans cette fonction propre^ d’un animal à l’autre, puisque la bile de vache ne contient pas la zymase que renferme la bile de mouton.

La néfrozymasurie est donc à la fois rationnelle et nécessaire. Et si la néfrozymase n’existe pas, ou du moins si elle n’y existe pas en abondance avec la même activité, dans l’urine d’herbivores, ce que je viens de dire l’explique.

Mais quelle est l’origine des albumines des albuminuries? Et quelle différence essentielle peut-on découvrir entre les albumines physiologiques et les pathologiques? Mon travail serait trop incomplet si je ne le recherchais pas.

DE l'origine et DE LA NATURE DBS ALBUMINES DES ALBUMINURIES

La néfrozymase est d’origine rénale; en est-il de meme des albumines des albuminuries? C’est ce qui me reste à rechercher.

Au début de ma communication j’ai montré comment chimistes et cliniciens admettent que l’albumine des albuminuries et celle des transsudats n’était autre

ALBUMINURIES

que l’albumine du sérum; on soutenait même que l’albumine des albuminuries avait le même pouvoir rotatoire moléculaire que cette albumine, savoir :

pour la raie D du spectre, soit ;

pour la teinte sensible. Dans ce qui suit les pouvoirs rotatoires seront rapportés à cet indice.

Mais les auteurs avaient-ils suffisamment défini cette albumine? J’ose dire que non, du moins en considérant les méthodes d’analyse de ces auteurs. Et puis, de l’albumine du sérum du sang de quel animal s’agissait-il?

Pour moi, en étudiant le sang de bœuf de la saignée totale, telle qu’elle se' pratique à l’abattoir, en appliquant la méthode qui m’avait permis d’isoler les albumines du blanc d’œuf, j’y ai découvert au moins trois albumines dont l’une est Vhémazymase. L’albumine la plus abondante du sérum de ce sang, celle que l’extrait de Saturne ne précipite pas, mais qui est précipitée par l’extrait de Saturne ammoniacal a pour pouvoir rotatoire un nombre qui est compris entre — 61 degrés et — 63 degrés. Mais de certains sérums du même sang, j’ai isolé une autre albumine dont le pouvoir rotatoire était — 71 degrés. Quant àl’hémazymase, son pouvoir rotatoire était d’environ — 56 degrés. Or, toutes ces albumines sont coagulables par la chaleur et seraient réputées, de ce chef, albumine du sérum. 11 y a une séralbuminé qu’on appelle sérine, mais on ne l’a pas suffisamment définie. En réalité il y a plusieurs séralbumines.

Le sang humain contient-il les mêmes albumines? Et le sang d’autres animaux? Pour me rénseigner sur les albumines de ceux-ci J’ai déterminé le pouvoir rotatoire du sérum des animaux suivants :

Sérum de sang de bœuf [“] ; = — 52", 8 — de mouton : = — 64“

LES ALBtlMlNURIEE

Sérum, de sang de cheval : = — 83“

— de porc ; = — 56“ (1)

Ces nombres sont assez différents pour permettre d’affirmer que ces divers sangs ne contiennent pas les mêmes albumines ou ne les contiennent pas dans les mêmes proportions. En est-il ainsi du sérum du sang humain ?

11 résulte du travail de M. Gam. Chabrié que la plus grande partie des albumines du sérum d’homme, sur lequel il a expérimenté, est coagulable par la chaleur vers 80 degrés et que la moindre partie ne l’est pas à cette température.

Gela posé, j’ai rapporté que, dans l’urine d’une albuminurie liée à une éruption cutanée (p. 317 cidessus), M. J. Béchamp a trouvé une albumine dont le pouvoir rotatoire était — 30°, 9 et une zymase de pouvoir rotatoire — 62“,9; or ces deux substances étaient incoagulables par la chaleur, et dans l’urine et à l’état isolé. D’autre part {ut supra, p. 314), dans la maladie de Brigbt, le même savant a isolé, dans un cas, une albumine non coagulable par l’alcool, mais coagulable par la. chaleur déjà à 60 degrés, dont le pouvoir rotatoire était de — 55 degrés; et dans un autre cas, une albumine incoagulable par l’alcool et par la chaleur, à l’ébullition, dont le pouvoir rotatoire était de — 64“,7. Enfin, dans le cas de maladie de Bright chez un alcoolique, toute l’albumine de l’urine précipitée par l’alcool était restée soluble dans l’eau; le pouvoir rotatoire de cette albumine était de — ^78“,4, et, chose digne d’attention, sa solution aqueuse était coagulable par la chaleur déjà à 52 degrés.

Voici^ maintenant trois cas fort intéressants, empruntés au travail de M. le D“ J. lîéchamp, que j’ai réservés pour ce paragraphe.

I. Intoxication saturnine, néphrite interstitielle probable. — L’urine a fourni par l’alcool un précipité qui se résolvit par l’eau en une partie soluble plus

1. A. Béchamp. Mémoire sur les matières albuminoïdes, loc. cit., p. 245 et 499. ^

LES ALBUMINURIES

abondante et une partie insoluble en très fietite quantité. Le pouvoir rotatoire de la partie soluble était de — 52°, O. Ce n’était pas la néfrozymase, car elle ne fluidifiait l’empois que lentement sans le saccharifier et, de plus, la solution se coagulait aisément far la chaleur.

II. Albuminurie a frigore; néphrite parenchymateuse probable. — L’urine précipitée -par l’alcool. Le précipité, repris par l’eau, se résolvit en une partie soluble et une partie insoluble. La partie dissoute contenait une albumine dont le pouvoir rotatoire était de

34°, 3 ; ce n’était pas de la néfrozymase, car elle

était absolument sans action sur l’empois et elle était coagulable par la chaleur. La partie insoluble était une albumine que l’alcool avait coagulée ; ce n’était pas la séralbumine, car elle se dissolvait dans l’acide acétique.

III. Impaludisme; néphrite parenchymateuse probable. — Le précipité par l’alcool que l’urine fournit se résout par l’eau en une partie soluble et une autre insoluble.

La partie soluble, abondante, convenablement purifiée par des reprécipitations à l’alcool, est tellement pure qu’elle est exempte de matières minérales ; son pouvoir rotatoire était de — S5“, 7. La solution ne coagule pas à Vébullition ; ce n’était pourtant pas la néfrozymase, car son action sur l’empois se bornait à une fluidification, sans saccharification. Cette substance albumineuse à fonction zymasique peu intense était même tellement soluble que la solution aqueuse additionnée de quatre fois son volume d’alcool à 90 degrés n’en était pas précipitée ; une addition d’un peu d’acédate de soude en dissolution, en détermine aussitôt la précipitation Complète avec conservation de sa solubilité.

La partie insoluble se dissout dans l’acide acétique en une solution fluide et transparente qui se prend rapidement en gelée (1).

Réunissons en tableau les pouvoirs rotatoires des

1. J. Béchamp. Nouvelles recherches sur les albumines normales et pathologiques, p. 199-200.

les ALBBMIJNïïMES 33 3

albumines solubles, non coagulables par rjlcool des

albuminuries énumérées en regard de leur coagula bilité ou incoagulabilité par la chaleur .

Maladie de Bright. . . . . • • • ■ • ■ ■ • M i Non zymasique. Coagulable par la chaleur.

Maladie de Bright autre. ... ■ , ■ •

Non zymasique. Incoagulable a 1 ebul

Maladie°de Bright. chez 0“ alcoolique.

Non zymasique. Coagulable par la

chaleur déjà à 82 degrés.

Albuminurie liée à une éruption cutanée. Deux albumines, lune. .... •

Non zymasique. Incoagulable meme a l’ébullition. ,

Albuminurie liée à une éruption cutanée. Deux albumines, l’autre . - • • •

Zymase énergique. Incoagulable a à l’ébullition.

Albuminurie, intoxication saturnine Zymase non saccharifiante. Incoagulable par la chaleur.

Albuminurie a frigorf. ■ ■ • • • • • • ■

Non zymasique. Coagulable par la

chaleur. = — 68“ 7

Albuminurie : Impaludisme . • . • .

Non zymasique. Incoagulable al ébullition.

Certainement aucune de ces albumines n’existe dans le'sang humain, je veux dire dans le sang physioloduue de rétat de santé. Et par les chiffres de ce ta- . bleau on peut voir la confiance que mente 1 assertion d’anrès laWle l’albumine de l’albuminurie serait la même que l’albumine du sérum, avec le meme pouToir^otatoire. L’une des albumines de ce tableau a sensiblement le même pouYoïr rotatoire, 63 degrés aue i’ai trouvé pour la séralbumine de bœul, Sais combien elle est diprente : celle-ci est coagulable par l’alcool et par la chaleur et celle-la est in coSgukble par l’un et l’autre agents. Et on trouvera dans l’ouvrage de M. J. Béchamp la relation d un cas d’albuminurie très particulière, liee, à une pelvi-pe-

3 3 4 LKS ALBUMINURIES

ritonite avec abcès des ligaments larges et œdème des membres inférieurs (1), longuement étudiée, qui convaincra les plus incrédules que jamais l’albumine des albuminuries n’est l’albumine du sérum.

Le préjugé que je combats a sa source dans la méthode que plusieurs auteurs ont appliquée et appliquent encore à l’étude des albumines des humeurs, savoir : la dialyse, la précipitation par le sulfate de magnésie ou tel autre sel, la coagulation par la chaleur. La dialyse n’a conduit à rien pour l’analyse des albumines naturelles. La précipitation par le sulfate de magnésie que Denis employa pour l’analyse du sang et que l’on continue d’employer pour caractériser certaines albumines, n’a aucune valeur analytique, et M. J. Béchamp a prouvé que plusieurs albumines spécifiquement distinctes, soit naturelles, soit pathologiques, en sont également précipitées et, par là même, confondues. La coagulation par la chaleur est tout aussi contingente, la même albumine se coagulant à des températures différentes, suivant les conditions de l’expérience (2). La coagulation par la chaleur n’est vraiment utile que dans les cas que j’ai cités où l’une des albumines isolées est incoagulable dans n’importe quel état de concentration.

La méthode d’analyse qui m’a permis de résoudre le problème de la pluralité spécifique des albumines contre le système de l’unité substantielle des albuminoïdes, peut-être perfectionnée, mais telle qu’elle est, elle suffit pour faire répudier enfin les procédés anciens et empiriques, qui ont fait naître les erreurs et les préjugés que je m’efforce de déraciner. Bref, la science est assezavancée sur ce point pour que l’étude des albumines des transsudats et des albuminuries devi enne désormais plus scientifique et plus féconde. Elle a d’abord conduit à démontrer que les albumines des albuminuries, comme celles des épanchements pleurétiques, ascitiques et de rhydrocèle,ne sauraient être confondues avec celles du sérum ; elle a conduit en-

1. J. Béchamp. Nouvelles recherches sur les albuminesfn males et pathologiques, p. 216.

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