PERSONNAGES
MARCELLY, avoué (35 ans) MM. Numa.
FERNAND, cousin de Marcelly et son premier clerc (25 ans) La^rol fils.
GRÉGORET, avoué (50 ans) Monval.
GERMAIN , domestique de Marcelly Priston.
CAMILLE, femme de Marcelly (20 ans), . . M" "Luther. ANGÈLE, veuve, amie de Camille (24 ans). Duvbroer.
MIDI A ÛMTORZE HÉllRES '^^^
Un petit salon; deux portes au fond, dans les angles de droite et de gauche. — Au fond, au milieu, une cheminée, et au-dessus une glace sans tain, par laquelle on voit dans le jardin; au premier plan, à gauche, un piano avec de la musique dessus ; à droite, une causeuse, et, devant , une table à ouvrage. Au milieu du salon un guéridon.
SCEIVE PREHIIEIIE.
MARCELLY, GERMAIN.
Âfarcelîy est debout devant une glace qui est à gauche, au-dessus du pianoy et achève sa toilette. — Germain lui présente une cror vate.
MARCBLLT.
Non, pas celle-là... la vieille.
CERMAiN, lui donnant une autre cravatâm Voilà, monsieur.
MARCELLT, d pari.
Elle est affreuse !••• enfin !
cmMAiif, même jeu.
L*habilde monsieur!
MARCELLY.
Pas celui-là... le vieux!... Oh ! que c'est ennuyeux, un nouveau domestique! il faut tout lui dire.
GERMAIN
Monsieur ne mettra donc jamais son bel habit neulî
MARCELLY.
Je le mettrai quand il sera vieux.
GERMAIN
Tiens !
MARCELLY.
D'ailleurs, je l'ai déjà mis.... une fois.... pour aller faire des visites.
GERMAIN
Ahl oui... avec madame...
MARCELLY.
Donne-moi mon chapeau.
GERMAIN
Via le vieux. ,,^ ,
UARCELLT.
fiien.
GERMAIN
C*est drOle, monsieur ne s'habille jamais quand il son sans madame.
MABCBLLY*
Tu m'ennuies. (Très-haut.) D'ailleurs, est-ce qu'on a besoin de toilette quand on sort tout seul {encore plus haut, en se retintrr nant vers la droite) pour ses affaires?
GERMAIR.
Tiens... comme monsieur crie...
MARCELLT.
Tu m'ennuies, va-t'en.
GERMAIN, à pari.
C'est pas la peine d'avoir des habits pour ne les mettre jamais. (Haut,) Je vas atteler le cheval.
UARGBLLT.
Oui le vieux... (Se reprenant.) Va-t'en donc, je te dis que tu
m'ennuies.
GERMAIN
Parce que je vas atteler le cheval? Tiens, c'est drôle. {Il sort parle fond à gauche.)
SCBIVE II.
MÂRCELLY, seul, se regardant dans la glace.
Pauvre Marcelly! as-tu Pair assez avoué, mon bonhomme^ Et toi, Camille, ma femme, diable de petit angel... pourras-tu
me soupçonner de courir le guilledou dans ce costume-là
une femme jalouse! c'est gentil!... mais c'est ennuyeux!... Voyons? où dois-je aller? chez monsieur Janodet pour cette liquidation, ou chez madame Guingand? Madame Guingand, c'est une vieille !.. ma femme m^a interdit les clientes audessous de cinquante ans... j'ai été obligé de m'arranger avec Grégoret, un confrère... il m'envoie les vieilles, et moi je lui envoie les jeunes... je suis avoué en vieux. C'est humiliant!., Enfm !... ou dois-je aller d'abord? Je ne sais plus ce que j'ai fait de mon carnet... Je suis sûr que Camille me l'a dérobé pour voir s'il ne renfermait pas quelque pièce accusatrice... (// cherche dans ses poches et sur la cheminée.) Ça, ça m'est égal... je n'ai rien à craindre... je lui ai même ordonné de décacheter toutes mes lettres! et elle m'a obéi... Eh bien ça ne fait rien... elle me soupçonne tout de même... à la promenade, avec elle, je n'ose pas lever les yeux... je connais le macadam, allez !... ça n'est pas drôle!... au speclacle, je n'ose pas regarder les actrices... Je lis \{i Moniteur... toute la soirée... Ah! cependant si, une fois^ elle m'a prêté sa lorgnette pendant tout un speo
SGÂNB TROISIEME 3
tacle, au Palais-Royal, chez Séraphin, c était bien Joué !... Ah! une femme jalouse... c'est gentil... mais c'est ennuyeux... Je m'en vais chez monsieur Janodet et chez madame Guingaud... (/i renumte,)
SCEIVE III.
MARCELLY, FERNAND.
FERNAKD, entrant précipitamment pat le fond, à droite Ali ! tu n*es pas parti... tant mieux...
MAttCBLLY.
Non, maisje vais partir; tant pis.
Il faut que je te parle.
UAftCFt i V
Monsieur Fernand, s'agit-il des affaires de l'élude P
FERNAND
Non. 11 s'agit d'une affaire de cœur.
MAnCELLT.
Ce n'est pas ma partie... adieu.
FfifiNAKD.
Marcelly !
HABCBLLT.
Voyons?... es-tu mon premier clerc? ou ri'es4u pas mon premier clerc? ^
PERNAND.
Eh bien... et toi? es-tu, oui ou non, mon cousin?
UARCELLT.
Je suis ton cousin... mais aux heures des repas seulement et le soir, quand l'étude est fermée. uit-moiu...
FERNAND
Mais mon cher Marcelly je suis amoureux.
MARCELLY.
Chut!
PERNAND.
Amoureux fou d'Angèle.
MARCELLY.
Yeux-tu te taire.
FERNAND
De madame de Férieux, l'amie de ta femme... celte jeune veuve SI charmante !... si !... •' ""^
MARCELLY, effrayé.
Veux-tu bien ne pas parler de femme ici!
FEKNAND, à mi-VOix.
Imagine-toi, mon ami, que, tout à l'heure, en copiant une minute concernant son procès...
MARCELLY.
Son procès?... quel procès?...
fbriiand; Le procès qu'elle soutient contre un pelit cousin de feu son mari.
HARCELLT.
Comment? c'est nous qui avons celle aflaire-là... Tu ne l'as pas envoyée à Gregoretî
FBBRÀND.
Par exemple !
HARCELLT.
Mais malheureux! est-ce que tu ignores que madame deFérieux n'a pas cinquante ans?
FBRNAND.
Non, pardieu !
MARCELLT.
Alors tu es un serpent que j'ai réchauffé dans mon étude ?
FBRIfAND.
Explique-toi !
HARCBTXT.
Tu ne sais donc pas que Camille, que ma femme est née au Bengale pour la jalousie.
FBRNAND.
Qu'est-ce que cela fait à...
MARCBLLT.
Gela fait qu'elle est jalouse de toutes les femmes en général, et d' Angèle en particulier.
FBRNAND.
Qu'importe puisque c'est moi qui suis amoureux.
HARCELLT.
Je sais bien, mais...
FBRRAND.
Ah! mon ami, je l'aime plus que la vie... et tout à l'heure en parcourant une des pièces du procès, j'ai tremblé pour mon amour, car ce cousin qui plaide contre elle aujourd'hui, lui a fait la cour autrefois, et si pour terminer le débat?...
MARCELLT.
Elle répousait? Eh bien ! tant mieux, Camille n'aurait peutêtre plus de soupçons.
FERNAND
Mais si j'épouse Angèle, le but est atteint, je crois ?
HARCELLT.
£pouse-Ia si tu veux, mais à l'heure des repas, quand l'étude sera fermée.
FBRNAND.
C'est que je voulais te prier de lui dire que Je l'aime.