SCÈNE ONZIÈME
Monsieur... on me gronde parce que jo range... C'est drôle... {Il sort.)
PERNARD.
Ma cousine, avez-vous parlé à madame de Férieux
CAMILLE
Àllez-Yous recommencer, Monsieur?
FBRRAIID.
Plalt-ilT
Ne rougissez-vous pas de jouer un pareil rôle?..:
FBHNANI^.
Comment?
CAMILLE
De prêter les mains aux intrigues de...
FBRNARD.
Quelles intrigues? Je ne vous comprends pas... J3 ne sais qu'une chose, moi, c*est que j'aime madame de Férieux.
CAMILLE
Laissez-donc.
PBRIfAND.
JeFadore, vous dis-je... je vous le jure, j'en perds la tête.
CAMILLE
Alors je vous plains car Angèle ne vous aime pas.
fBRNAin».
Bile vous Fa dit?
CAMILLE, amèrement»
Ohînon... au contraire.
FRRRAND.
Mais alors je suis le plus heureux des hommes.
CAMILLE
pour cacher l'amour qu'elle a pour
FCRNAND.
Mais ma cousine vous vous trompez peut-être ?
CAMILLE, irès-agitée.
Ah ! je me trompe ? et pourtant elle dit qu'elle ne vous épousera jamais... Pourquoi?
FERNAND
Je l'ignore... mais cela prouve-t-il?
CAMILLE, pleurant.
Cela prouve qu'elle aime Marcelly, votre cousin, mon mari.
FERNAND
Par exemple... vous croyez?...
GAHILLB.
J'en suis sûre... j'ai des preuves irrécusables...
FBAIfAIlD.
Quelles preuves?
ۉUILLB.
J'en ai, vous dis-j^... le cœur d*une femme ne se trompe jamais.
FERNAND
Marcelly !... lui que... lui qui... Eli ! mais... j'y songe I... Je me souviens! son refus de me servir, de parler pour moi... son impatience quand je l'entretenais de mon amour... son embarras devant vous... Ah ! c'est affreux!... borrible !.. épouvantable ?
GAIIILLB.
Du courage, Fernand, j'en ai bien... moi!
FBRNAND.
Pauvre cousine I... que je vous plains!... (Lembrassant.) Tantde jeunesse, de grâces... {L'embrassant,) sacrifiées à ce monstre!... (^embrassant,) Mais je me vengerai, je vous vengerai! [V embrassant,) nous nous vengerons... et quand je pense que je leur ai fourni moi-même l'occasion de se voir, de se parler... Mais je vais à Tinstant prévenir M. Grégoret... je réunis toutes les pièces de cette affaire, je les lui mets entre les mains, et...
CAMILLE, bas.
Chut I voilà mon mari. (Marcelly parait.)
SCEMB lui.
MAUCELLY, CAMILLE, FERNAND.
MARCELLY.
(Test moi!...
FERNAND
J'ai envie de l'étrangler...
MARCELLY.
Bonjour, chère amie...
GAMILLB.
Bonjour, Monsieur.
MARCELLY, riant.
Je vous dérange... (^4 Fernand.) Est-ce que tu faisais lacoUf à ma femme?
FERNAND
Je ne suis pas un libertin, un débauché, un Héliogabale<
MARCELLY.
Qu'est-ce que tu me chantes?
8CÊNB DOUZIÈME 23
FBRNARD.
Rien... rien... (A part.) Oh ! il me le paiera, (llsorl.)
HAivcKLLY, à part- Elle m'appelle monsieur... il m'appelle Héliogabale î ... Qu'est-ce qu'ily a encore?... (Haut.) 11 n'est venu personne?.. CAMILLE, sèchemerU.
Je ne sais pas.
HAECBLLV, à part.
11 est venu quelqu'un... (Haut.) Mai chérie, j'ai fait monter ton châle dans ta chambre.
CAMILLB.
Ah I (Elle reprend son sérieux,)
MARGELLT.
Et puis, je t'ai apporté des fleurs...
CAmixi.
Des fleurs P
MAttCKLLT.
Oui, des violettes...
CAHILLI.
Des violettes de Parme t
MABCBLLT.
Tout ce qu'il y a de plus Parme. (Il le lui présente.)
CAMiLLB, te regardant dam tes yeux.
Angéle sort d'ici...
MARGELLT^ iroubU sans savoir pourquoi.
Ah!... comment se porte-t-ellet {A part.) Je savais bien qu^il était venu quelqu'un...
CAUILLB.
Elle avait un bouquet tout pareil à celui-ci.
MARCBLLY.
Ah I elle avait.* Bb bien?...
CAMILLB.
Vous avez donné sans doute un bouquet à maddfije de Fé» rieux, et vous m'en donnez un autre pour calmer votre conscience...
BIARGBLLT, à part.
Oh ! décidément, je n'ai pas de chance...
CAMILLE
Tu ris?... J'ai deviné, n'est-ce pas?
MARGELLT.
Mais pas du tout... jo n'ai pas donné de fleurs à Âng... à madame de Férieux... Pourquoi lui donnerais-je des fleurs... Elle ne m'en donne pas...
GAMILLB.
Comment se fait-il donc qu'elle ait justement un bouquet tout pareil au mien?
MARGELLT.
Comment cela se fait? Est-ce aue }c sais> moi? J'ai acheté des
violettes» elle a acheté des violeUes... nous avons acheté tous deux des... Est-ce que je peux Tempècher d'acheter des violettes t
CkWUM.
Ah 1 vous m*impatientez.
MARCBLLT.
C'est toujours à recommencer... Ta as encore de vilaines idées ; comme ce malin, au sujet des Italiens.
CAUILLB.
Âhloui...
MARCELLT.
Eh hien, gros hèta, tu vas voir que rien ne me coûte pour te mssurer... Ainsi, j'avais envie d'aller aux Italiens, j'en mou* rais d'envie...
CAMIILB.
Et...
■ARCBLLT.
Et cependant j'y ai renoncé.
CAMILLE
Âhl
MARCBLLT.
Je n'ai pas loué de loge.
CAMILLE, éclatant, Âhl c'est tout simple 1 je ne dois pas aller au théâtre puisque madame de Férieux n'y va pas.
MARCELLT.
Comment, elle n*y va pas î
CABULLB.
Madame do Férieux sera chez elle ce soir, et vous, Monsieur, vous sortirez sans doute pour quelque importante affaire, quelque référé...
MARGELLT.
Mnîs pas du tout... pas du tout... Je ne sors pas... je reste avec loi.
CAMiLLB, éUmnee.
Ah!..;
MARCBLLT.
Toute la soirée..;
CAMiLLB, honteuse.
Vraimentt
MARCBLLT.
Nous allons dîner ensemble en tête à tête, et après le dîner, tu me joueras du piano pendant que je lirai le journal... tu me mettras la Presse en musique.
CAMILLE
Tu ne me quitteras pasT
SCÉNB TREIZIBMB 25
HAACELLT.
Non, je ne te quitterai pas avant demain matim
CAMILLE
Bmbras8<yiD(il.«
MARCBLLT.
Ala bonne heure !... (Vembrassant,) Diable de petit ange, va.
CAMILLE
Mais je ne demande pas mieux que de croire à ta fidélité, à ton amour.
MAKGBLLT.
Je le vois bien.— Enfin, c*est fini; nous allons passer une soirée charmante.
SCÏME ILIII.
LBS MÊMES, GERMAIN et ÀNGËLB.
ARGÈLB, en dehon.
C'est bon... c'est bon...
CAMILLE, se levant tout à eùup.
Monsieur I... c^est Angôle I...
MARCELLT, embarTMii.
Oui... je crois que...
CEBMAur, annonçantm Madame de...
ANcftLE, entrant.
Mais c'est inutile.
GERMAIN, à part.
Ah ben, si on ne peut plus faire son ouvrage ici, ça n*esl pas drôle. {Il sort.)
ARGàLE, gatment d Marcelly, On vous trouve enfin... je ne vous lâche plus... et pour que nous ayons tout le temps de parler chicane, je m*invite à diner... (à Cami7/e.) Veux luP
CAMILLE
Comment donc?
MARCBLLV, à part.
CAMILLE, à part.
Voilà pourquoi il voulait rester.
AiiGiLE, étant son chapeau.
Je vous donne ma soirée, tant pis pour vous.;;
MARCBLLY, jouant Vaplomb.
C'est... une charmante surprise.
CAMILLE, bas.
Une surprise t vraiment?
HARCELLT.
Sans doute!
ANGÈLB.
A propos, VOUS ne sortez pas?
HARCBLLT.
Mais...
CAMir.LB, avec intention»
Non, non.... nous m sortons pas.... mon mari m'a sacriCé aussi toute sa soirée.
HARCBLLT.
Mais^ ma chère, ce n'est pas un sacrifice... au contraire.
CAMiLLB, regardant Angèle.
Je TOUS croîs.
MARCBLLT, à part.
Eh bien, ça va être gai pour moi... {AngèU a tiré un ouvragé de tapisserie d^un petit coffret.)
CAMILLB.
Tu as changé ta coiflure ?
ANoiLB. riant.
Oui... pour plaire à ton man.
MABCBLLT, de plus en plus embarrasêé^ à part. Ses plaisanteries tombent bien... (Haut.) Ifaaame... craycz que ce n'était pas... assurément, si je devais... si je pouvais... mais quand on a... comme moi, une...
AN6ÈLE, riant.
C'est parfaitement clair... [A Camille.) Mes laines ^nt détes« tables... où donc achètes-tu les tiennes?
CAMILLB.
Au Père de famille, rue Dauphine.
ANGÀLB.
Il y a toujours beaucoup de monde, je crois, il M% attendre...
CAMILLE, appuyant en regardant son mc^i.
Oh!... en y allant à cinq heures on n'attend pas...
ANGÈLB.
Je profiterai du conseil dès demain.
CAMILLE, à part.
C'est un rendez-vous! quelle effronterie I
MARCELLY, O part.
Si j'ai le malheur d'être dehors demain à cinq heures Je suii un homme perdu.
GAMiLLB, à son mari, A quoi pensez-vous donc?
HARCBLLT.
Je... je ne sai3 pas.
CAMILLE
Je le sais moi.
MARCBLLT, à part.
C^est une impasse, ma parole d'honneur. (It remonte la scène et se heurte contre le guéridon qui occupe le milieu de la som. Il répète.) C'est une impasse.