HISTORIQUE
Le premier ouvrage qui soit connu, sur les eaux de Miers, est de Fabry; il remonte à 1624. Il est intitulé : « L’admirable vertu des Eaux et Fontaines nouvellement découvertes au Pays de Quercy, au lieu de Miers, proche de Gramat, appelées Eaux de Salmière. »
La plus grande partie de ce petit traité contient des généralités sur les eaux minérales. Il y est question à la fin des Eaux de Salmière. L'auteur indique la manière d'en faire usage, donne leur composition, parle de quelques maladies où elles peuvent être utiles et termine par des observations de colique néphrétique guérie par l'usage de ces eaux.
Il semblerait, d’après le titre même de l'ouvrage de Fabry, que la découverte de la fontaine remonte tout au plus à la fin du XVI® siècle. Cette conclusion serait peut-être un peu hasardée. En effet, aux premiers temps de l'apparition du Christianisme
dans les Gaules, les contrées où se trouvait une fontaine plus ou
our moins merveilleuse et vénérée, furent en général, du moins dans le Bas-Limousin et dans le Haut-Quercy, vouées à sainte Madeleine. Or, sainte Madeleine est la patronne de l’église d’'Alvignac, la localité la plus voisine de la source minérale et qui parfois lui donne son nom. La découverte de la fontaine se perdrait donc ainsi dans la nuit des temps. [l'y a du réste une légende sur cette découverte, analogue à la légende que l’on trouve aux débuts de beaucoup d’autres stations thermales. Une vache malade, abandonnée dans la prairie qui entoure la source, aurait recouvré la santé en buvant de l'eau de Salmière, et aurait ainsi attiré l’attention sur ses bienfaisantes propriétés.
Après Fabry, il se passe un long temps sans que l’on s'occupe de nouveau des eaux de Miers. Jusqu'à la fin du XVIII siècle, on ne les trouve signalées nulle part.
À cette époque, le Dicfionnaire minéralogique et hydrologique de la France, par Buc’'Hoz, les cite et les présente comme « purgatives, rafraîichissantes et utiles dans les obstructions des viscères, les embarras des voies urinaires, les affections hystériques et hypochondriaques, les fièvres intermittentes rebelles, les flueurs blanches (1772) ». |
La même année paraît le Traité analytique des eaux minérales en général de Raulin. Les eaux de Miers y sont signalées. « Elles sont froides et vitrioliques ». |
En même temps, Lieutaud, médecin de Louis XV, en parle avec éloge dans sa Matière médicale (1774). La tradition locale veut même qu'ilen ait fait prendre à son royal client (Fraisse).
Fabry, Raulin, Buc Hoz sont les seuls auteurs cités par Carrère, dans son Catalogue raisonné des ouvrages qui ont été publiés sur les eaux minérales, comme ayant écrit sur les eaux de Miers (1785). VA
À cette époque, la source appartenait en partie à la famille de
Vins; mais, ainsi qu'il résulte d’un acte déposé à Gramat, en:
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mm Èt= l'étude Orliac, le roi faisait surveiller les eaux par un intendantmédecin chargé aussi d’en assurer la distribution aux pauvres : il en était de même au Mont-Dore (1).
Dans un autre acte, M. de Lille de la Vergne de Monravel, chevalier de Saint-Louis, ancien garde-du-corps, s'intitule commandant pour le roi aux eaux du Miers et d'Alvignac (2). Quelles étaient au juste les attributions de cette charge? A quelle époque avait-elle été créée? on l’ignore. Mais elle prouve, par l'importance seule du personnage qui l’occupait, que, vers cette fin du XVII siècle, Miers semble avoir jouit d’une notoriété considérable. Au moment de la Révolution, on s'y rendait en effet beaucoup, surtout du Bas-Limousin. Cela résulte des passe-ports délivrés à cette époque pour ce voyage et que l’on retrouve en grand nombre dans certaines communes du département de la Corrèze et en particulier à Corrèze même (3).
Il faut croire cependant que cette réputation était surtout régionale, car les auteurs spéciaux sont toujours très brefs au sujet des eaux de Miers ou même absolument silencieux. Bouillon- Lagrange n’en parle que pour dire que leur analyse est inconnue (1811). Les deux dictionnaires de médecine qui paraissent au commencement de ce siècle, n’en font pas mention. Mérat, dans son Dictionnaire universel de thérapeutique et de matière médicale ne fait guère que répêter ce qu'ont dit Fabry et Raulin (1832).
En 1836, le médecin inspecteur des eaux de Miers car elles possèdent depuis longtemps un médecin inspecteur, l'héritier sans doute et le successeur de l’ancien intendant royal, le médecin inspecteur, dis-je, en fait faire l’analyse officielle. Elle fut publiée au
commencement de 1837. La sanction scientifique était donnée
(1) Communication de M. Champeval.
(2) Communication de M. le baron de Maynard.
(3) Communication de M. Champeval.
pores
enfin à la grande vogue dont Miers jouissait dans la contrée depuis un temps immémorial.
À partir de ce moment les eaux de Miers semblent sortir peu à peu de leur obscurité relative. Patissier, dans son Manuel des Eaux minérales naturelles, reproduit leur analyse et dit quelques mots de leurs principales indications.
L'Annuaire des Eaux de la France (1851-1853) les cite également et les classe. Mais c'est surtout après 1860, époque à laquelle les études hydrologiques semblent prendre un plus grand essor, qu'on les voit signalées un peu partout, dans tous les ouvrages ayant trait à la matière. On ne trouve néanmoins aucune étude achevée, aucune monographie complète et Rabuteau, dans la dernière édition de sa Thérapeutique, dit formellement qu’elles n'ont pas été suffisamment étudiées. |
Durand-Fardel les mentionne honorablement dans le Drcéionnaire général des Eaux minérales qu'il publie en 1860 avec Lefort et Le Bret. Il en parle également dans son Traité Thérapeutique des Eaux minérales. Gubler laisse entrevoir ce rêve que Miers peut devenir, en France, l’analogue des eaux célèbres de la Bohème. Eug. Lebret, dans son Manuel médical des Eaux minérales, répète cette phrase, que l'on trouve très souvent, que les eaux de Miers méritent de fixer l'attention du praticien en France, où elles représentent à peu près seules le type des eaux sulfatées sodiques. Le Dictionnaire de Jaccoud les oublie; celui de Decambre leur consacre un article de Rotureau. Bouchut et Desprez les sisnalent dans leur Dichonnaire de Thérapeutique. Barrault déclare que Miers constitue pour la France une richesse hydro-minérale que l’on aurait tort de méconnaître, et le compare à Carlsbad, à Marienbad, à Franzensbad. Dujardin-Beaumetz en parle dans sa Climigne Thérapeutique à propos des eaux purgatives, et il lui consacre, dans son /icfionnaire de Thérapeutique et des Eaux minérales, un article suffisamment développé.
En même temps ont paru diverses notices, toutes un peu écourtées : celle du D' Lagasquie, médecin-inspecteur des Eaux de Miers (1867); celle du D' Labat, membre de la Société d’hydrologie de Paris (1873); celle du Dr Fraisse, successeur de M. Lagasquie à l'inspection (1880),
C'est en m'appuyant sur ces documents, assez pauvres en somme, que je vais essayer d'étudier la station de Miers et son eau minérale.