‹ Miers et son eau minéraleChapitre 7 sur 25 · GEOGRAPHIE — GÉOLOGIE — CLIMAT — SOURCE ÉTABLISSEMENT THERMAL · texte numérisé non relu

GEOGRAPHIE — GÉOLOGIE — CLIMAT — SOURCE ÉTABLISSEMENT THERMAL

Si on pénètre dans le département du Lot par sa frontière orientale, on se trouve d’abord sur un sol primitif, prolongement des chaînes de l'Auvergne et dernier contrefort du plateau central. Les granites, les gneiss, les micaschistes y sont les roches dominantes. En cette région l'altitude est relativement considérable : le canton de Latronquière, une partie de ceux de Lacapelle-Marival, de Saint-Céré, de Bretenoux, sont à plus de 600 mètres. La Bastide-du-Haut-Mont, la commune la plus élevée du département, se dresse, à 781 mètres, sur un sommet froid, nu, triste, battu par tous les vents.

En allant vers l'Occident, l'altitude diminue très vite; le sol s'incline rapidement, et, directement superposé au terrain primitif, apparaît le terrain jurassique. C’est d’abord une bande assez étroite de terrain delias — argiles, calcaires, marnes, schistes aux teintes ardoisées ou ocreuses, — dépôts sédimentaires laissés sur son rivage par une mer des époques secondaires. Là sont des coteaux fertiles et de riches vallées.

Au lias, toujours en allant vers l'Occident, succèdent les causses, formations coraillennes de la mer jurassique, terres sèches et altérées, trouées de cavités et de grottes, crevassées, coupées de ravins, dont le nom vient sans doute du latin ca/x, calcaire, chaux. Les causses forment la plus grande partie du sol du département. Ils sont constitués par des assises puissantes de calcaire oolithique dont le temps a effrité la surface et où pousse une végétation sans

vigueur. Leurs stratifications ont suivi le mouvement de soulèvement des Cévennes et de la Lozère et se sont exhaussées en masse, sans grandes ondulations de surface, mais en produisant des cassures profondes, des dislocations énormes. Sur le bord des cassures, elles se dressent en immenses roches à pic, à l'aspect ruiniforme; sur le plateau, elles ont crevé par endroits la mince couche de terre arable qui les recouvre et elles apparaissent rigoureusement alignées, pareilles aux lames pétrifiées d’une mer immobile. Les vallées de la Dordogne et du Lot rayent diagonalement cette région de leur fissure profonde, créant ainsi trois plateaux secondaires : le causse de Martel au nord de la Dordogne, celui de Gramat entre la Dordogne et le Lot, et, au-dessous du Lot, celui de Cahors.

La plupart des ruisseaux qui naissent du lias ou des bords de la partie granitique, subissent, à leur arrivée dans la région des causses, une destinée singulière. Quelques-uns, comme l’Alzou, amoindris peu à peu, taris lentement par les porosités de la pierre, ne portent que pendant l'hiver, jusqu’à la plaine, leur tribut intermittent. D’autres, comme le ruisseau de Salgues- Réveillon, celui de Rignac, celui de Thémines, disparaissent brusquement, engloutis dans les cloups ou les vues, sorte de puits naturels ouverts devant leurs eaux. Ainsi devenus souterrains, ils poursuivent, dans les cavités du calcaire, leur cours coupé de cascades et jaillissent ensuite en fontaines intarissables, au bas du plateau, sur les bords mêmes du Lot ou dé la Dordogne. Tels sont, dans le causse de Gramat, les deux gouffres de Saint-Sauveur et du Cabouy, les deux sources de l’'Ouysse, aux eaux si abondantes « qu’elles peuvent porter bâteau »; telle, près de Cahors, la magnifique fontaine des Chartreux, la fameuse Divonne des Gaulois, véritable « fontaine des dieux »: tels encore, dans le causse de Martel, les deux gourgs, à débit alternant, du Blagourg et du Bouley.

C'est dans la zone du lias, sur la lisière même, à quelques kilomètres à peine du Causse de Gramat, que se trouve la fontaine de Salmière, comme disait Fabry, et comme l’appellent encore aujourd'hui dans leur patois les paysans des environs. Elle sourd au bas d’une colline couronnée de bois, au fond d’un vallon creux, entre les deux villages d'Alvignac et de Miers.

Sa position géographique est par 0°22’ de longitude ouest, et par 44°48’ de latitude. La vallée dans laquelle elle affleure est à 270 mètres d'altitude environ et à direction générale S.-E. N.-O.

L'air y est très pur : le climat des environs de Miers est en effet exceptionnellement sain dans un département connu pour la salubrité de son climat. Il n’y règne aucune endémie et les épidémies y sont excessivement rares. Les médecins de la région citent, presque comme une curiosité, des cas de fièvre tellurique qui survinrent dans le pays, lors de la construction du chemin de fer de Paris à Toulouse,

La température y est assez égale et suffisamment douce. Cette étroite bande du lias, moins élevée que l'Est du département, ayant un sol moins compact, d’une part; beaucoup plus accidentée, d'autre part, que la région des Causses, jouit mieux que d’autres parties du Lot des douceurs du climat girondin. On n'y connaît pas les hivers rigoureux de la portion granitique, ni les brusques variations du plateau des Causses que balaient tous les vents.

L'hygrométrie ne présente rien de particulier : il y a des brouillards assez fréquents l’hiver et quelques orages, l'été. La quantité de pluie qui tombe par an dans le département du Lot est de 810", chiffre un peu plus élevé que la moyenne des pluies en France, qui est de 770" seulement.

J'aurai voulu avoir, au moins pour les mois ordinairement consacrés à la cure thermale, des chiffres exacts sur la température,

la pression atmosphérique, la direction des vents, les jours beaux

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où pluvieux, en un mot, ce que l’on a justement appelé la pAysionomie atmosphérique d'une région.

Des observations rigoureuses n'ont pu être prises : voici les renseignements qui m'ont été donnés par les gens du pays.

Juin est un mois tempéré ; la chaleur ne s'élève pas beaucoup pendant la journée et les soirées sont fraîches. Il y a quelques jours pluvieux.

En juillet et en août la température est beaucoup plus haute, souvent presque pénible. Le temps se maintient en général sans pluie.

La première quinzaine de septembre présente la même physionomie que le mois d'août, avec une température plus basse. Les derniers jours sont en général pluvieux et les brouillards commencent.

En résumé, ce sont les mois de juillet et d'août qui paraissent les plus favorables à la cure thermale.

L'aspect général du pays ne présente rien de bien saillant. On ne trouve rien ici qui ressemble aux sites pittoresques de l’Auvergne, ni aux spectacles grandioses des Alpes ou des Pyrénées. Cependant le paysage de Miers coquet et gracieux séduit par son calme, sa tranquillité, la riche végétation de ses collines et de ses vallons, rendue plus frappante encore par l'aridité sauvage des causses voisins.

Le vallon où se trouve la fontaine, très étroit, très creux, est coupé de petits bois et planté de prairies. À travers ces prairies coule un petit ruisseau, le ruisseau de Cazelles. C'est dans ce ruisseau que se déverse le trop plein de la fontaine. Il n'échappe pas à la loi commune des cours d’eau de la région. A quelques kilomètres au-dessous de la source minérale, il quitte son vallon fertile et herbeux, coule quelques instants sur un lit à peine indiqué dans le roc, dans une dépression de terrain, en plein soleil, entre

deux berges sans arbres, roule de cascades en cascades, et se

précipite en faisant une chute de 10 mètres dans le coup immense de Roque-de-Corn. Au fond du cloup, une caverne latérale l'engloutit. Il reparait plus bas, au-dessous de Montvalent, sur la rive de la Dordogne, au gouffre de Saint-Georges, abîme inson-

dable d'où ses eaux bleuâtres montent avec impétuosité.

Adossée à la colline, la façade parallèle à la direction générale de la vallée, sur les bords du ruisseau de Cazelles, s'élève une petite maison blanche d’apparence très modeste. Elle est à un étage : deux petites ailes flanquent ses côtés. C’est là l’établissement thermal. Ÿ

Au rez-de-chaussée sont trois salles contiguës. Celle du milieu, qui occupe toute la surface du bâtiment central, renferme la buvette, réservoir quadrangulaire, élevé au niveau même de la source et qui monte jusqu’au plafond. Quatre robinets versent l'eau aux buveurs. Les deux salles latérales occupent également toute l'étendue des pavillons. Celle de gauche, encore encombrée, est destinée à devenir une salle de repos pour les buveurs; dans celle de droite, se font la mise en bouteilles et les expéditions.

Le premier étage était occupé par le cabinet du médecin-inspecteur, quand il y avait un médecin-inspecteur.

La source, je l'ai déjà dit, se trouve au-dessous de la salle médiane, à une profondeur de trois mètres. Elle naît au pied de la roche schisteuse, dans un sol boueux, formé des débris de cette roche. Son débit est très constant; il n’est influencé ni par les pluies abondantes, ni par les sécheresses excessives ; mais il est aussi très faible, 1° 666 par minute environ.

I n'y a qu'une source : à quelques pas plus bas dans la vallée, il s'en trouve bien une autre exploitée autrefois, la source Andral. Mais l'analyse qui en fut faite, il y a une trentaine d'années, y démontra une minéralisation extrêmement faible et l'exploitation

pour l'usage médical en fut interdite. Aujourd'hui le puits est

abandonné et, aux époques de grande sécheresse, les paysans des environs se servent de son eau comme d’eau potable.

À son émergence, l’eau minérale jaillit dans une cuvette en ciment de 2 mètres de diamètre sur 2240 de profondeur, par l'orifice central d’une meule de moulin posée à plat, qui en forme le fond. De là, une pompe l'amène dans les deux réservoirs qui fournissent à la buvette et à la mise en bouteilles. Le trop plein s'écoule dans une vasque placée en face de l'établissement, où se déposent des boues noirâtres colorées par les sulfates réduits et transformés en sulfures au contact des matières organiques.

Dans cette vasque, l’eau minérale se trouve mélangée à l’eau d'une autre source. Elle se rend ensuite dans le ruisseau de Cazelles.

Quelque humble et quelque sommaire que soit cette installation, elle est cependant le résultat d'améliorations apportées tout récemment. Quelques-unes datent de ces dernières années; d’autres, de ces derniers mois.

A la fin du siècle dernier, aussi loin que remontent les souvenirs et la tradition, car les documents écrits font défaut, la fontaine de Salmière n’était qu’un puits arrondi, à captage très défectueux, souvent à sec et incapable de fournir aux besoins des jours d’affluence. Vers cette époque, pour créer une réserve, on essaya de creuser, en aval de la source, un grand bassin à ciel ouvert où l'eau se collecterait l'hiver et serait utilisée l'été. Un hangar le protégeait contre la pluie et un escalier en pierre conduisait jusqu'au bas.

Le réservoir était mal construit sans doute : des infiltrations se produisirent ou bien l’eau se décomposait au contact trop prolongé de l'air. Toujours est-il qu'il n'y eut bientôt plus là qu'une mare que les joncs et les conferves envahirent. Elle se combla ou on dut la combler et de nouveau il fallut se contenter de l’ancien

hp puits. Ce puits avait une capacité de vingt-cinq hectolitres environ.

En 1855, la cuve fut refaite et soigneusement cimentée., On l’agrandit jusqu’à la contenance de cinquante hectolitres.

Jusqu'à cette époque on se procurait de l’eau en la puisant à la main. Lorsque son niveau était trop bas, on descendait dans le puits en s'aidant de trous laissés dans la maçonnerie. En 1855, on installa une pompe. En même temps on construisait, sur la fontaine elle-même, le premier établissement en pierre, qui, après des transformations successives, devait aboutir à ce qu’il est aujourd’hut.

Les années qui suivirent furent marquées par des améliorations diverses, d'importance plus ou moins grande, jusqu’à cette année où, comme je l'ai déjà dit, on vient de procéder à une réinstallation complète. Ainsi, le captage, qui laissait à désirer en ces derniers temps, a été repris ; la cuve a été refaite et voûtée ; la buvette reconstruite sur un nouveau plan et son service séparé de celui des expéditions.

Il reste, à coup sûr, beaucoup de choses à faire encore. Sans parler d'installations de confort que nécessiterait la commodité des buveurs et qui manquent absolument, il n’y a ni piscine, ni salles de bains, ni salles de douches. L'eau de Miers, par la faute d’un établissement insuffisant, ne peut être prise qu'en boisson. Il y aurait cependant des bienfaits à obtenir, dans certaines cures, de l’hydrothérapie ajoutée à l’action de l’eau à l’intérieur, du lavage de l'estomac, des injections vaginales, etc.

Du temps de Fabry, du reste, les eaux de Miers étaient données en bains. Ainsi administrées « elles guérissent les vieux ulcères, le prurit, la rongrie... comme nous avons vu en des personnes que l’honneur nous défend de nommer. »

Si le débit un peu faible, rend actuellement difficiles de pareilles innovations, peut-être des fouilles bien dirigées permettraientelles soit de découvrir de nouvelles sources, soit d'augmenter le débit de l’ancienne.

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