‹ Miettes d'histoire canadienneChapitre 45 sur 149 · SIR GEORGES-ETIENNE CARTIER · texte numérisé non relu

SIR GEORGES-ETIENNE CARTIER

Dès le début de sa carrière comme homme public, Cartier s'était en quelque sorte identifié avec la construction des chemins de fer, dont il sut peser, de prime abord, toute la valeur économique. Ce fut grâce à son travail persévérant que le Grand Tronc put étendre les bienfaits de son réseau primitif à travers nos Bois-Francs et y faire marcher la colonisation à pas de géants. Il était donc le ministre tout désigné pour prendre à sa charge la création de notre grande voie nationale : le Pacifique Canadien.

Ce chemin de fer était, du reste, l'une des premières assises fondamentales de la Confédération, telle qu'adoptée par la conférence intercoloniale de 1864.

Sans l'annexion des domaines de la compagnie de la Baie d'Hudson et sans l'ouverture d'un chemin de fer pour soumettre ces immenses régions à l'agriculture et en faire de nouvelles provinces, l'Acte de l'Amérique Britannique du Nord eut perdu sa raison d'être et serait resté à l'état de lettre morte.

On peut ajouter, avec certitude, que sans l'action de Cartier et son indomptable énergie,

ces deux mesures n'auraient pu être menées à succès, en temps opportun.

Aussi, l'achat des Territoires et l'entreprise du Pacifique Canadien furent-ils les principaux éléments dont les adversaires de la Confédération se servirent, ou plutôt abusèrent pour soulever le peuple, surtout dans la province de Québec.

Cartier fut à la hauteur des luttes qu'il fallut soutenir pour conserver la confiance que l'immense majorité de ses compatriotes lui avait prodiguée jusque-là. Il n'épargna ni son repos, ni sa santé, ni ses intérêts personnels pour faire réussir ce qu'il croyait être une bonne et grande cause.

Les préjugés avaient été si bien exploités dans la province de Québec que l'acquisition des Territoires y était encore vue avec la plus grande défaveur, lorsque le parlement fédéral fut appelé, en 1869, à lui donner une sanction définitive. Certains députés, admirateurs et partisans dévoués de Cartier, l'approchèrent pour lui représenter qu'il était très difficile pour eux d'appuyer de leurs votes une mesure aussi impopulaire.

C'est à cette occasion que Cartier prononça ces paroles qu'on a vainement cherché à dénaturer en certains milieux.

« J'admets, dit-il, que c'est une mesure très impopulaire parmi nos compatriotes ; mais c'est précisément pour cette raison que j'ai le droit de compter sur votre concours. S'il s'agissait d'une mesure que tout le monde approuve, je n'aurais pas besoin de votre appui pour la faire passer ».

La Patrie, 22-8-03. J.-A. Chicoyne

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