‹ Miettes d'histoire canadienneChapitre 46 sur 149 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Voici un trait qui peint l'adresse de sir Georges-Etienne Cartier, à profiter des circonstances. On débattait sur la milice. C'était le 31 mars 1868. M. Jones, ennemi des féniens, du pape et du bill de milice, demandait que l'on empêchât les jeunes gens gradués dans nos écoles militaires de prendre du service à l'étranger.

M. Cartier. « — Aucune loi n'oblige ces jeunes gens à rester dans le pays. Ils sont libres d'aller ou bon leur semble, et le pays ne peut qu'être fier d'avoir donné à ceux qui partent une éducation militaire. La jeunesse canadienne, je suis heureux de le dire, est d'humeur assez martiale. Il est notoire aujourd'hui que 50,000 canadiens se sont enrôlés dans l'armée américaine du nord, pendant la guerre de sécession. Et cent-cinquante jeunes gens viennent de partir volontairement pour s'enrôler dans l'armée pontificale.

» Ils vont combattre Garibaldi qui est le grand fénien de l'Italie. Ils vont défendre Sa Sainteté le Pape, qui est l'ennemi le plus déterminé des féniens. Et je suis sûr de ce que j'affirme ici, car, lorsque j'ai eu l'honneur, en compagnie de M. T. d'Arcy McGee, d'obtenir une audience de Sa Sainteté, la première question qu'Elle m'a adressée a été celle-ci : « J'espère, mon cher » fils, que les féniens irlandais d'Amérique ont » cessé de troubler la paix de votre pays ». J'ajouterai, à ce propos, que toute l'Église catholique est opposée au fénianisme ».

C'était porter le coup avec une arme triangulaire.

* * Cartier était aussi un homme habile à se ren-

seigner, sachant où prendre les éléments de sa science et la réduisant, une fois qu'il l'avait acquise, à un exposé clair autant qu'énergique. Un jour, il me demanda si je connaissais le travail du lin. Je lui dis que non — ensuite, après un silence, j'ajoutai :

« — Un tel, qui est ici en ce moment, est tout à fait votre homme dans cette partie.

Il éclata :

» — Comment ! diantre de diantre, vous dites que vous n'en savez rien, tout en m'indiquant où prendre la chose ! Souvenez-vous qu'un homme qui sait où se trouve un renseignement est capable de répondre à la question qu'on lui pose.

Le ton, le geste, toute cette colère c'était pour frapper mon imagination et me faire comprendre sa manière de travailler. J'en ai gardé mémoire.

Une autre fois encore :

» — Comment un tel a-t-il appris cela ?

— Par lui-même.

— C'est la bonne manière ! Je me suis formé seul : je m'en trouve bien ».

Son énergie perçait à tout instant. Il arriva que certains journaux attaquèrent vivement et avec malice un fonctionnaire public, lequel se jeta tout tremblant dans les bras du ministre, mais celui-ci se contenta de répondre :

« — La belle affaire ! nous savons qu'ils ont tort.

— Oui, mais, sir Georges, ils m'abîment.

— Ah ! vraiment, qu'est-ce qui vous démonte ? Vous êtes payé pour cela ».

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