LORDON
Je ne puis parler du peintre Félix Trézel sans parler aussi de Lordon. Ces deux artistes furent des amis tendres, que la mort seule sépara. Pendant plus de quarante années, pas une ombre n'altéra leur union.
François Ier logeait au Louvre les savants et les artistes. Ils y restèrent jusqu'à ce que vint Napoléon, qui voulut faire restaurer le palais. Alors tout déguerpit . On transporta tout ce monde à la Sorbonne, au collège Mazarin , au collège des Grassins, à l'hôtel Yaucanson.
Prudhon, et ses élèves, Mademoiselle Meyer, Lordon, Trezel, lurent logés à la Sorbonne. lisse voyaient tous les jouis. A eux se joignaient jouvenl Charles Panckouke et Ernestine, <|tu<le-
vint sa femme, M. et madame de Roiigerie(l), M. et madame de Beaulieu , les Duquesne; gens gracieux , pleins de sel et de goût, qui causaient , faisaient de la musique et vivaient de leurs travaux , de leurs pinceaux , de leurs livres, de leurs rentes.
J'ai passé là de douces soirées. J'y voyais venir aux grands jours les généraux Guilleminot , Bouchu , Drouot , qu'amenait le colonel Trézel ; puis Milne Edwards , Audoin , Thénard , Conté, Laugier, et d'autres savants; Fernig, et sa sœur, qui fut aide-de-camp de Dumouriez. Us savaient et disaient bien des choses, dont je me suis souvenu depuis, en écrivant mon Histoire des volontaires.
Sous les Bourbons l'Université reprit la Sorbonne, et les artistes partirent avec des indemnités. La société chérie se dispersa. Mademoiselle Meyer, un matin, se coupa le cou avec un rasoir.
(1) Elisa de Rougerie, née de Wailly, femme de la plus haute distinction.
Prudhon , désolé, fut recueilli par un de ses élèves, M. deBoifremont, qui l'emmena rue du Rocher. Ce fut là qu'il fit son Christ en croix, que je lui avais fait commander pour Strasbourg, mais qui fut retenu à Paris et qui est à la galerie du Luxembourg.
L'esquisse, de huit pouces carrés , fut confiée à Suzerace (1 ) , et vendue 2,400 francs à un Anglais.
Lordon (Pierre-Jérôme) était d'une famille de colons de la Guadeloupe. Né en 1780, il vint en France et fit ses études au collège de Vendôme. Il entra à l'Ecole des travaux publics (Polytechnique) lors de la fondation ; il en sortit sous-lieutenant d'artillerie et donna bientôt sa démission pour se livrer à son goût passionné pour la peinture.
Plus tard , il rentra à l'Ecole polytechnique comme professeur de dessin. On a de lui beaucoupde tableaux et de vignettes. Il fit des suites
(1) Marchand de tableaux du passage de l'Opéra.
d'estampes pour le Télémaque et d'autres ouvrages (1).
Il fit pour le Salon et exposa au Louvre , depuis 1808 :
1 . La communion d'Atala , qui lui valut une médaille d'or. Ce tableau fut acheté par Sommariva; il est à Milan.
2. La délivrance de Cimon, fils de Miltiàde. Ge tableau est à Manchester et une répétition est à Londres.