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DE LA VILLE DE MIREMONT

Né à Versailles, parti jeune pour Bordeaux, il fut royaliste avec M. Laine , M. Lynch, et fit des vers pour la duchesse d'Angoulême en 1814 . Le voilà chevalier de l'ordre de la Fidélité. Il vient à Paris avec le ruban vert et le ministre. M. Laine le prend , en 1 81 6 , pour son chef de division du personnel.

Lui , de La Ville , chef du personnel ! Il ne connaissait pas une âme , il n'entendait rien à l'administration. Il n'avait qu'entrevu la France de la Gironde à la Seine. M. Laine me dit : Mettez-le au cours.

Je vis beaucoup La Ville et n'en tirai que de l'esprit. C'était un homme doux , affable , empressé , rimant bien , faisant des épîtres, des sa-

nies, des comédies, des tragédies: mais pas plus propre à faire un chef de division qu'un pape.

Il donna sa démission et fut pourvu d'une place d'inspecteur général des maisons de détention.

Bon traitement, bonne voiture, frais d'au- . et de poste, courant l'été . rentrant à Paris l'hiver, ayant un salon, et faisant le charme d'un monde choisi; réussissant au théâtre, il eût été de l'Académie , sans la mort qui l'arrêta court.

Il avait pris parti contre Vilïénave pour M. Laine: ce fut alors qu'il lit la pièce du Follicu- . qui eut tant de retentissement. H. Laine avait tort cette fois. Il avait souscrit pour deux - au journal de Villenave, les Annales politiques et littéral:' en. Tout à coup . sur itta nie de tribune, le ministre renie le journaliste et cass ment. Villenav<

-. M B irbécéi . qui avait là de l'argent, ' I g (âcB i.M article rude paraît, et

l'on appelle cela de l'infamie; ce n'était pourtant que justes représailles.

Quand M. de Martignac, en 1828, me rappela au ministère , d'où Corbière m'avait éloigné , de La Ville sut qu'on m'attaquait de toutes parts. Il m'en avertit et je l'en remerciai. De là cette lettre que je reçus de lui :

Lettre de La Ville de Miremont.

Lo 1er mars 1828.

« Vous ne devez pas être étonné , Monsieur , de la part que j'ai prise à ce qui vous concerne. Une personne poursuivie par des lettres anonymes est toujours intéressante à mes yeux; et comment pouvais-je rester indifférent aux dénonciations ténébreuses dont vous étiez l'objet , lorsque je n'ai eu qu'à ine louer de mes rapports avec vous, et lorsque, persuadé de vos talents administratifs , j';ii entendu les hommes qui m'inspirent le plus de confiance ciler des exem-

pies nombreux de votre délicatesse et de votre loyauté?

» Au reste , vous ne devez pas vous inquiéter de ce que je vous ai rapporté. Lorsque le ministre m'a demandé si je connaissais M. Grille , au sujet duquel on lui avait écrit plusieurs lettres anonymes, c'était lorsqu'il était seulement question de votre rentrée au ministère , et que rien n'était terminé encore ; et puisque M. de Martignac a passé outre , en vous rétablissant dans vos fonctions , vous voyez quel cas il a fait des dénonciations sans signatures dont vous avez été l'objet.

» J'apprends avec plaisir , Monsieur, que pendant votre exil vous êtes devenu mon confrère en littérature. Je souhaite de tout mon cœur que vous ne connaissiez que les roses du métier ; mais je ne dois pas vous laisser ignorer que , pour la plupart des auteurs, et je suis de ce nombre, les succès mômes ne dispensent pas des dégoûts et des chagrins. Puisse , Monsieur , votre début dans celle carrière ne vous donner

que des plaisirs ; mais si vous êtes prudent , si vous aimez votre repos , vous ne hasarderez point un second pas dans cette voie si dangereuse (1).

» Je regrette beaucoup que mes fonctions ne me mettent pas en rapport avec vous; mais lorsqu'elles m'appelleront dans les bureaux, je profiterai de l'occasion pour aller de temps à autre vous dire un petit bonjour, et vous renouveler l'assurance de mon entier dévouement , dont je vous prie de recevoir ici l'expression.

» De La Ville. ><

Le ministre disait : « J'ai reçu quatre cents lettres contre M. Grille. » Ceux que j'avais le mieux s iv is semblaient le plus acharnés : Gail, Auger, Abel Rémusat, Saint-Martin, Des misérables ! toutes les accusations étaient fausses. Le ministre tint bon et me fit donner la croix d'honneur.

(1) Allusion à la comédie lue par moi au Théâtre- Français.

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