LE COMTE D'EFFIAT
Rien pour rien ! devise excellente , celle de la noblesse, des d'Effiat entre autres, bien connus de l'histoire par leurs faits et gestes.
Famille influente de la Touraine , opposée à la révolution tant qu'elle a pu. Riche d'ailleurs, élevée de formes et semant de larges aumônes dans ses terres.
Donner et prendre , prendre et donner , c'est une navette', un continuel va-et-vient.
Le comte d'Effiat écrivait au ministre Corbière, le 21 octobre 1826 :
« Monseigneur,
» Peu avant mon départ de Paris, j'ai eu l'hon- » neur de remettre à Votre Excellence un docu-
» ment historique relatif à l'assassinat du roi » Henri III, que vous avez trouvé fort important » et digne d'être déposé dans les Archives du » royaume. Vous avez bien voulu , en même » temps , me promettre de demander au roi un » exemplaire du grand ouvrage sur l'Egypte » pour mon père, à qui appartient la pièce his- » torique qu'il a héritée de ses ancêtres avec » les titres de la famille.
» Mon père me charge de vous écrire à ce su- » jet pour vous prier de vouloir bien, à l'occa- » sion de la Saint-Charles, mettre cette affaire » sous les yeux de Sa Majesté ainsi que vous en •» avez donné l'assurance.
» Je suis avec un profond respect , Monsei- » gneur , votre très humble et très obéissant ser- » viteur ,
» Le comte d'EFFiAT, •» Député d'Indre-et-Loire. »
Le 25 septembre l'ordonnance favorable était rendue. Elle ne s'était pas fait attendre.
L'émigration faisait ti de l'Ogre , mais non de ses oeuvres.
Il y a certainement plus de royalistes que de républicains que l'on ait gratifiés de la Description de l'Egypte.
Livres de l'état, argent de l'état, places, cordons, la généralité des biens et faveurs est allée pendant vingt ans aux Vendéens, aux hommes de Coblentz, aux ennemis du tricolore.
Ce torrent s'est arrêté, il a changé de cours.
Il n'est plus de si bon ton de se dire ennemi de 89.
EMERIAU.
Les exploits du comte Emeriau furent nombreux , ses écrits sont rares. Voici une lettre fort développée , et qui , sous plus d'un rapport , aura du prix. Les explications générales et particulières qu'elle donne m'ont paru pleines d'intérêt.
A son Exe. Mgr le Ministre et secrétaire d'état de l'intérieur.
Paris, le 30 octobre 1823.
« Monseigneur,
»Le roi, qui, dans sa paternelle sollicitude, s'est toujours plu à consacrer par des distinctions,
des monuments et d'honorables souvenirs, la gloire et tous les genres d'illustration qui ont honoré la France , tant dans sa prospérité que ses adversités, a daigné en donner une preuve bien éclatante en autorisant , aux frais du gouvernement, la continuation et l'impression de l'important ouvrage de la Description de l'Egijpte, qui fixe l'attention et l'admiration des savants de tous les pays.
» Tous ceux de nos illustres compatriotes qui ont concouru à la confection de cet immense et immortel ouvrage , ainsi qu'à la découverte des monuments qui y sont décrits et dépeints, y trouvent, ainsi que les courageux guerriers de terre et de mer qui ont fait partie de cette mémorable expédition, la plus noble et la plus flateuse ré compense de leurs zèle , fatigues et travaux.
» Sa Majesté, en ordonnant la publication d'un ouvrage aussi remarquable, résultant de tant de genres de dévouement et de talents divers , a également voulu récompenser tous ceux de ses sujets qui vont plus ou mois directement con-
couru, et a daigné à cet effet en accorder des exemplaires à tous ceux de nos savants qui ont contribué à sa confection , ainsi qu'à un grand nombre d'officiers généraux ou supérieurs qui faisaient partie de l'armée d'Egypte.
» La munificence de Sa Majesté s'est même étendue sur beaucoup de personnes notables qui, sans avoir partagé les dangers et les travaux de cette grande expédition , lui ont paru dignes de cette distinction.
» Qu'il me soit donc permis, Monseigneur, d'après toutes ces considérations, d'exposer à Votre Excellence que, n'ayant appris que récemment les grâces dont le roi avait daigné honorer ceux de ses sujets que je viens d'avoir l'honneur de vous désigner, je prenne la liberté de réclamer votre bienveillance pour obtenir des bontés du roi cette môme faveur que Sa Majesté a bien voulu accorder à MM. les vice-amiraux Dumanoir et du Cheyla, qui, comme moi , firent cette pénible et périlleuse campagne.
» J'ai l'honneur d'observer à Votre Excellence
que plusieurs des généraux ou chefs de division de la marine française qui firent partie de l'escadre d'Egypte (dont j'étais le chef de file et le commandant de la 2e division ) périrent dans le terrible combat d'Aboukir , dans lequel je reçus deux blessures graves en combattant le vaisseau que montait l'amiral Nelson et deux autres vaisseaux de son escadre, que d'autres sont morts depuis, et que je suis conséquemment le seul actuellement en France du grade le plus élevé de la marine qui soit dans le cas de solliciter des bontés du roi la laveur que je réclame de la justice de Votre Excellence.
» J'aime à me persuader, Monseigneur , que celui de vos compatriotes qui a servi pendant quarante ans avec honneur et distinction dans la marine française vous paraîtra digne de mériter votre intérêt et la récompense qu'il ose avec confiance vous supplier de lui faire obtenir de la bien- \< il lance du roi.
» Pour mettre Votre Excellence à morne de connaître la nature et la durée de mes services
et d'apprécier ma demande, je joins ici une copie de ma notice biographique qui , sans comprendre tous les faits qui ont honoré ma carrière militaire et administrative , est de la plus grande exactitude pour tous ceux que l'auteur y a cités. Veuillez donc avoir la bonté de la parcourir et de fixer votre attention sur l'article relatif à l'escadre d'Egypte , et sur ce que j'ai fait d'utile, d'honorable et d'important, pendant que je commandais toutes les forces navales de France dans la Méditerranée et particulièrement en 1814 lors de la rentrée du roi ; ce que personne mieux que Votre Excellence n'esta même d'apprécier.
» J'ai l'honneur d'être avec respect, Monseigneur , de Votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur ,
» Le vice-amiral, ancien 1" inspecteur général de la marine ,
» Le comte Emeriau , » Rue Bleue, 27, faub. Poissonnière. »
Les titres à la grâce demandée étaient puissants, ils furent méconnus par Corbière. On donnait la Description de l'Egypte à M. d'Effiat, l'émigré; on la refusait à Emeriau, le marin qui avait fait glorieusement la campagne d'Orient.
Quelle audace admirable des ministres ultra ! Les partis sont tous de même : une iniquité odieuse préside aux décisions de leurs chefs; pas le sens commun , une irritation aveugle , l'oubli de tous les droits, l'insulte au courage, et les prodigalités réservées pour l'ennemi.
Je ne vois de fidélité que dans l'amour de la révolution de 89. Tout ce qui lui est opposé est trahison.
M. de Martignac répara la faute de Corbière. En 182i le comte Emeriau reçut l'ouvrage.