DU TRONCHAY, ANTH. LE DEVIN
Des vices et meurs corrompues de nostre aage.
Malheureux le siècle où nous sommes, Bien qu'un chascun heureux le crie.
Puis que dans la race des hommes Toute vertu s'en va périe !
Puis qu'un chascun ne fait plus rien Qu'inventer des vices nouveaux, Et puis qu'un abisme de maux Fait quitter la place à tout bien !
Et puis que l'on voit la jeunesse, Plus quel' ne fut onques mal née, Languir dessoubs une paresse Trop laschement efféminée ; Puis qu'on voit mesmes les plus vieux, Sans avoir honte de leurs ans, Servir aux femmes de plaisans.
Plus que les jeunes vicieux.
Où est anjourd'huy la vaillance, Où est maintenant le courage Qui foudroyoit en la jouvance Du jeune vainqueur de Carthage ?
C'est mieux anjourd'huy nostre cas D'estre mollement amoureux, Mais pour estre tant valeureux Nous sommes par trop délicats.
DE JACQUES TAHUREAU lOl
Mais qui faisoit à ces Mignardes
Abandonner le saint coupeau,
Et leurs fontaines gazouillardes
Qui roulent par maint cler ruisseau ?
Qui leur faisoit laisser les fleurs,
Et la verdeur de leur campagne,
Et les odorantes douceurs
Qu'on sent tousjours en leur montagne ?
Qui leur faisoit laisser le branle Qu'ensemble sus le mont cornu EU'dancent d'un geste et d'un branle, S'entretenans d'un beau bras nu ?
Qui leur faisoit abandonner La douce fraîcheur des ombrages, Et le vent qu'on oyt résonner Si mollement en leurs bocages ?
Mais qui faisoit donq à ces belles Laisser le plaisir qu'en tout temps Ell'ont des douceurs immortelles De leur perdurable printemps, Pour venir si bien aborder Au fertil rivage de Loyre, Et là les bastiments fonder D'un autre temple de Mémoire?
Sinon toy qui peux de la grâce Coulante dans tes vers si doux, Heureusement de cette race (îaiguer le cueur par dessus tous?
Toy, qui la peux mieux enchanter De ta chanson délicieuse, Qu'Apollon du plus doux chanter De sa Ivre mélodieuse.
Mais maintenant pour ton absence Ta terre est veuve du bonheur Qui la tenoit en ta présence, Orgueilleuse de ton honneur.
Et non ton Anjou seulement, Mais toute la France se treuve, Pour te perdre si longuement, Presque de toutes Muses veuve.
Vien resjouyr de ta venue Ta France, qui pleine d'émoy, Tousjours en dueil entretenue, Ha langny pour l'amour de toy.
Vien voir tes plus chers compagnons, Vien, mon Bellay, ne les refuse, Puis qu'ils sont des plus chers mignons Du premier rolle de la Muse!
Mais, comme tu le sçais bien faire, Il te faudra sus tous choisir Un vers qui pourra satisfaire.
Donnant un immortel plaisir A cette Princesse du sang.
C'est nostre docte Marguerite, Qui d'esti-e mise au premier rang Sur toutes Princesses mérite.
El' congnoist, la docte Princesse, Ceux qui remplissent leurs ecriz.
Et qui les chargent d'une presse De motz qui languissent sans pris; Et ceux qui tirent de si loin Un tas de si hautes sentences, Qu'eux-niesmes ilz auroient besoin D'interprète à leurs quint'essences.
DE JACQUES TAHUREAU 107