‹ Mignardises amoureuses de l'admiréeChapitre 28 sur 33 · MAQUERELLE, QUI AVOIT MESDIT DE SON ADMIRÉE · texte numérisé non relu

MAQUERELLE, QUI AVOIT MESDIT DE SON ADMIRÉE

('e n'est pas la première fois, Mastine, que par tes abois Tu as souillé la renommée De ma mignonne plus aimée.

Ce n'est pas la première aussi Que d'un soiug paillard et transi, Reschauiîant ta bourbe puante, D'unguens et d'ulcères coulante, Tu as voulu me pourchasser, Mastine, pour te putasser.

Kst-ce pour autant qu'en arrière J'ay mis ta trop sale prière, Pour autant que je n'ay voulu Soûler ton appétit goulu Me meslant avec ta charogne, Que tu mesdis de ma mignonne ?

Osas-tu bien, vieille putain, Vouloir le pourri de ton sein

Joindre avec la délicatesse

De ma fleurissante jeunesse ?

Osas-tu bien te bazarder,

Putain, de me vouloir darder

Le fiel de ta boucbe baveuse,

Après l'aleine savoureuse

De celle là qui jusqu'au cueur

M'ensucre et paist de sa liqueur ?

Dy, vieille paillarde efErontée,

Dy, vieille cban creuse edentée.

Osas-tu seulement penser

Pour toy, de me faire laisser

Pour ta desbordée infamie

Le cbaste embrasser de ma mie ?

Tantost je me transporterov

Pour une vieille comme toy,

Maquerelle tant deshonneste,

Pour une bomble et laide beste.

Pour un tel \'ieil haillon souillard,

Dont un baiser le plus mignard

Et la plus gentille caresse.

C'est, quand bouche à bouche on la presse

Eir fait distiller un morveau

Qui sent son parfum de bordeau,

Qu'à peine retins-je mon ame

(Putain Napleusement infâme).

Quand tu m'accolas en trayson,

De s'envoler de sa prison ;

Tant seulement la souvenance

De ta putaciere excellence,

Craignant encor un tel esmoy,

Or' me fait presque issir de moy.

Et puis ceste vieille sorcière,

S'enfournant dans quelque perriere,

Ou cerchant loing de la clarté

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Quelque vieil gibet escarté,

Et arrachant, Torde bourrelle,

Ongles, crins, yeux, gresse et cervelle

Des noirs pendus les plus infects,

Horreur et honte des forfaicts ;

Puis tantost en bas descendue

Se gressant d'onguent toute nue

Et dressant un œil furieux

Contre les estoilles des cieux,

Et d'une fureur redoublée

Dans sa folle teste troublée,

Jettant espouvantablement

En l'air maint grondant hurlement,

Toute cscrinée elle exorcise,

Conjure et anathematise,

En hauts sifflements et en cris

Tous les noirs jour-fuyans espriz.

Puis sans cesse elle brouille, pile,

Elle pressure, elle distile

Ne sçay quels justs empoisonnez

Tous de charmes environnez ;

Et par cela cette meschante,

Geste horreur du monde, se vante,

Aveuglant mes sens et mes yeux,

Me rendre d'elle furieux ;

Mais cette chienne furieuse,

Tigresse, enragée, envieuse.

Ores voyant que ses desseins ^

En mon endroit se trouvent vains.

Elle a son recours à mesdire

De la Mignarde que j'admire

Que j'admire et admireray.

Que sainctement je vanteray,

Tandis que ma poitrine molle

Pourra soufler une parole, j^^ \:^^ vers.îg^

BiBLiOTHECA

Tandis qu'un petit souvenir De moy me pourra retenir ; Et deusses-tu crever de rage, Parangon de macquerelage !

Va donq et purgeant le malfait De ton misérable forfait, Expiant l'exécrable vice De ta sacrilège malice, Attache à ton col ce cordeau.

Voicy l'Yambique borreau Qui jà t'apporte la vengeance De ta malheureuse meschance !

A JOA. DU BELLAY

Ces neuf bien apprises pucelles, Je dy ces belles, qui du son De leurs neuf lires immortelles Fredonnent sus mainte chanson ; Je dy les filles de ce dieu Qui fait trembler toute la terre Alors qu'il perce le meilieu Du Ciel d'un esclatant tonnerre,

Cette belle troupe divine, Bouillante d'un ardent désir, Souvent en ta terre Angevine Se venoit donner du plaisir; Et de ce pas souventefois.

Ces belles prenoient bien la peine, S'escartaut par le Vandomois, De venir jusqu'en nostre Meine.

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EUe cougnoist la pauvre jilume De ces poètes contrefaitz, Qui de piller oïit la coustume Des autres tous les meilleurs traitz ; Et celuy qui tout plein de vent Enflant ses vers d'un vain langage Veut contrefaire du sçavant Pour estre ignorant davantage.

EtTsi sçait d'un loz véritable Aprowver les écriz bien faictz De ceux qui font preuve louable D'avoir lu les ouvriers parfaictz, Et qui sans contraindre ou genner Leur douce et naturelle veine Peuvent doctement façonner Des écriz qui coulent sans peine,

Rien ne deçoyt la docte oreille, Kien ne déçoit le jugement De cette perle nompareille.

Qui en sçait parler doctement; Une si riche perle encor Ne fut aux Indes recerchée, Ni dans un précieux trésor Entre des chers joyaux cachée.

Tu es heureux en ta jeunesse

D'avoir si doctement chanté,

Que l'esprit de ceste Princesse

S'en est à bon droit contenté ;

Et moy heureux si je pouvois ^

Par ma rime encores foiblette

P^stre envers elle quelquefois

Eu l'espérance d'un poëte.

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