‹ Mignardises amoureuses de l'admiréeChapitre 3 sur 33 · VIII NOTICE · texte numérisé non relu

VIII NOTICE

du pays, voyant nos poètes franoois s'inviter les uns les autres à escrire d'Amour, il voulut estre de la partie et se mit à composer plusieurs vers amoureux, pour une belle fille qu'il aimoit passionnément et dont il chanta les louanges sous le nom de VAdmirée.

Sa poésie, qui estoit assez jolie et assez mignarde pour le tems, le fit aymer et connoistre des plus signalez poètes de son siècle, comme de Ronsard, de Eaïf et des autres qui le louèrent hautement, comme à l'envy (G). Aussy estoit-il nn des plus beaux esj)rits et des plus adroits gentilshommes de son siècle. Trop heureux s'il se fust maintenu dans la liberté naturelle où le ciel l'avoit fait naistre, et qu'il ne se fust point abandonné à un funeste mariage ! Je dis funeste, puisque quelques auteurs de son tems n'imputent qu'à ce fascheux lien la seule et véritable cause de la mort précipitée de ce jeune poëte, trop ardent et trop amoureux (7). Ce fat donc soubs le règne de Henry second que la France perdit ce beau génie, c'est-à-dire l'an 155'), âgé de 28 ans seulement, peu de jours après son mariage ; et de son vivant il s'acquit le titre du plus amoureux et du plus délicat des poëtos franoois. ^

SDR TAHUREAU IX

8e^ Œuvres poétiques furent imprimées en un volume à Poictiers, l'an 1554, et depuis à Paris et à Lyon, l'an 1574, en deux formes et en deux sortes de lettres, in-S" et in- 16, d'italique et de romain; mais parce que celles de Paris sont plus amples, c'est sur elles aussy que je pretens faire mes j)etites observations.

Elles sont dédiées au Cardinal de Guise, Louis de Lorraine, qui, marchant sur les pas de Charles de Lorraine, son oncle, se rendit alors le grand protecteur des Muses. Elles contiennent plusieurs odes, plusieurs élégies, plusieurs sonnets amoureux et épigrammes et plusieurs autres sortes de vers, la pluspart desquels ne sont pas à mespriser.

Quoique la première de ses odes, qu'il adresse au Roy, ne soit point comme celles de Ronsard, divisée dans le titre et marquée d'ode pindarique; ou de ces mots strophe, antistrophe, ny epode, si est-ce qu'elle ne laisse pas d'avoir le caractère de Pindare, comme ses couplets ont l'inégalité des vers de ce fameux chantre de la Grèce, et, pour confirmer cette vérité, voicy comme il commence :

Le Nocher prévoyant l'orage, etc. (8).

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