A GUILLAUME BOUCHET
Mon amour est langoureuse,
Et la tienne est malheureuse ;
Je suis battu de douleur
Autant que toy de malheur ;
Et l'un l'autre, en cette sorte,
Son compagnon reconforte,
Donnant un soulagement
Mutuel à son tourment.
Il est vray que les maistresses
Qui nous causent ces détresses
8on parfaittes en beauté ;
Mais quoy ? si leur cruauté
Trop cruellement surpasse
Toute leur meilleure grâce,
Que nous sert qu'ell' soyent si belles,
Puysqu'elles sont tant rebelles,
Puysqne nostre passion
Vient de leur perfection ?