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Mignet, Michelet, Henri Martin

J'ai connu un grand peintre de portraits qui avait le droit et le bonheur d'être sûr de lui-même. On lui disait un jour: a Ce portrait est de toute beauté (c'était vrai), mais l'original n'a peut-être pas... — Il a tort, dit le peintre. Ceci est le vrai portrait de son caractère et de son esprit. » La nature avait tort de ne pas ressembler au portrait.

Pour moi, en revoyant les trois portraits

que voici, je suis bien loin, et pour cause,

de les croire si ressemblants. La nature de

Michelet est si compliquée qu'on a toujours quelque chose de nouveau à en dire. Il a dit de lui-même: « J'ai deux mille ans... » Il a raison, et ce grand âge est fait pour décourager les portraitistes. Avec Mignet, c'est tout le contraire. On dirait qu'il a travaillé pour son peintre. D'abord, il a simplifié sa vie en éliminant tout ce qui n'était pas son art; et, dans la pratique même de son art d'historien, il n'a rien livré au public avant d'y avoir mis la dernière main. Il est complètement responsable de tout ce qu'il a écrit. On ne trouve dans toute son œuvre ni une idée aventurée, ni une tournure de phrase qui ne sente le travail. On voit avec joie que son travail a été fécond ; mais on voit qu'il a travaillé. La postérité a de lui ce qu'il a voulu lui donner ; elle le verra tel qu'il a voulu se montrer. C'est un homme qui ne s'est jamais laissé surprendre.

Quand il lui arrivait, au cours d'un travail, de reconnaître qu'il avait fait fausse route, et que la besogne entreprise n'était pas de celles

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qui convenaient à son talent, il s'arrêtait court, et sacrifiait sans hésiter un travail quelquefois assez long. C'est ce qui eut lieu pour une histoire de France d'après les documents originaux du v* au xvii* siècle, qu'il voulait faire avec M. Augustin Thierry. Il y travailla plusieurs mois ; puis il s'aperçut qu'une histoire aiusi conçue n'était ni un recueil de documents y ni l'histoire , œuvre philosophique et littécaire, telle qu'il la comprenait déjà, quoiqu'il ne fût encore que Fauteur du mémoire sur les Institutions de saint Louis, M. Daunou faisait de lui, en ce temps-là, ce bel éloge, qu'il était très exact dans le récit des faits, et d'une grande rectitude d'esprit dans les considérations générales*. Il regardait l'histoire comme un art dont les documents sont la base solide. « Mais ils n'en sont, disait-il, que la base. Il faut les employer si bien*, qu'il devienne ensuite inutile

1. Archi?es da bureau du Journal des semants^ citées par M. Hâuréau sur la tombe de Mignet.

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