Martha. IHscoun prononcé aux funérailles de M, Mignet
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d'y recourir. » 11 avait déjà commencé d'împorlantes études sur le xiii* siècle pour sa part de collaboration avec M. Augustin Thierry. Il renonça à les poursuivre parce qu'il ne voulait pas donner son temps à un simple travail d'érudition, et qu'il se sentait attiré, comme artiste en histoire, vers l'époque de la renaissance.
Voici un détail plus significatif encore.
Il a travaillé quarante ans. à l'histoire de la réformation, et il ne Ta pas faite : dou1)le preuve de persévérance dans la préparation et de scrupule dans l'exécution. Tout autre, après quelques années d'études, aurait écrit une ébauche qui aurait grandement profité à k science ; il s'est contenté de publier des épisodes, à mesure qu'il avait achevé d^en perfectionner l'ensemble et d'en contrôler les détails, n croyait que les ébauches sont faites pour rester dans Tatelier, et qu*^on ne doit montrer au pubhc que des œuvres accomplies. Il lui arriva un jour de croire qu'un morceau était fini, et de revenir sur sa déci-
sion. U avait envoyé à rimprimerie son introduction à rhistoire de la Réformation ; puis il se demanda si elle ne pouvait pas encore être perfectionnée; et, toutes réflexions faites, il la reprit des mains de l'imprimeur. C'est comme si je disais de nos mains : car elle ne paraîtra jamais. Il s'était souvenu que, quand un laborieux tel que lui est frappé par la mort, il reste toujours sur son bureau et dans ses cartons, la dernière œuvre. Il y a souvent aussi dans quelque tiroir des œuvres plus anciennes, que l'auteur avait réservées pour un examen ultérieur. La famille, les amis se font un devoir de recueillir ces épaves, qui sont précieuses même par leurs imperfections, parce qu'elles jettent de la lumière sur les procédés de l'auteur, et sur les transformations par lesquelles passaient ses écrits avant d'arriver à leur forme définitive. Mais il ne voulut pas comparaître ainsi en déshabillé devant la postérité. Sa résolution formelle a été que tout ce qui n'était pas reconnu par lui, authentiquement reconnu,
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fût considéré comme n'existant pas. Scrupuleuse observatrice de sa volonté, sa famille a décidé que, même cette introduction, à laquelle il avait une première fois accordé Vexeat^ et qu'il avait ensuite réservée pour une dernière revision, ne profiterait pas de. rhésitation du maître. C'est l'ajournement qui l'emporte, et cet ajournement devient définitif par sa mort.
Cette ferme résolution de cacher et de supprimer tout ce qui est inachevé ou incomplet, contribue à expliquer l'attitude qu'il conservait dans le monde. Tous ceux qui l'ont vu de près savent que, s'il s'était un peu abandonné, il aurait été un causeur de premier ordre. Il savait énormément ; il avait un style élégant et clair, et personne plus que lui n'était heureux à trouver des formules neuves et saisissantes ; mais il ne voulait pas improviser, parce qu'il ne voulait pas risquer ; il ne prenait la parole que pour résumer, pour conclure, et il la prenait seulement quand il était sûr d'être écouté jusqu'à son
dernier mot. On sentait dans sa conversation, comme dans son style et dans toute sa manière d'être, qu'il était résolu à ne pas laisser de place au hasard. S'il avait été dans les assemblées, il aurait lu ses discours ou les aurait récités, non par indigence d'idées ou défaut d'imagination, mais par sévérité pour lui-même.
11 a fait des discours à TAthénée, mais il ne les a pas improvisés* Personne n'improvisait à cette date. L'improvisation est un art nouveau, qui a donné à l'éloquence un caractère inconnu jusqu'à nous. Elle s'est, pour ainsi dire, mise en liberté. Elle avance témérairement, puis elle recule. Elleest quelquefois d'un goût douteux, même chez les esprits distingués, parce qu'elle s'abandonne à la première inspiration, qui manque de rectitude et de clarté. En revanche, elle a des élans et des hardiesses, que la réflexion arrêterait peut-être, et elle perdrait, en les supprimant, une partie de sa puissance et de son charme. Une autre différence entre l'élo-
quence d'aujourdTiui et l'éloquence d'autrefois, c'est qu'aujourd'hui, on est simple, et qu'autrefois on était pompeux. J'entends bien de temps en temps dire, en manière de critique, que tel discours n'a été qu'une causerie ; pour moi, si je disais cela, je croirais faire un éloge. Il y a de tout dans une causerie : de la simplicité, de la grâce, de l'inâagination ; il peut y avoir de la force, seulement elle ne s'y montre pas d une façon continue, et c'est tant mieux. Voulez-vous une marque extérieure du changement opéré dans nos habitudes oratoires? La voici dans un tout petit fait : un sénateur ou un député qui s'habillerait avec prétention le jour où il doit prendre la parole, se rendrait à coup sûr ridicule, tandis que cela paraissait tout simple il y a quarante ans. Il y a soixante ans, on pouvait siéger en habit ordinaire, mais on ne pouvait parler qu'en uniforme.
Quand nous ne le saurions pas par les témoignages, nous le découvririons par la lecture. C'est en uniforme que* tous les
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beaux discours de la Restauration ont été lus ou récités.
M. M ignet avait tellement Thabitude. d'être en représentation et de se surveiller, qu'on s'en apercevait, même dans ses lettres familières. Il n'était pas emphatique, il avait trop de goût pour cela ; il n'était pas même solennel, mais il était tout près de l'être. Quand il voulait, par exception, donner du relief à une pensée, il l'exprimait dans une phrase courte et incisive; mais sa phrase était ordinairement cadencée et formait des périodes sonores. M. Thiers disait « qu'il était très simple en provençal » ; c'est qu'ils ne parlaient en provençal que pour revenir à leur jeune temps, et ce n'était jamais une conversation suivie. Ils se jetaient un mot de leur langue natale, comme on se jette une caresse. M. Mignet souriait, de ce sourire charmant qui éclairait toute sa physionomie, et M. Thiers riait à gorge déployée. M. Mignet était la réserve en personne; M. Thiers était l'expansion. Il était difficile de différer
davantage par les habitudes, et de se ressembler davantage par les idées et les sentiments.
M. Mignet n'est pas le seul homme de grand talent et de convictions sérieusement arrêtées, qui se soit refusé à courir la carrière de la politique, mais deux circonstances donnent à sa résolution un caractère particulier : Tune, c'est qu'il a été jusqu'en 1830 un politique militant; et l'autre, c'est qu'il s'est retiré au moment de la victoire, c'est-à-dire quand la carrière cessait pour lui d'être périlleuse, et ne pouvait manquer de devenir glorieuse.
Que M. Mignet ait été un politique militant et très militant pendant toute la première partie de sa vie, c'est ce qui ressort de toute sa carrière jusqu'aux environs de la quarantième année. Il ne se ménageait pas dans le Courrier français ; il était le premier par le courage aussi bien que par le talent. Il fut bien près d'être un émeutier aux funérailles de Manuel. On le poursuivit ; il se défendit
lui-même avec tant de hauteur qu'il semblait courir au-devant d'une condamnation. Il n'y échappa que par miracle. On a conservé une collection du National où M. Thiers a écrit de sa main au bas de chaque article le nom de Fauteur; les articles de M. Mignet sont parmi les plus audacieux. Il a pris part à la lutte de toutes les façons en 1830. Il a signé le manifeste, harangué, dirigé les combattants ; il y allait de sa vie si Charles X avait triomphé. Au contraire, c'est l'insurrection qui triomphe, et M. Mignet par conséquent.
A partir de ce moment, il prend la résolution d*être un bénédictin, et il la tient pendant plus d'un demi-siècle. Entendons-nous; c'était un bénédictin et un mondain. On en savait quelque chose dans les salons de madame de Belgiojoso. Il n'aurait pas eu l'embarras de demander ; on le priait de se laisser faire ; les honneurs et le pouvoir seraient venus le chercher. Il n'était pas non plus désabusé de la politique, ni relégué par ses opinions dans une opposition platonique.
Ses opinions étaient celles de M. Thiers; tantôt elles étaient au pouvoir avec son ami, tantôt elles étaient avec lui dans l'opposition, mais dans une opposition normale, régulière, ayant ses chances de succès dans le parlement, et se& compensations dans la popularité. M, Mignet voulut n'être que spectateur, et il resta jusqu'au bout spectateur comme il l'avait décidé. Il s'attachait avec passion aux succès et aux difficultés de M. Thiers ; il lui prodiguait ses conseils, ses consolations ; il mettait au besoin sa plume à son service; mais pour lui-même, il n'acceptait rien, pas même de laisser voir ce qu'il faisait.
La place de garde des archives du ministère des affaires étrangères qu'on lui donna était une fonclion Uttéraire, quoique dépendante du gouvernement. Personne ne l'aurait remplie aussi bien que lui. Les archives, comme tous nos dépôts, avaient été dépouillées et désorganisées pendant la Révolution. Daunou avait remis de l'ordre dans l'administration des archives générales, et
d'Hauterive dans les archives du ministère des affaires étrangères ; mais il s^en fallait que leur activité bienfaisante se fût étendue à tous les services. M. Mignet fit, dans ces amas de manuscrits, des voyages d'exploration, qui aboutirent à doubler en quelques années, le nombre des dossiers catalogués.
Avoir ces trésors sous la main, en être le maître, rétablir l'ordre dans ce chaos, y découvrir de temps en temps un filon d'or pur, c^était, avec les deux académies dont il était membre, tout ce que pouvait rêver M. Mignet. Il employait la journée entière à travailler, il donnait le soir à ses amis, et, malgré les plaintes qu'il poussait à Toccasion contre les succès des doctrinaires, il jouissait de la stabilité et des progrès d'un gouvernement libéral qu'il avait contribué à fonder.
Il avait reçu en même temps que la direction des archives le titre de conseiller d'État en service extraordinaire. Ce n'était guère qu'une décoration, destinée à relever l'impor-
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tance de Temploi, antanf qa*à honorer la personne da Utolaire. La mission qn*il remplit en Espagne en 1833 fat on très court épisode de sa rie. En apparence, il n était chargé que de porter à la reine Christine une lettre de la reine Marie-Amélie ; en réalité, il allait appuyer la pensée personnelle de M. Thiers, qui croyait, comme lui, que le gouvernement de Juillet avait un intérêt pressant à maintenir FEspagne dans les voies libérales, et à combattre chez nos voisins la contre-révolution, comme il Taurait combattue chez nous.
Une seule fois après 1830, M, Mignet fut sur le point de se laisser entraîner. Il laissa poser sa candidature dans Tarrondissement de Brignoles. Il ne fut battu que d'une voix. Je ne doute pas qu'il n'eût joué à la Chainbre un noble rôle; mais tout le monde reconnaîtra qu'il est préférable pour lui et pour nous que son activité se soit dépensée tout entière à composer de beaux livres.
Au moment où j'écris cette préface, on m'apporte un livre sur M. Mignet, qui est
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Tœuvre d*un des professeurs les plus distingués de nos lycées de Paris*. J'y trouve des détails amusaiits sur l'élection de M. Mignet à l'Académie française. Il était déjà membre de l'Institut depuis 1832, comme appartenant à l'Académie des sciences morales dès sa fondation. Il fut élu à l'Académie française lé 29 décembre 1836, en remplacement de Rapouard. Raynouard était son compatriote, né à Brigpoles, ancien avocat au parlement d'Aix. Il était historien comme Mignet. Son coup d'éclat avait été sa tragédie des IVmpliers; maïs il avait publié des Mémoires sur rabolition de l'ordre du Temple, une Histoire du droit municipal en France, et divers autres ouvrages d'histoire et d'érudition. L'élection de Mignet qui venait d'obtenir un grand succès avec V Histoire de la succession d'Espagne^ aurait été toute seule, et n'aurait pas suscité de protestation, s'il n'avait pas été le concurrent heureux de Victor