Les Femmes de la Révolution, I, m
2. « Celte figure béate et paterne, lourde (comme maison de Saxe et maison de Bourbon) était un saint de cathédrale tout fait pour un portail d'église. » Histoire de la Révolution, liv, I, ch. vî.
bien confessé, bien communié; pourquoi aurait-il peur? Le fameux « Fils de saint Louis, montez au ciel! » n'a pas été dit; c'est une de ces inventions monarchiques qui font pâmer les bonnes âmes. Mais Louis XVI pensait qu'il allait au ciel par le plus court chemin: de là son courage, dont il ne faut pas tant le louer. Michelet ne fait pas tant de cérémonies pour Marie-Antoinette. Il raconte son procès et sa mort en trois lignes, la mort d'Elisabeth en deux mots. « La reine fut expédiée en deux jours, 14 et t5; elle était coupable, elle avait appelé l'étranger. » Du dauphin, il a retenu ceci : On lui a acheté une cage dorée pour un oiseau. Qu'on vienne parler après cela de la légende du cordonnier! Cette cage attestera dans la postérité la clémence de la République.
La haine de l'Anglais est ancienne chez lui.
Elle explique toute sa politique. Elle est bien antérieure au bûcher de Jeanne d'Arc. Songez donc! Michelet a été vaincu à Poitiers. 11 était Parisien, quand Bedfort faisait couronner
son neveu à Notre-Dame, Plus tard, il a payé sa part des millions que Dubois adonnés sous main aux Anglais. Enfin, il est, comme on sait, montagnard. Pitt et Cobourg, cela dit tout. Ce n'est pas seulement k Toujon et à Quiberon qurî les Anglais entrent chez nous.
C'est là qu'on les voit, mais ils sont partout : à Cobleniz, à Mittau, à Gand, dans toules les cours de l'Europe, dans tous les camps des Vendéens. Ils ont tous les vices, ils ont commis tous les crimes. Prenez un homme dans la rue, le premier venu, illettré, ignorant, qui sait peu ou ne sait rien du passé. Demandezlui ce qui en tous temps a fait la ruine du pays; il répondra sans hésiter, dans son langage vif et rude : « Les calotins, les goddem. » Même pendant qu'il écrit ce réquisitoire, en 1847, les Anglais sont les maîtres chez nous. On imite leurs costumes, on suit leurs modes, on prend leurs mœurs ; on préfère leurs produits à ceux des manufactures françaises; on les appelle pour conduire nos travaux, pour diriger nos ateliers. « Chose impie, trois fois
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impie, de voir un Français, en France, sous le bâton d'un Anglais ! Le fils de la Grande Armée sous un chef dont le père n'a fait que du calicot !
» L'intérêt, la liberté de l'industrie, etc., tous ces grands mots ne servent de rien ici.
Que nous importent vos chemins de fer si nous n'allons qu'à la honle? — L'étranger, disent-ils, apporte des capitaux; mais s'il exporte l'honneur*? »
Ce qui est plus grave, car je ne veux triompher contre Michelet, ni de son amour pour l'Allemagne, ni de son aversion pour l'Angleterre, c'est la malveillance qu'il manifeste à tout bout de champ contre les bourgeois.
Napoléon 111 disait : « Je ne suis qu'un parvenu. » On l'en louait. Il faut se connaître. Et vous, Michelet, qu'êtes-vous donc? Un bourgeois. Thiers disait, parlant de lui-même :
« Un petit bourgeois. » Cela n'empêche personne d'être un grand homme. La bourgeoisie
i. Histoire de la Révolution, liv. IV, ch. ni.
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u'est plus une classe fermée ; tout le mondé y accède. Même l'ouvrier qui travaille de ses mains est un bourgeois, s'il est instruit et s'il mène une vie honorable. Je demande en quoi consiste la bourgeoisie. Elle n'a aucun privilège, ni juridique, ni politique, ni honorifique. Qu'est-ce donc ? Quand Michelet dit : « le bourgeois », veut-il dire « le patron »? Veut-il dire « le riche »?
Je ne voudrais rien exagérer, je n'ai ici que des inquiétudes. Au fond, en toutes matières philosophiques, Michelet a plutôt des aspirations que des doctrines. Ainsi, en philosophie proprement dite, qu'est-il? Il n'est pas athée, il n'est pas matérialiste, il n'est pas chrétien. Il est panthéiste. 11 connaît assez vaguement les livres de Burnouf qui l'ont transporté d'admiration pour le bouddhisme. La Perse est le grand peuple. J'entends : c'est pour montrer toute la misère intellectuelle et religieuse du peuple juif. Mais quelle étrange fantaisie de s'éprendre pour la légende de Bouddha, et de dédaigner celle
MICHELET. îîl
du Christ! Une les a donc jamais comparées?
En morale, il est pour le droit et la justice; il lo répète à chaque page. C'est parfait. 'Mais d'où viennent le droit et la justice? Quelle est leur définition, leur origine, leur sanction? De même en socialisme. Il n'est pas communiste, je l'affirme. Socialiste? C'est un mot bien vague. On est toujours le socialiste de quelqu'un. Aucun homme sensé ou honnête ne peut regarder la société comme parfaite ; mais, si on parle de réforme, il faut dire laquelle, être sûr de ce qu'on dit, le dire avec précision. Tout ce qui est vague, en cette matière, est dangereux, presque criminel.
Je ne m'émeus pas quand Michelet, après avoir raconté la nuit du 4 Août, ajoute ces mots : « Grand exemple que la noblesse expirante a légué à notre aristocratie bourgeoise \ » Comme il écrit cela avant 1848, il veut peut-être parler du suffrage universel. Je n'aime pas qu'il conclue de la prise de la