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M. Taine, Essais de critique -et d*histoire

MICUELET. SOI

de sa gloire. Mais il faut s'arrêter. 11 y a les pamphlets qui se rattachent à la carrière de Thistorieu : le Peuple^ [Etudiant, la Sorcière^ la Bible de l'Humanité ; il y a les livres où la physiologie joue un si grand rôle, et dont le livre de f Amour est le type ; et enfin cette galerie d'iiistoire naturelle, tOiseau, la Mer, r Insecte, la Montagne, dont plusieurs sont d'adorables chefs-d'œuvre. On dit, il dit luimême, dans la préface de l* Oiseau^ qu'il ne les a pas faits tout seul. Il s'était remarié, et, dans la compagne qu'il avait choisie, il avait trouvé à la fois une femme, un ami et un collaborateur. Elle-même a fourni, depuis la mort de son mari, la preuve éclatante qu'elle était digne de ce dernier litre. Nous savons, par elle et par lui, que le bonheur intérieur, qui a été refusé à son enfance et à son âge mûr, a été prodigué à sa vieillesse. Dans cette sérénité de Tâme enfin retrouvée, il voulut communier avec la nature, et y puiser une nouvelle vie et une nouvelle jeunesse. 11 allait d'étonnements en

étonnements, et de découvertes en découvertes, avec une joie et un ravissement qu'il fait partager à ses lecteurs. On ne sait comment appeler ces livres; si ce sont de petits traités d'histoire naturelle, ou les mémoires intimes d'un ami de la nature, ou des effusions poétiques dont la nature est le prétexte et Tobjet. Lui-même, il ne trouve pas de nom à leur donner. Dans la préface de l'Oiseau^ parlant de son livre, il l'appelle « un livre quelconque » . C'est que ces livres n'ont pas de précédent : on ne peut les classer ; ce sont « les livres de Michelet ». Depuis Bernardin de Saint-Pierre, avec qui il n'a, d'aiUeurs, aucun point de ressembiance,personne n'avait répandu un tel charme sur les descriptions de la nature. « Quel bonheur le matin, quand les terreurs s'enfuient, que l'ombre disparaît, que le moindre buisson s'éclaire et s'illumine! Quel gazouillement au bord des nids!

C'est comme une félicitation mutuelle de se revoir et de vivre encore. Puis commencent les chants. Du sillon, l'alouette va montant

et chantant, et elle porte jusqu'au ciel la joie de la terre*. » Ce qu'il y a de plus particulier, avec la couleur incomparable, c'est rinfimité de l'auteur avec les bêtes. On peut dire des oiseaux surtout, comme des personnages de son histoire, qu'il les a connus et fréquentés. Je suis bien étonné qu'ayant à parler de saint François d'Assise, il le présente comme un fou*. Le capucin lui a caché le poète. Avant Michelet, je ne trouve que saint François d'Assise qui ait aimé les animaux d'un amour que j'ose appeler fraternel.

Toussenel est autre chose. Celui-là est plus près de La Fontaine; iMichelet est de la même famille que saint François. Ce fut un grand repos pour l'âme, de Michelet, c'en serait un pour les nôtres après cette Histoire de France si tourmentée et cette tragique Histoire de la Révolution^ de s'arrêter au

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