VOiseau
2. l\ dit pourtant (Histoire de France ^ préface de 1869) : « Saint François, un enfant qui ne sait ce qu'il dil et n*en parle que mieux. » Une note juste.
milieu de nos compagnons muets, de nos frères inférieurs, et d'adorer Dieu dans le monde de Finstinct après avoir tremblé devant lui dans le monde de la liberté.
Je ne sais s'il est permis, en présence de ces derniers chefs-d'œuvre, d'exprimer le regret que Miclielet n'ait pas employé tout son temps à perfectionner son Histoire de France. On peut la préférer telle qu'elle est. Lui-même tenait à lui conserver ses défauts.
Je l'admire trop sincèrement pour ne pas la souhaiter irréprochable. Dans les belles parties bien terminées, il a toutes les qualités de l'historien, qu'on peut résumer ainsi : constater, deviner, coordonner, juger.
Quel malheur que la passion lui ait si souvent bouché les yeux, et qu'emporté par le désir de tout connaître et de tout rctconter, il ait si souvent rêvé ce qu'il aurait pu voir, crayonné ce qu'il aurait pu dessiner, calomnié ce qu'il était capable et digne d'aimer; pensé et senti avec son propre esprit et son propre cœur, au lieu de penser et de sentir,
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comme c'était son droit d'homme de génie, avec l'esprit et le cœur de l'humanité !
Vous allumez votre lanterne pour chercher un homme? En voilà un. C'est un homme assurément, et il se présente lui-même, sans rien déguiser de ce qu'il est, non par humilité comme un chrétien, mais par orgueil comme un philosophe. Le voilà avec ses passions toujours ardentes, toujours implacables, avec ses amours pleins d'emportements et de tendresse, avec son goût pour les minuties et les mièvreries, avec ses éclairs de génie et ses vues profondes, variable et mobile comme une femme avec une volonté virile, effrayant dans ses témérités, caressant dans ses tendresses, à la fois poète et philosophe, religieux et libre penseur, tour à tour brutal pour ses ennemis, plein de douceur et de compassion pour les déshérités et les faibles, un esprit où les contradictions se heurtent perpétuellement sans que sa parfaite bonne foi en soit altérée, avide seulement de vérité, ambitieux seulement de gloire.
pauvre sans daigner y prendre garde, solitaire, ne vivant que pour un cercle étroit, qu'il adore, et pour Thumanité dont il mêle la vie à sa vie, homme complexe s'il en fut, vieux par la science, jeune par le cœur, rêveur comme un Allemand, fin et délié comme un Français, un homme le plus étonnant, le plus étourdissant et, au total, le plus aimable des hommes. Il a bien fait de ne pas écrire ses confessions, ou de les écrire autrement que Rousseau. Rousseau, pour se confesser, raconte l'histoire de Rousseau; et Michelet, pour se confesser, raconte rhistoire de la France.
Michelet est mort à Hyères le 9 février 1874. Voici la phrase de son testament qu'un grand sculpteur* a transcrite sur le marbre de son tombeau : « Que Dieu reçoive mon âme reconnaissante de tant de biens, de tant d'années laborieuses, de tant d'œuvres, de tant d'amitiés. »