SCÈNE IV
MIGNON, seule.
Me voilà seule! (Elle se lève.) Ah! pauvre Mignon! Il s'éloigne sans même retourner la tête de ton côté... Il n6 pense plus à toi... Il t'oublie déjà pour cette Philinel (Après un silence.) Eh bien ! que 't'importe ! n'es-tu pas sûre de son amitié? n'a-t-il pas comblé tous tes vœux en te permettant de le suivre et de le servir?... De quoi te plains-tu, ingrate? Pourquoi pleures-tu? (Essuyant vivement ses yeux.) Non! nonl
ce n'est rien ! c'est passé! je ne pleure plus! je suis heureuse. (Elle va et vient dans le boudoir, examinant curieusement les meubles et les tentures.) Comme c'est beau ici ! ... je n'ai jamais rien vu de pareil !... nr.n/ jamais!... Si ce n'est en rêve peut-être... Ces meubles dorés, ces tentures de soie.,, ces miroirs étincelants!... (s'approchant de la toilette.) C'est là qu'elle était assise tout à l'heure pendant que Meister se penchait à son oreille, pour lui dire... ce que tant d'autres iui disent chaque jour... ce que son miroir lui dit plus souvent encore! Et moi, du fond de mon fauteuil, j'écoutais! je fermais les yeux et j'écoutais! Je voulais dormir... et je ne pouvais pas!... C'est mal, je le sais, mais je ne pouvais pas!... Pardonne-moi, cher maître!.., (s'as'seyant devant la toilette.) Voici les bouquets et les billets galants de tous ses amoureux... Voici le fard dont elle couvre ses joues... la
poudre dont elle parfume ses cheveux. . . (Essayant de se farder.) Si j'essayais de me farder aussi!... Ah! ma pâleur disparaît déjà! mes yeux sont plus brillants!...
Elle "l't et chante.
Il était un pauvre enfant, Un pauvre enfant de Bohême, iu regard triste, au front blême—
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be regardant dans le miroir.
Ah! ah ! la follô histoire! en vain je m'en défend! Je ïï)'^ trouve bien mieux! je ne suis plus la même Ta la, ralla !
Tala, ralla!
Est-ce bien Mignon que voilai Un beau jour, tout triomphait.
Tout fier de son stratagème, Pour plaire au maître qu'il aime...
Se regardant de nouveau en rian*.
Ah! ah! la folle histoire ! En vain je m'en défend! Je me trouve bien mieux, je ne suis plus la même, Ta la ralla !
Ta la ralla!
Est-ce bien Mignon que voilà?
Non, je ne me reconnais plus!... Ah! l'heureuse Philinel... Je comprends qu'on la trouve belle!.., c'est avec tout cela qu'elle plaît. (Allant ouvrir la porte du cabinet.) N'estce point là qu'on a rangé ses robes? (Elle regarde curieusement
dans le cabinet.) Oui!... Eh bien! je suis seule ! Personne ne peut rae voir... Quelle folle idée me traverse l'esprit?,.. Quel démon me tente?... ^ £%câ/^
Elle entre dans le cabinet. La fenêtre s'ouvre brusquement. Fré-* dérick paraît sur le balcon. d^CA^ L^C/L/t^oLc^yx