‹ Mil neuf cent quatorze-mil neuf cent seize - poésiesChapitre 6 sur 32 · SALUT AUX BRAVES · texte numérisé non relu

SALUT AUX BRAVES

> ont dit, fous de haine et d'orgueil : « Nous allons Enfin fouler leur sol avec nos lourds talons ! Notre aigle va couvrir de sa vaste envergure Ce clair Paris dont la beauté nous fait injure Et laissera tomber, de ses ailes, sur lui, Une ombre de stupeur, de désastre et de nuit. L'heure que nous guettons depuis quarante années Sonne au cadran d'airain des noires destinées :

« Vaincus, tendez vos mains; vaincus, courbez vos cous

« Debout, fils d'Attila, car la France est à nous;

« Et que, percée au cœur, on la prenne à la gorge 1 1

a N'entends-tu pas déjà les chaînes qu'on te forge ? I

« Déjà saigne ta chair et déjà dans ton sang, j

« Dans le plus héroïque et le plus innocent,

« Nous avons largement lavé nos mains brutales.

« Voici crouler tes forts avec tes cathédrales

« Et le fer et le feu ravagent tes cités,

a Et bientôt passera sur tes champs dévastés

« Le galop triomphal de nos hordes guerrières,

a Et rien ne restera de toi, même les pierres ! »

Mais tandis que montait au ciel, avec fureur,

La sinistre, farouche et barbare clameur,

S'élevait, en réponse à cette voix haineuse,

La chanson d'Aisne-et-Marne au chant de Sambre-et-Meuse

Salut, héros ! Et toi qu'un autre destin penche

A l'heure des combats sur cette feuille blanche,

Est-ce ta faute, hélas ! d'avoir longtemps vécu

Et d'être, lorsque l'an héroïque est venu,

Parmi ceux dont les mains tristement désarmées

Ne peuvent plus se joindre au g-este des armées ?

Résigne-toi. Du sol envahi des aïeux

Se lèvent par milliers ses enfants glorieux.

Ils viennent te venger, ô France, et te défendre !

La terre où sont nos morts sera douce à leur cendre.

Leur pas sonne comme le pas des conquérants. Admire-les. Salue au passage leurs rangs, Toi qui restes, mêlant ton âme avec leurs âmes. De ton ardeur éteinte ils sont les jeunes flammes, Ceux-là qui vont mourir ou vaincre, avec orgueil I Il est trop tard. Demeure à présent sur le seuil. Mais au moins, que ta main sur cette page blanche Inscrive les exploits de la grande revanche En écoutant le bruit de gloire, à l'horizon. Qui vient à nous avec la rumeur du canon, Et que ton sang réponde en ta veine vieillie A chaque battement du cœur de la Patrie !

Septembre 1914.

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