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CHAPITRE PREMIER

Milan ville d'art : I.e lieu. L'histoire. Les restes dr l'antiquitt- romaine. Colonnes et église de Saint-Laurent. — Le moyen âge. Saint-. \mbroise. Saint-Babvias. Saint- Celse. L'église du Saint-Sépulcre.

Combien de voyageurs venus en Italie pour chercher l'art, combien d'artistes, même, sont descendus à Milan par les portes magnifiques des Alpes, ont fait halte dans l'antique métropole lombarde, et sont repartis sans l'avoir vue? Est-ce l'âpre cité moderne, grondante de vie industrielle, grosse de révolutions et de labeur, qui éblouit le passant et lui cache la ville d'art ? I''st-il si fortement convenu, de j^ar le monde, qu'à Milan,

rien n'est « à voir » que le Dôme et le musée public ? L'attrait de villes que l'on croit plus italiennes, de climats plus doux et moins familiers, entraine-t-il les nouveau venus ? Toujours est-il qu'on passe beaucoup à Milan, et que l'on n')- séjourne guère, qu'on 3' étudie moins encore.

Elle est bien riche, cependant, elle est opulente en chefs-d'œuA-re des siècles, cette ville où la vie persiste, augmente, afflue encore. Et c'est, pour qui sait l'habiter, un de ses puissants sortilèges, que de trouver mille reliques splendides, parmi le tumulte ou près des combats contemporains. Il ne faut pas courir tout de suite aux cités mortes ou mourantes, comme l'Italie en possède tant, parmi ses montagnes du centre ou ses plaines du sud. La triomphale entrée du Tessin ou des lacs nous mène d'abord à J\Iilan, et nous y devons chercher cet accord de la vie présente et de la beauté passée, qui accroît la saveur de l'une et le mirage, aussi, de l'autre.

Pour une ville d'Italie. ,^lilan n'a pas une origine fort ancienne. Ce qui serait, dans nos paA's barbares, une antiquité reculée, n'est rien ici. Une ville française s'enorgueillit de remonter aux Romains, une ville italienne qui n'est point étrusque, ou tout au moins grecque, date d'hier; et cela rapproche encore 3lilan de nos cités, qui lui ressemblent tant d'ailleurs.

Une phrase de Tite-Live, qui rapporte à un présage la fondation de Milan, c'est, disent ceux qui savent ces choses, ou les croient savoir, le titre le plus ancien de cette cité moderne. Faite pour dérouter toutes les infaillibles lois des géographes, qui érigent en règle les faits accomplis, la ville se fonde, au milieu d'une plaine incommode, loin de l'Adda, loin du ïessin, loin du Lambro, sans fleuve, ni rivière, ni sources: mais quoi, les dieux l'avaient voulu ! Et tout de suite, des désastres fondent sur elle, s'accumulent de siècle en siècle, en cette Lombardie, éternel champ clos des nations, où saint Ambroise, gémissant sur les cités émiliennes, vovait « tant de cadavres de villes à demi détruites ». Elle renaît, pourtant, celle que les Germains appellent la « terre de Mai », MayJanJ, elle grandit, portique insigne et triomphal de l'Italie, sur ces champs fameux de Virgile,

Kevctus d'un plus large éther Et d'une lumière pourprée.

Barberousse. après Attila, vient la détruire ; les maisons, les édifices sont rasés? EUe se redresse.

-Mais on comprend qu'après l'assaut répété des Barbares, elle n'est

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plus la ville célébrée par Ausone, en un manuscrit que l'on garde à la bibliothèque de Pavie : ou retrouver» le cirque, et le théâtre enfermé dans sa masse »? c[ui relèvera les vestiges des « temples, des palais aux arcades hautaines, de l'opulente .Monnaie »? qui reverra jamais « les péristyles tout ornés de statues en marbre ? »

Les seuls marbres antiques dont .Milan se pare encore, c'est la colon-

^■ue de l.i b.uiliiHK' Je S.iint-Ambroise.

natle superbe qui flanque une rue de faubourg, seize colonnes de pur style, et d'une matière admirable. Restes de Thermes, dédiés peut-être à Hercule, ces fûts de neuf mètres, aux cannelures élégantes, aux chapiteaux encore nobles sous leurs mutilations, apparaissent sur la poussière ou la boue de la voie foulée par les plus vils passants, comme une vision merveilleuse. Les restaurations même, ni celle de 1505, ni celle de 181 1, n'ont pu leur nuire 11 est curieux d'y voir fixée, sur la première colonne en venant de la ville, une ])ierre dédicatoire à Lucius Aurelius Verus. sans doute scellée par liasard dans rc monument. On croit que ces beaux mar-

bres viennent des carrières anciennes d'Oligiasra ou Ogliasca} sur le lac de Côme, entre Bellano et Piona.

Ces colonnes forment un digne péristyle à la vieille église de Saint- Laurent. Et celle-ci, malgré les retouches malencontreuses que le XYI*^ siècle lui iit subir, est digne de l'amour que lui portait Julien de Saint- Gallo, de l'honneur que Léonard de Vinci lui faisait en la dessinant dans ses études ; n'a-t-elle pas, aussi, mérité d'inspirer Bramante et ses disciples? Le dôme de Pavie, le premier projet pour Saint-Pierre de Rome, voilà encore les plans que suggéra l'antique église milanaise. L'exèdre

Clkhé de lAuleur.

Cour de Saint-Ambroise.

est d'un caractère puissant, et Saint- Vital de Ravenne serait à peine égal à cette double ligne de colonnes enlevées et superposées dans l'air avec une miraculeuse harmonie.

Arrachée au culte profane par ce grand saint Ambroise dont la main se trouve partout à -Milan, elle fut peut-être, en un siècle voisin, remise au.K mains d'un architecte byzantin, de ceux qui travaillaient à Ravenne durant l'exarchat. La vigoureuse empreinte de cet art singulier s'accorda, par la suite, avec les travaux entrepris parles maîtres lombards. Rien ne cadre mieux avec l'âpre splendeur du byzantinisme, et n'en dérive avec moins d'effort, que le style lombard d'époque romane.

La perspective d'un pareil monument est incomparable. Et l'intérieur d'une telle église est empreint d'une majesté qui survit à l'écroulement partiel de 1104, aux incendies de 1124, à la reconstruction de 1573. La

grande salle romaine, où le b3'zantinisme ajouta ses exèdres octogonales, les chapelles à mosaïques, les sarcophages, les encadrements à l'antique, forment un ensemble qui laisse une impression d'étrange force, etc'estlà, pour un pèlerin qui veut entrer dans l'Italie et la comprendre, une révélation du sortilège spécial aux grandes œuvres italiennes, à ces monuments composites, où le mélange même des siècles et des styles empreint une saveur puissante.

Il faut sortir de l'église, après avoir levé la tète afin de voir quelle coupole pouvait placer sur un édifice pareil un architecte du xvi° siècle, quand il était de deuxième ordre; et l'on découvrira, d'abord, de la cour, deux des tours lombardes qui flanquent l'édifice ; puis, en tournant sur la place de la Vetra, (platea vêtus), on aperçoit les deux autres tours, dont la moins ruinée fait clocher. On a coutume de gémir, dans les livres d'art, sur l'état d'inachèvement ou de délabrement où sont les églises antiques : elles n'en sont pourtant que plus augustes et plus belles, et la façade, à Saint-Laurent de Milan comme à Saint-Laurent de Florence, conserve une beauté plus fruste et plus poignante, les tours

et les vestiges de cloîtres sont autrement dignes d'estime que si quelque honteux charlatan moderne ou contemporain leur avait fait subir les ridicules ornements qui déshonorent tant d'églises milanaises, les bas placages qui se sont collés, à Llorcnce, sur les augustes basiliques, sur Sainte-Croix, sur Sainte-.Marie-de-la-Fleur.

C'est encore une décoration byzantine, pareille à celles de Ravenne, qui distingue, entre les chapelles de Saint-Laurent, la chapelle octogonale dédiée à saint Aquilin. Les mosaïques, du V ou Vl" siècle, représentent, l'une le Christ au milieu des Apôtres ; l'autre, fâcheusement Restaurée, l'Annonciation des bergers ; on doit déplorer que le plus intéressant des deux sujets soit justement celui qui a tenté la piteuse audace des refaiseurs officiels. Pour mieux marquer encore les liens qui rattachent Saint- Laurent aux merveilleux édifices de Ravenne, le nom de Gallia Placidia

Cliché de lAuleui-,

Cliapite^iu du cloitre à Saint-Ambroise

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se prononce, ici : sans grande vraisemblance, au reste, mais assez pour faire passer, dans la mystérieuse église de Milan, l'ombre étrange de cette femme, de cette princesse, de cette impératrice, qui, née de Théodose le Grand, épouse d'IIonorius, prisonnière, reine à vingt ans, mariée à un autre vain(|ueur. chassée, remise sur le trône par son fils Valentinien, fut durant plusieurs années le soutien de l'Empire emporté dans une tourmente.

Il va sans dire que le beau sarcophage en marbre blanc, de la basse époque romaine, où l'on voit le monogramme du Christ répété sur les deux côtés, en anse de panier, n'a pas été seulement attribué au roi des Goths, Astaulph ou Ataulph, premier mari de Gallia Placidia. On en a voulu faire celui de l'impératrice elle-même ; mais une légende plus belle la montrait à Ravenne, assise au fond de son grand sarcophage, sur un trône en bois de cj'près, idole parles ornements et les bijoux, impératrice par le palliiim et les insignes. Et c'est là qu'un enfant l'aurait brûlée, en poussant un cierge à travers la fente du tombeau, pourvoir Gallia Placidia dans sa gloire sépulcrale. Or, entre les légendes, la vraie et solide critique est de choisir la plus jolie ou la plus belle. C'est donc Ravenne qui gardera les cendres de l'impératrice bjzantine.

T.a grâce n'est point absente de cette église ; elle possède, à l'entrée qui joint cette chapelle à la grande nef, une porte sans doute antique, où la fantaisie la plus riche, la plus heureuse, entrelaça sur un encadrement fouillé par le ciseau d'un maître les coquilles et les dauphins, les oiseaux, les bêtes de blason, et les feuillages à volutes qui forment pieds-droits. On voit naître, dans ce cadre féerique et souple, cet art de la décoration sculpturale que pousseront si loin les Rodari,lesOmodeo, Briosco, Solari, tant d'autres Lombards, dont la main joyeuse et féconde a tressé d'opulentes couronnes et des guirlandes merveilleuses aux portes d'églises, de sacristies, de tabernacles.

Tandis que Saint-Laurent, plus antique par l'origine et par le plan, n'est cependant qu'un composé d'âges divers dont les éléments essentiels sont en grande partie modernes, la plus noble et la plus complète des églises romanes est Saint-Ambroise.

Le nom même de cette église et le lieu où elle est placée en augmenteraient le prestige et l'attrait. Le plus profane d'entre nous ne peut voir écrit ce nom de saint Ambroise sans revenir aux pages des Confessions où saint Augustin a tracé, dans leur simplicité divine, les souvenirs du grand archevêque, leur commune amitié, leur vie militante et mystique à .^lilan, les enseignements et comme les gestes augustes du pasteur aimé.

La dignité presque souveraine du Vicariat d'Italie, alors rival élu Vicariat romain, était accrue encore par le relief que lui imposait la personne d'Ambroise, et son autorité de métropolitain s'exerçait, le seuil même de cette église en témoigne, jusque sur des empereurs, comme Théodose le Grand.

Portail de S.iiiit-Ainbroise.

C'est dans cette cité de son épiscopat que saint Ambroise accueillait, en l'an 384, le professeur de rhétorique Augustin, envoyé par Symmaque, et c'est ici qu'il le gagnait à la foi nouvelle. « Il me reçut, dit Augustin au livre VII de ses mémoires, comme un père, cet homme de Dieu, et il se r('jouit de ma venue avec un amour pastoral. Et moi, je l'aimai tout d'ahoril, non C(jmme un maître en la vérité ^que je désespérais alors,

lo MILAN

Seigneur, de trouver dans ton église', mais comme un homme qui me voulait du bien. »

L'art nest pas seulement fait de marbre, de pierre, ou de bronze, de statues ou de mosaïques, de peintures ou d'orfèvreries ; si l'on écartait la mémoire de ceux qui vécurent ici, puissants par leur force morale jusqu'à créer d'autres apôtres, jusqu'à faire sortir de terre les basiliques pour couvrir leur propre tombeau, jusqu'à faire incliner les empereurs devant leur geste, il semble bien que l'art lui-même perdrait beaucoup de son honneur, et la moitié de sa vertu.

Quelles que soient les origines de cette insigne basilique, l'édifice que nous avons devant les yeux au siècle présent remonte, peut-être, dans sa plus ancienne partie, celle de l'abside, à la fin du Vlli'' siècle environ, relais c'est, dit-on, au ix' siècle, avec les deux grands archevêques Angilbert II (824-835) et Anspert de Biassono (868-882) que l'église actuelle se complète et s'enrichit ; l'un donne le magnifique autel à quatre faces, véritable châsse d'orfèvrerie, de pierreries et d'émaux ; l'autre, élève cet atrium qui précède le temple, et qui imprime à l'entrée de cette basilique un caractère si puissant.

On voudrait croire que c'est dans une pareille enceinte, à l'ancienne basilique Fausta, nommée, depuis, Saint-Victor !)i ciel doro. et puis Saint-Satire, lorsque saint Ambroise y eut déposé les dépouilles mortelles de son frère, on voudrait penser que c'est dans une telle cour que Théodose, rebelle aux injonctions de l'évêque, osa venir chercher les .Sacrements après avoir fait égorger les sept mille habitants de Thessalonique ; mais, si l'on ignore le lieu de la rencontre, il est permis, au moment où l'on va franchir le seuil, à Saint-Ambroise, d'évoquer cette scène illustre, où le prélat, sans autre force que le prestige de sa vertu morale, arrêta l'empereur en lui disant: « Homme, encore tout ruisselant du sang des victimes innocentes, as-tu donc le front d'apporter la profanation dans le sanctuaire, oses-tu venir étaler ton crime impuni dans le temple du Dieu de justice, de mansuétude et de paix ? »

Et puisqu'aussi bien la tradition milanaise veut que cette église soit édifiée sur la place et le plan même de celle ou saint Ambroise baptisait saint Augustin, en 387. et, deux ans après, repoussait Théodose, il convient peut-être d'accepter une fable qui accroît encore la richesse de cette mystérieuse église.

Pour trouver ce monument, auquel .Michelet aurait \m décerner le même éloge d'admiration qu'il donnait à la cathédrale de Coire « comble, du trésor des siècles », il faut gagner les plus dépeuplés des

quartiers, ceux où se cache le plus morne des édifices, un hôpital militaire, bâti par l'école de Bramante, il est vrai. Et l'antique église est bien là, reculée du siècle, au milieu des places grisâtres, près de la pauvreté, tout contre la souffrance et le passif esclavage, à demi enfouie par les amas du sol mouvant, sous ces alluvions funestes que les villes accu-

Chaire de Saint- Ambroise.

mulent, sous la poussière et la Ijoue qui font aux cités italiennes une ceinture indestructible.

Le terrain s'est élevé d'âge en âge ; il faut descendre, pour entrer à .Saint-Ambroise, l'atrium est plus bas de sept degrés. Après l'impression d'àpreté que donne un portail en briques rêches, d'une belle couleur passée, vermiculé parles années, et fait de cinq fortes arcades, dont une seule reste à jour, on réjouit son regard, à découvrir le motif de l'ornementation qui court sur la iloublc arcliivolte. C'est la feuille de l'olivier, en profils d'une hardiesse ingénue, d'une grâce exquise, et sur les matériaux d'aspect le'plus rude, cette tresse de clair feuillage est d'un inex-

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primable charme. Quel mailre — ou quel petit-maître — écrivait, dans un jour d'aberration plus profonde : « l'olivier au triste feuillage ? » O couronne de la Provence et de l'Italie, oliviers du Comtat ou de la Toscane, s'était-il jamais reposé, libre d'ambitions littéraires, sous vos ramures frissonnantes de vrai soleil, avait-il vu, ce prétendu pèlerin des cités mortes, vos palmes printanières se rebrousser au jour brillant de Fiesole ou de Settignano. par un beau matin de tramontane ? Qu'il vienne ici, puisque sans doute la nature lui est invisible: et, s'il prétend connaître l'art, qu'il comprenne votre beauté devant ces sculptures romanes, dont vous avez fait un chef-d'œuvre.

Descendons les sept gradins, entre les inscriptions du xi" siècle, entrons dans la tombe des siècles morts. Bien qu'on attribue en haut lieu ce portique au xiT siècle, des savants inspirés par le terroir, exacts et probes, et point allemands, y veulent reconnaître l'œuvre du ix" siècle. Les artistes, sans réfléchir à ces problèmes inutiles, vont tout de suite aux chapiteaux des colonnes; jamais, ni en Auvergne même, ni dans ce cloître d'Elne. qui est la fleur des plages catalanes, on ne verra plus riche trésor; les feuillages et les fruits, les nœuds et les tresses, le bestiaire avec ses monstres et la science avec ses figures exactes, tout ce que la flore et la faune réelle inspirent d'ornements, tout ce que le rêve confus et grandiose des vieux siècles accumule de cauchemars ou de visions fantastiques, grouille, rampe, s'entrelace, menace, se tord, ou vient former, tout à côté, les formes sveltes, les figures calmes et pures, les ordonnances les plus fines, les plus parfaites d'élégance.

Les colonnes sont un musée, et les murailles delà cour sont un autre musée encore. Comme au Bargello de Florence, comme à San 31arco. sous le cloître de Savonarole, et comme aussi dans le Castello milanais, on a placé sous ces arcades tout ce qui fait parler l'histoire de l'église, ce que la pioche et le pic, depuis un siècle, ont retrouvé sous le dallage c^ue l'on refaisait. Débris pa'iens, sculptures de la décadence romaine^ tombeaux du moyen âge. où Dante plaçait ses damnés, écussons de la Renaissance, tout s'est incrusté sur les murs de la colonnade.

L'un des clochers est curieux par le traitement inattendu que lui aurait fait subir un gouverneur espagnol au xvr siècle. Ce Gonzague ayant découvert qu'il dominait les tours du château de .Milan, ordonna, dit la légende, que ce clocher trop hardi fut découronné sur le chami). et le malheureux campanile fut tronqué, de peur qu'un jour les ennemis ne vinssent à jeter de là-haut quelque feu grégeois, ou bien à battre le château avec quelques coulevrines mises en batterie. La vérité, plus

prosaïque, est qu'il demeura toujours inachevé à cause des luttes entre les moines et les chanoines.

La prestigieuse ornementation de l'atrium se retrouve dans le narthex de l'église même, avec moins de perfection peut-être, mais, ici, elle nous conserve le signe et le nom du vieil architecte qui l'élabora : c'est, panni l'opulente décoration de la grand'porte, aux piliers dont les pieds-droits portent la croix abbatiale, c'est l'image du « mètre » même qui servait

Mosaïque du chœur à Saint-Ambroise.

à l'artiste, et c'est son nom : Adam iiiagistrr, maistre Adam, tracé à rebours sur le haut de la deuxième colonnette à gauche de la porte. Rien n'est plus touchant que de voir l'instrument primitif, ainsi figuré dans l'œuvre qu'il dirigea, et celte signature modeste au milieu de ce grand ouvrage.

Il reste c[uelques débris des anciens battants en bois de cyprès ; surtout, on a conservé les marteaux de bronze, deux têtes de lionne avec les anneaux dans la gueule, admira1)le fonte du ix'= siècle, qui peuvent affronter la comparaison avec les tètes analogues qui ornent notre Saint-Julien de Brioude.

A gauche du portail, le XV^ siècle a laissé le lomljeau de Pierre-Can-

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