L.1 place Cavour et les jardins publics
II ne sied point d'éiiuinérer ce qui est commun à cette collection et à toutes les autres, les porcelaines, les dentelles, les étoffes d'âge et de prix. Pas plus que je ne chercherai, dans les collections ouvertes comme celle des Borromée, où rien n'est de tout premier ordre, ni dans les maisons plus fermées, où plusieurs œuvres sont très belles, ce que l'on pourrait découvrir en mainte cité d'Italie ou d'I-lurope. en liien plus grand nombre et en meilleure qualité souvent.
Il reste à dire une dernière beauté de Milan : c'est la molle suavité de son climat dans certains mois, l'éclat tempéré de son ciel, et le charme de ses jardins. Il semble que l'éclat des neiges réverbéré sur l'horizon,
la splendeur des Alpes augustes, la molle fraîcheur des grands lacs montagnards donne à la puissante cité, malgré rignoble fumée des usines, ces teintes de perle que des villes privilégiées conservent, en dépit de tout, comme on voit Paris à certains jours. Le coloris du ciel, la beauté des nuées, cela fait aussi qu'une ville est, ou non, une « ville d'art » ;■ c'est ainsi que Londres, Turin, les villes de Suisse et beaucoup de villes allemandes sont des lieux où les iVlusées sont riches entre tous, les édifices curieux souvent, l'art dispersé par places et catalogué par fragments admirables. Mais l'atmosphère manque, et Milan, et Madrid, et Paris, et Florence, et Rome, ou même une obscure bourgade d'Ile-de-France ou d'Ombrie sont « villes d'art », alors que les autres sont simplement des \illes grandes, ou riches, ou curieuses.
Et puis, outre le joli coin des jardins publics, 3lilan garde encore derrière ses hautes façades, au milieu de ses colonnades intérieures, dans les maisons privées, le charme des jardins et des cours plantées de magnolias épanouis, de plantes foisonnantes, ou d'arbustes rares, et cela nous laisse évoquer Stendhal, et l'amour qui lui fit 'graver sur son tombeau « milanese ».
Un homme d'esprit moderne aimera dans Milan la vie bruissante, la force i[ui faisait édifier les galeries énormes, les statues emphatiques, tout un ensemble de décor qui devient ridicule si une autre ville, comme Florence, le veut emprunter, mais qui sied à la cité vivante, industrielle, entourée d'armées prolétaires et de menaçantes usines. Et le même homme, étant artiste, promènera sa rêverie, la journée faite, mais non point au cimetière gigantesque, ni dans les boulevards nouveaux : il cherchera, pour reposer ses yeux fatigués par l'étude aux églises et aux J^lusées, la cime du Dôme ou parvient le reflet du mont Rose, et l'haleine de la Brianza, ou bien quelque place tranquille frôlée par les eaux d'un canal, ou même une cour de palais où frémissent de larges verdures. Et peut-être qu'il saura mieux, au retour de sa promenade, pourquoi le subtil analyste de Lain/el avait voulu que l'on inscrivît sous son nom: « Il fut de Milan. Alilancsc. »
Les Arènes.