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Partie de la açade, à l'Hôpital Majeur

au beau st3de des Lombards, leur prit leurs teintes pittcjresques, et l'édifice se développa, sous sa main comme sous leur main, avec ses broderies de pourpre, ses trois et quatre franges de décor à chaque fenêtre, les figures en ronde-bosse qui surmontent chacune des ogives et s'encastrent si simplement au milieu des fruits qui roulent, des enfants qui jouent, des volutes et des rinceau.x, des oves et des gaufrures où s'épanouit librement l'art, le mieux réglé dans .sa fougue et le plus varié dans sa méthode, que la décoration ait jamais connu.

Ouand un ('■difirc jiareil dével()p])e une façade de quatre cent cinquante

mètres, on peut penser que plusieurs architectes s'y succédèrent; et c'est après Filarete, Guiniforte Solari, qui continue à couvrir les dix mille mètres carrés que donnait la munificence du quatrième duc de .^lilnn, i)remier des Sforza, François, et de sa femme Béatrice Visconti.

La perle du lieu, ce sont les archivoltes, et les baies mêmes des fenêtres, divisées par une colonnette qui est un chef-d'œuvre de goût. Il y a là une cinquantaine, à peu près, de ces charmantes fenêtres, dont une seule ferait la gloire d'un musée. C'est ce bel art ornemental, fier, large, sans équivoque ni minutie, que des Florentins apportèrent peut-être, que Bramante inspirait après Brunelleschi, mais qui trouvait dans les maîtres lombards les plus originaux et les plus heureux des disciples. Enfin, l'histoire, sous sa forme la plus tragique, est à deux pas : c'est dans l'église Saint-Etienne, située au nord de l'hôpital, et dont l'atrium fut malheureusement détruit, que la Renaissance classique inspira, fit exécuter un de ses plus beaux meurtres. C'est dans cet atrium, aujourd'hui ruiné, que le duc Jean-Galéas Sforza tombait, le 26 décembre 1476, sous le poignard de Jean-André Lampugnano, de Jérôme Olgiati et de Charles Visconti. Les présages n'avaient pas manqué à cet événement funeste : une comète avait brillé dans le ciel, sur Abbiategrasso, pendant que le prince y séjournait, le feu s'était mis à sa chambre, et sur le chemin de Milan, trois corbeaux avaient traversé l'air au-dessus de sa tête, en croassant ; Jean-Galéas avait arrêté son cheval, et la main sur l'arçon, avait failli tourner bride; mais il avait voulu braver les pressentiments. Et la fête de Noël venait de passer avec l'appareil ordinaire, le duc avait énuméré les membres de la famille Sforza, compté les branches de ce tronc si touffu, nommé ses dix-huit enfants, tous si jeunes, et prédit que la race durerait des siècles ; elle s'éteignit au début du siècle suivant. Le jour de Saint-Etienne, Jean-Galéas vint à cheval dans l'église collégiale, il y devait ouïr la messe, avec toute sa cour. Les trois jeunes gens, conjurés pour sa mort, et dont l'âme avait été formée à l'antique par les leçons de l'humaniste Colas Montano, s'approchèrent comme pour tenir l'étrier et repousser la foule ; deux d'entre eux, Lampugnano et Olgiati, faisaient partie de la cour; le premier frappa d'abord, au ventre, puis à la gorge, le deuxième enfonça le fer dans le sein gauche, dans la gorge, dans la tempe, tandis que Charles Visconti blessait le duc à l'échiné et à l'épaule. Jean-Galéas n'eut que le temps de s'écrier : « Oh 1 Notre-Dame », et il tomba mort sur la place. Le serment, que les conjurés, imitateurs de Brutus, anciens soldats du CoUeone, avaient prononcé devant la statue de saint Ambroise, était tenu superbement. Ce meurtre, fait selon les règles anti-

ques, demeura classique pendant la Renaissance. Sobre et beau, ce fut un exemple qui en inspira nombre d'autres; par là, digne de prendre place entre les œuvres d'art, dans la cité qu'il prétendait libérer, et dont les chroniques anciennes le racontent, vaine anecdote, effort à jamais

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Une fenêtre de la façade, à l'Hopit-il M.i

inutile contre la force des tyrans et contre l'inertie ou la servilité du peuple.

Milan, qui a glorieusement fait relever son Castello par un architecte que toute cité lui envie, devrait, opulente et hardie, désaffecter cet hôpital, qui est un objet d'art, dans un temps ou l'intérêt même des malades exige autre chose; un hôpital qui sert depuis les Sforza devrait, après un

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vigcjureux nett03-ag"e, devenir un Musée, et les services hospitaliers habiter des maisons en briques neuves, en verre et en ciment, placées hors de la ville, dans les espaces qui entourent Milan. La cité pourrait faire, de l'édifice merveilleux qui n'est plus propre à autre chose, un abri pour des collections, un asile pour des savants, y mettre, entre ces murs bâtis de chefs-d'œuvre, des œuvres d'art, ou des laboratoires. Mais un hôpital construit par Filarete, dès 1456, et qui reste hôpital, est une bravade au bon sens, k l'hvo-iène et au respect de l'art.

Heraclite et Démocrite, fresque de Bramante.

L'hôpital militaire, lui, simple annexe de .Saint-Ambroise, date de trente années plus tard que l'Hôpital .^lajeiir, et son cloître, l'ancien cloître de l'église, est de l'école bramantesque.

C'est avec Bramante, en effet, que la Renaissance a conquis pleinement Milan. Et Donato d'Angelo, d'Urbin, surnommé le Bramante, en restant près de trente années, durant la période de sa production la plus féconde, au service des ducs de ^Milan, a mis sur l'art de la Lombardie à cette époque une si magnifique empreinte, qu'on a pu dire avec raison, dans un livre sobre d'éloges : « Il est naturel que la première Renaissance en Lombardie ait pris le nom de st3'le bramantesque. »

Architecte, peintre, poète et savoureux poète à la Villon, tel que l'a révélé la publication de ses sonnets, Bramante est peut-être l'artiste le

plus curieux à connaître que nous ait montré cette fin du xv'' siècle, si riche, dans les pavs latins. Homme de métier, et sans rival, il se montre un bohème aussi, le plus gai des Ijohêmes, et c'est celui c^u'un poète courtisan célèbre en écri\'ant :

Combien Bramante au monde est homme singulier, Chacun en ce temps-C}- et le v.iit rt l'.'ntcnd,

Cloitre des clunomcs, prcs Saint-Ambroise. p.ir Bramante

mais c"est aussi, l'artiste errant jjour son plaisir sur les chemins de l'Apennin Ligure, etcjui se décrit lui-même en ces termes :

Maître Gaspard; après un long chemin

Par Gênes, et Nice, et Savone,

Par Alba, par Asti, par Aequi, par Tortone,

Et par tant de chiiteaux sur tiui seigneurs ont main,

Me voici, grâce à Dieu, parvenu dans Pavie,

Bien que je sois rôti, sans plus un sol vaillant

Qui sonne dans ma bourse

Mon manteau tombe en lotiue, et pensez à mes guêtres Qui s'en vont de dépit par pièces et morceau.x

]e Ile rrairis les voleurs, et là, tout doucement

Demain, ou l'autre jour, je rejoindrai Milan.

MILAX

Cet homme, qui comparait ses chausses aux figues bien mûres, et ses boutonnières, — vraie comparaison d'architecte, — aux créneaux d'un mur en ruines, ce facétieux qui gaspillait les gros appointements donnés par la cour ducale, il méritait quand même, et largement, les cinq ducats

Chapelle de Sainte -Marie près Saint-Satire.

d'or alloués par mois, qui faisaient deux cent soixante-dix livres par an. ou. pour parler notre langue, cinq mille francs.

Cet esprit bohème apparaît pleinement dans une peinture à fresque, venue au musée de Brera, de la maison Panigarola Prinetti ; cela représente Heraclite et Démocrite, et jamais, depuis le charnier des Innocents jusques à Callot, les maîtres bouffons de notre plastique française, réa-

liste et crue, ne dépasseront ces deux faces, l'une grandiose de burlesque et grasse allégresse, un vrai pourceau de Rabelais ou d'Épicure, et l'autre encore plus absurde en sa grimace pédantesc^ue, larve digne de Dante, ce « comique insigne » comme l'appelaient les vieux commentaires.

Sacristie de Sainie-Marie prés S.iint-Satire, par Bramante.

L'homme qui a peint ces deux faces-là, pour la « salle des Barons », savait et méprisait la vie. Non que sa peinture murale soit d'ordinaire et toujours à cette valeur : des guerriers, qu'il a figurés dans la même collection, montrent l'emphase et la pénible affectation si chères à la Renaissance, mais il y a quelques images délicieuses, le chanteur aux longs cheveux, si charmant qu'on peut croire, après l'avoir vu, à l'attribution des

bustes sculptés dans la sacristie de Santa Maria presso San Satiro, et (lu'on ose les enlever à Caradosso pour les donner à Bramante '.

C'est, en effet, à Santa Maria presso san Satiro que Bramante a montré d'abord ces dons merveilleux qui le firent maître souverain en Lombardie. Il arrivait, élève de ce Lucien de Laurana qui a fait voir, dans le palais d'Urbin. le comble de son art noble et large. Ce Dalmate, inspiré

Parue de la trise à la sacristie de bunite-Marie prés SaiiitSaiire, par Bramante.

par les amphithéâtres antiques de Pola, des villes qui bordent l'Adriatique et dont Venise saccageait déjà les trésors, cet initiateur de Bramante avait donné à son disciple les enseignements d'un style assez pur et d'une conception assez parfaite pour qu'il fût le plus vrai continuateur d'un Philippe Brunelleschi.

Et, pour qui connaît la Toscane, et ce que Brunelleschi et son école a laissé dans Florence et dans les campagnes florentines, rien n'est plus frappant que de voir les colonnades et les ornements apportés ici par Bramante. Kn outre, il a vaillamment annexé à son art complexe les pro-

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