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V. plus bas : le musée de Brera, p. m

cédés de la Lombardie, et s'il n'oublie jamais la chapelle des Pazzi ni la Badia de Fiesole, il accepte et manie en souverain maître la terre cuite et les marbres du pays.

Il ne se refuse point à compléter une église bâtie par d'autres. Voici que l'on veut agrandir l'église de Sainte-Marie près Saint-Satire, et annexer à la vieille chapelle de l'archevêque Anspert un temple digne de l'image miraculeuse, conservée là. Bramante trouve un terrain bloqué par des

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rues, si étranglé que' la place du chœur manque. Il prend un grand parti que l'on imitera plus tard, et trop souvent, sans les mêmes excuses : c'est de simuler en perspective ce qu'il ne pouvait élever réellement.

31ais cette idée, légèrement grotesque, est une peccadille dans la carrière magnifique d'un tel artiste; les coupables sont ceux qui en ont fait ensuite, en des cas où elle devenait inutile, un usage conventionnel et baroque. Bramante a fait à cette église un présent assez pi-écieux pour que celui-là compte seul. C'est une sacristie si belle, que San Spirito de Florence ne pourra montrer mieux, à la même époque. " "

Non seulement Bramante a mis dans ce sombre quartier un décor

extérieur de chapelle qui serait le joyau de toute autre ville, mais, dans cette sacristie à coupole, il a voulu rivaliser avec le triomphant Michelozzo. Cette décoration commence pas des niches en coquille, soutenues par une légère frise qui les raccorde à des piliers où l'imagination plas-

Abside de Sainte-Maric-des-Gràces.

tique d"un art libre et joyeux semble s'être épuisée ; l'école de Desiderio fit aussi bien, mais non pas mieux, à l'Abbaye près de Fiesole. Mais cela n'est rien encore ; là-dessus s'élève une frise, qui court sous l'octogone où s'inscrit et s'appuie la coupole et qui soutient la galerie.

Et cette frise est. composée de tètes en relief, formant médaillons, entourées par une couronne et placées entre deux groupes d'enfants. Toutes ces figures sont d'un effet puissant ; l'une d'elles, un adolescent aux longs

cheveux, est aussi belle que le saint Jean de Luca délia Robbia, à la Chartreuse florentine du Val d'Ema, ou que le saint Ansano de l'église perdue au vieux chemin de Fiesole.

Est-ce ici le lieu de discuter si ces ornements sont de Christophe Foppa dit le Caradosso, ou de Bramante lui-même r Où sont-ils, les textes qui le prouveront, pour l'un ou pour l'autre ? lù d'ailleurs, que nous importe ? Un arti>te n'est point un éruclit : il aime la vérité des faits, c^uand elle se montre, il ne va point courir après, lorsqu'elle se cache, à travers les broussailleuses hrpothèsos des érudits :\h! qu'il vaut mieux admirer

Vestiges de la Cène, par Léonard de Vinci. Réfectoire du couvtni .i Saiiuc-Manc-uci-Liuices.

la grâce de ces enfants, musiciens, danseurs, cueilleurs de fruits, aussi jolis et peut-être plus souples que ceux de Délia Robbia, à l'Œuvre du Dôme florentin, lesquels — l'ombre du pauvre 3Uintz me pardonne 1 — sont plus beaux que ceux de Donatello même.

^Vu-dessus de cette couronne insigne, c'est, entre les arcades de la galerie, une balustrade où les bucranes, les entrelacs^ les dauphins, les enfants affrontés aux vases, forment une dentelle si légère sur le fond sombre, que la matière de l'ouvrage en paraît transformée.

Après cette création, d'un détail si sobre et si riche, Ludovic le More, le dernier des grands Sforza, pouvait lonfier à Bramante l'église Sainte- Marie-des-Gràces, dont il voulait faire le Baulhéon de sa race. Ici, le problème était autre. Il existait une longue église à triple nef, appartenant aux Dominicains: une cha]jelle, auprès du cloître, gardait une image

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miraculeuse, Sainte-Marie-des-Grâces. Léonard songeait à la Cène qu'il peindrait pour le réfectoire. Et Bandello, le nouvelliste, le futur évèque d'Agen, était prieur de ce couvent,

Dans cette sombre église passe l'ombre lamentable de la pauvre duchesse Béatrice d'Kste, femme de Ludovic ; elle y reposera, pour un temps, entre ses deux enfants, Blanche et Léon. Une pierre subsiste dans le petit cloître, où l'on déchiffre encore : « Béatrix. DVX. »

Ludovic le More accumule les trésors en ces murs où reste ce qui fut le meilleur de sa vie. Bramante semble pris lui-même d'une fureur ornementale qui lui fait amasser ici tout ce que peut donner la fougue d'un artiste auquel rien n'est refusé.

Il respecte l'église basse, vestibule sombre et grave de l'œuvre qu'il a conçue ; il veut que cette triple nef lombarde, écrasée et lugubre, amène à ce chœur ravissant, presque emphatique, où les maîtres ornemanistes de la Lombardie accentueront l'art florentin. En même temps qu'Omodeo laisse jouer la fantaisie sur la façade à la Chartreuse de Pavie, Bramante inscrit les colonnades et les coupoles dans les fabriques rectangulaires, les hausse en voûtes arrondies, les flanque d'arcs-boutants, et pendant qu'à l'intérieur l'éternel parti pris des arcatures largement ajourées et des retombées franches et sveltes donne le caractère du génie à l'ouvrage, la joj'euse opulence des décorations extérieures semble montrer qu'un pareil art n'a plus ni règles ni limites que le goût et le bon plaisir du maître.

Le petit cloître et la gracieuse sacristie se greffent sur l'œuvre centrale, comme s"\- pourraient ajouter vingt autres annexes. L'n tel art n'a point de terme fixe. Il va, comme un jeu naturel de forces si drues et si libres, que les chapelles pousseraient sur les chapelles, et les cloîtres contre les cloîtres, comme les fleurs sur les buissons ou les stalactites aux parois des grottes. Si je n'ai point parlé de la Cène, que les tribus d'admirateurs vont vénérer sur un mur moisi dès trois siècles, c'est que « ses ruines même ont péri », pour parler comme la Renaissance. Et comment trouver Léonard dans un ouvrage sali, repeint, trouble, chanci, défiguré comme à plaisir par les hommes et par le temps?

Pour voir Bramante en plein air, triomphant et maître, il faut cliercher auprès de Saint-Ambroise, ainsi que je l'ai dit, la cour splendide d'un horrible lazaret à soldats. C'est là, c'est pour les pires et les plus inutiles des souffrances anti-humaines que l'école de Bramante a montré sa force. Mais lui-même apparaît dans la Canonica, lui seul sans doute a pu dessiner ces piliers à la fière arcature, poser ces chapiteaux de marbre noir, d'une si sévère beauté.

Ornementalion Je socle, façadt; de la Chartreuse.

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