‹ Milianah, épisode des guerres d'Afrique verseChapitre 10 sur 14 · LES MORTS · texte numérisé non relu

LES MORTS

Us sont toujours couchés sur le sol d'agonie. Et le 90ir y descend encore, et Tinsomnie.

C'est riieure où les travaux, chez les peupias heureux, Font {dace aux voluptés, aux spectacles, aux jeux ; Où les élus du monde, exempts de souis moroses, Ne cherchent que plaisirs, festins, chevets de roses. A tous les horizons, il est, en ce moment.

Des hommes dont le cœur s'épanouit gaiment :

Les uns, foule paaefaëe au balcon des théâtres, Loi^iient les pieds hmïïs des danseuses folâtres ; D'autres, en leurs palais, à des banquets sans fin, . Abusent de la soif et provoquent la faim.

Au milieu des cités où tant de luxe abonde, Sur le discret sentier des bois, aux bords de Tonde, Combien d heuieux amants, deiL\ à deux, à loisir, fioivent^ couchés dans Tombre, aux coupes du plaisir ! La niuilesse est partout, le rire, rabondance ; Partout les vins, les fleurs, et l'orchestre et la danse. Et la satiél^ qui demande merci ; Oui, partout le bonheur, et cependant — ici!

Ici la fièvre airdente et qui cherche une couche ; La faim qui s'accroupit, une main dans sa bouche;

Le désespoir, la mort qui frappe à tout moment;

£)'un iuimcnse désastre ici rachèvementi

Ce sohr« sur les créneaux, quelques rares vedettes Interrogent encor les ténèbres muettes.

Sur un homme entrevu montant vers le rempart, tii fusil tout à coup s'iiicliûe — et le coup part. Suspendez, malheureux, votre aveugle défense ! Respect à 1 iiicuiinu, malgré son apparence î Ce n'est pas l'espion qui, par les soirs obscurs. Comme un serpent furtif se glisse au bas des murs ;

Ce n'est pas le bandit, qui, d'une arme cflilce, Vient frapper sur le roc la vedalte isolée; Gardez que d'un bienfait il ne tombe puni :

C'est un libérateur, c'est le bon Martini!... Quoi« celui dont, naguère, un hôte à face noire Vint conter parmi nous la mort facile à croire?... Lui-même 1 11 court, il monte; il dit, tout haletant : J'apporte au colonel un envoi qu'il attend!

— Entre, cher Giacomo! Soldats, ouvrez la porte. Quel est, grand Dieu ! quel est le destin qu*U rapporte ?

Message de salut avec doute accueilli ; L'avenir tout entier repose dans ce pli !

m MILUNAH.

. D'une Ueaiiiiaiitc mai& dUlleûs ouvi'e la page : C'étaient encor les mots de cet obscur langage Où, des seuls conlideuls, le regard attentif Sous des signes menteurs sait lire un sens furtif • L'esprit connue trouble d'une aveugle démence, D'illens vingt fois s'arrête et vingt fois recommence. Est-ce un réved*enfer? L'écrit fallacieux Par ses mille détours trompe ses propres yeux ; U perd, saisit le sens« perd de nouveau sa trace ; Enfin de son cervçau le vertige s'efface :

Le maréchal disait : (( J'apprends en ce moment Les maux que vos soldats ont subis noblement; Ils ont bien mérité des regards de la France. J'admire leurs vertus et je plains leur souffrance. Sous les feux du soleil dès qu'on pourra, passer. De nouveaux baLaillons iront vous remplacer.

Vous me signalerez ceux qui, par leur courage, Ont le mieux parmi vous tenu tête à Torage.

Ils recevront le prix de leurs licureux elforb. )>

— Hélas i pensa d'IUens, couronnes pour des morts I... Des enfants dont le bras défendit ces murailles, La plupart, sous mes yeux, ont eu leurs funérailles ; Et ceux qui vont traînant une vie en lambeaux. Eux-mêmes, chaque jour, apprêtent leurs tombeaux. Si vous comptez venir, pressez votre avant-garde. Pour peu de temps encor que votre zèle tarde, Vous ne trouverez plus, sans tombe et sans linceul, Que le dernier des morts qui vous attendra*seul! —

Martini, cependant, sauveur que l'on acclame, Conniât tous les bonheurs que peut savourer Tàme : Pai iui cris joyeux d*un peuple ranimé, It court à la demeure où languit Tétre aimé.

La fille des tribus ouvre son diaste voile; Pâle, et fixant sur lui son œil, humide étoile :

— Enfin je le retrouve, il vit, il m'aime encor ! Dit-elle, d un accent doux comme un timbre d or. Ahl je le savais bien, que par la destinée Getle extase à mon cœur serait encor donnée; Car j'avais vu souvent, aux heures du sommeil, Un ramier blanc voler dans un beau ciel vermeil. Tous les rêves des nuits ne sont pas des mensonges ! Toi-même, auprès de moi, doux sultan de mes songes. Dans un jardin céleste, écartant les rameaux. Tu passais, — et mon âme oubliait tous ses maux.

Heureux iiijérateui*, prolonge pette ivresse î 11 fait bon de s'asseoir près d'une enchanteresse. De savourer en paix le miel de ses regards, Le jour que l'on revient de courir les hasards.

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