LES TRAVAUX
Sous le ciel aûicaui marLyre mililaire 1 Douleurs qui méritiez les regards de la terre « Exploits inaperçus, silencieux trépas , Dans uu plus long oubli vous ue dormuez pas!
La Gloire est une femme aux caprices injustes : Dans le volume ouvert sur ses genoux augustes,
EUe écht mille fois le nom d'un conquérant, Heureux aventurier que le hasard fit grand ;
Puis, de ces ieuiiies d*or si hautes et si larges,
Elle ne daigne pas laisser même les marges
Aux noms de ces soldats, liéros laJîorieux,
Qui souifrirent longtemps et loin de tous les yeux ;
Qui, de la discipline observateurs austères,
Sanctiiiaient les camps « nomades* monastères.
Et, dans la fleur des jours, sont morts obscurément.
Léguant au monde ingrat quelque beau dévoùmeut.
Mats s*il advient alors qu'aux heures de sa veille
Le puëtc, dont Toeil cherche toute merveille, Trouve, dans quelque pli de volume inconnu.
D'un héroïque fait le récit humble et nu,.
Ck>ntre Toubli du sort en soi-même il s'indigne ,
De rhistoire modesle il déchiffre la ii^iie ,
Et, pour i'offrir au Temps , ce .vengeur souverain ,
Sur le bronze du vers il l'imprime au burin.
Soldats à qui le ciel devrait une auréole ,
Martyrs dont la légende épuise la parole ,
Seuls, au sommet des laoïits , sous les feux de Tété ,
Captifs dans vos créneaux, vous avez supporté
Des maux affreux, des maux dont Tfaistoire émouvante
Semble une fiction qu un noir poète invente.;
Mais qui pourtant sont bien ces réelles douleurs
Que le sort fit pour nous, hommes nés dans les pleui> :
La guerre aux mûns de fer, et la faim sans pâture ,
La fièvre , les fléaux d'une ardente nature.
£t le ravâge immense accompli par le feu.
Et rimmense abandon des hommes et de Dieu !
La Franœ n'a connu qu'à travei^s mille doutes Cette chronique sombré et néfaste entre toutes. Aux plages qu'elle efdeure à peine d'un coup d'œU , Distraite , elle a laissé retomber ce grand deuil. ^ Mi^îs si peUf sous le ciel, que ma voix retentisse, Elle réparera cette longue injustice.
Dans ce siècle bruyant , de vanités si gros , Que tout émeut, hormis le trépas des héros, Où de crédules pieui^ nous arrosons sans honte Tant de malheurs fictifs qu'un romander nous conte , Où l'art des Roscius est seul glorifié , Où Thersite applaudi voit Adiille oublié ,
Ma voix s*élèvera, forçant un auditoire
 recueiUii* ia rude el véridique hiâtoii*e ;
Et nous nous souviendrons, une heure encor du moins.
De ce vaste iiolucauste accompli t^uïs U'iuoiiis!
Sur les bords d'une plaine immense et fortunée.
Et magnifique à voir au matin de l'année, Miiianah, la ville aux mauresques maisons, Plonge d'un haut sommet sa vue aux horizons.
De son faite, elle semble, en sa iière attitude. Garder et commander toute la solitude.
Au-dessus de ses loils, brille prutuiidéiuent L'inaltérable a^^ur de son cbaud firmament.
CHANT PHËMlËa. 19
A ses pied8, elle voit, en riches perspectives,
Fleurir les champs, Jes bois de citrons et d'olives,
£t, sous les rameaux verts, parure du rocher,
Les cascades d'argent à grands flots s'épancher.
Cité qu'uii ancien culte assigne à la prière,
Plus d'un saint marabout lui légua sa poussière ;
Gendre qui, déposée aux caveaux souterrains,
Attire incessaniineat de pieux pèlerins.
Le promeneur, perdu dans les roches voisines,
Y tuuie à chaque pas d'historiques ruines;
11 aime à vous compter, vieilles tours, vieux tombeaux,
Ck>lonnes, murs croulants qui pendez en lambeaux.
Du peupie-roi, jadis maiUe de cette terre,
11 retrouve partout la trace militaire ;
Et, s'asseyant le boii , voit, le front dans ses mains,
£rrer autour de lui les ombres des Romains.
20 IliLlANAH.
L'un d'eux, qui fut, dit-on, le fils du grand Pompée, Repose ici — soldat couché sur «on épée.
Est-ce bieu toi, Cnéus i ù lier et noble enGsint, Qui fléchis, à Munda, sous César triomphant I
Or, un jour, la cité que TArabe dit sainte,
Et dont 1 houiicur des icmps a cuiibacré Tenceinte, Vit monter vers ses murs, de tètes hérissés, Les soldais de la France en bataillons pressés. Par un soleil de jum, sur l'abrupte montague lis gravissaient : brunis par plus d*une campagne, Lestes, la joie au fix)nt ; de périls et d'exploits Cœurs friands ; ~ dignes fils des ancêtres gaulois ! N'est-ce pas, compagnons? même en pays barbares, 11 fait bon de marcher quand sonnent les tanfares;
n MIUANAH.
Quand tmttent les tambours il est beau d'arriver,
Et de voir sur les luonts la gloire se lever I
Eu face de la lutte, alors, vaincus d'avance,
Les sombres Africains hâtèrent la vengeance.
De leur propre ruine implacables auteurs, Us^semèrent partout brandons, féux destructeurs. Milianah périt, bruyamment consumée ; Eux, rapides fuyards, à travers la fumée 1-ai tii^ent, ne laissant aux coiiquéraiits surpris Que Taffreux abandon d'une ville en débris.
Nimporte ; dès ce jour, sur Tenceinte écroulée La bannière française appai^ut; et Valée, Chef austère, en ces murs noirs de feux si récents. De nos meilleurs soldats consigna treize cents.
CHANT PEEMlËR.
— a Mom garderez, dit-il à Tintrépide élite, Ces donjons qu*avec vous enfin la France habite. Rappelés à Blidah, vos compaguons et moi Notts TOUS disons adieu. Soldats en qui j*ai foi. Vivez ici; sachez, troupe forte et hardie, Reconstruire les murs détruits par Tincendie. Que faut-il pour bâtir maisons, tours et remparts? Des pierres? Vous avez cent décombres épars.
À Tœuvre dès demain. — Si les tribus voisines Pour vous donner l'assaut gravissent les coliuies. Chassez-les; défendez, invincibles gardiens, Des sommets que la Finance a droit de du c siens. Â rheure des adieux, qui déjà nous sépare.
Je ne sais quels dangers l'avenir vous prépare : Quels qu'ils soient, résistez; luttez jusques au jour Qui doit sur ces hauteurs finir votre séjour.
Si MiLIANAH.
Après les mois d'été doxit le lèu nous dévore. Quand Tarmée au désert pourra passer ^core, Envoyés par mes soins, de nouveaux défenseurs Viendront, qui dans ces murs seront vos successeurs. »
Ainsi parle Valée^ et les compagnons d*annes
Se hâtent d'échanger Tadieu grave et sans larmes. Cet adieu des soldats en face du péril.
Où Tattendrissement garde un masque viril.
Les uns, que. vers Blidah le maréchal ramène, Partent comme à regret pour un meilleur domaine ; Les autres, qu'envahit déjà risoiemeut, Demeurent, le coeur gros d'un lourd pressentiment. Prévoyant les douleurs qui suivront leur absence, Ceux-la disaient : u Adieu, vous qu'a choisis la chance I
CHANT PREMiEE. 25
Quand sur vous niaiutencuit planera le daii^er. Nous lie seroas plus là, nous, pour le partager. » — <f Adieu, frères, adieu! disaient tout bas les autres ; Soumis à uos mandats sans envier les vôtres, Une dernière fois nous vous serrons la main.
Souvenez- vous de nous qui serons seuls demain. ; Ah! quand vous reviendrez, colonnes souhaitées, \ isiici de nouveau ces roches écartées, Heureux ceux d'entre nous qui pourront vous revoir, Et qui, drapeaux en téte, iront vous reoevdr 1 n
L'armée, au roulement du lamboLir qui résonne, Bientôt loin de la ville étendit sa colonne; Et, s*accoudant au mur, longtemps, le cœur en deuil. Les soldats qui restaient la suivirent de Tœil ;
Des remparts aux confms de la poudreuse plaine, Ils virent s'allonger toute une immense chaîne^ Escadrons de chevaux, troupes de fantassins, Que suivaient les tribus en rapides essauns.
Les vents, intmogés d'une oreille tendue, Leur jetèrent longtemps, à travers réteudue, Le bruit sourd des fusils qu'entre eux tiraient au loin Le grenadier de France et le soldat béduaai.
Enfin, l'heure venue où Tépais crépuscule Envahit le déseitdont la ligne recule.
Du haut de ses rochers la morne garnison Ne vit et n'entendit plus rien à rhorizon l
Déjà plus de viiigt nuits ont iait place à Taurore : Les jours scmt purs, les cœurs sont tranquilles encore. Les Arabes furtifs, des replis d'un ravin, Sui^ssent bien parfois; màis ce prélude est vain*
Durant ces premiers temps de solitude heureuse, On relève des murs la ruine poudreuse ;
Pour les procliains combats, pour le repos des nuits, Ou bâtit des remparts, on creuse des réduits. A guider les travaux un homme se signale :
Vieux commandant, ligure austère et martiale, Qui des labeurs guerriers aux soins industrieux Sait clescendre au besoin ; — son nom est i'artai ieux. Sitôt que la diane a frappé son oreille, U est debout, excite^ encourage, conseille :
— ATœuvre ! enfants, à l'œuvre! avançons aujourd'hui! £t, volontiers, en foule on travaille sous lui. Au maçon la truelle, au charpentier la hache. Suivant l'art qu'il apprit, chaque homme avait sa tâche : L*un, dans le four brûlant, faisait cuire le pain ; L'autre, habile à tailler le chêne et le sapin, Pour ces murs, qui semblaient hier inhabitables. Dut façonner des bancs et des lits et des tables.
CHANT PREttlER. »
Revenus avec joie à leurs premiers penchants.
Ceux de qui le berceau fut placé daus les chauàps Iront, sur les coteaux dont la ville s'entoure, Creuser un sol docile au fer qui le laboure.
Pour le temps pressenti des ingrats dénùments, En hftte, il faut semer de futurs aliments.
Ils voudront même avoir dans leur enclos agreste Quelques fleurs des jardins, luxe aimable et modeste : La pervenche, Toeillet; et Dieu sait, chaque soir, Le plaisir d*y sarcler,, d'y verser l'arrosoir 1 D'autres enfm, bergers portant la caiabine, Mèneront paître, aux flancs de la verte colline, Bœufs et moutons, bétail qu'on engraisse avee soin; Car du repas commun c'est le premier besoin.
Dans les murs, hors des murs de la ruche de pierre, Ainsi tu fais mouvoir cette famille entière,