‹ Milianah, épisode des guerres d'Afrique verseChapitre 4 sur 14 · H MILIANAH · texte numérisé non relu

H MILIANAH

Travaill saus qui les cœurs languissent abattus; Guérisseur des ennuis et père des vertus 1 Que du labeur des jours la trêve hebdomadaire Vienne à sonner^ i ardeur aussitôt se modère ; Du paisible dimanche observant les loisirs.

Ils demandent aux arts de généreux plaisirs.

De soldats étrangers aventureux mélange, Panni nos bataillons il est une phalange Qui réunit en elle, errants jouets du sort.

Les honunes du Midi, les blonds enfants du Nord ABemands, Irlandais, proscrits de Htalie, Fugitiis de l'Espagne ; — un attrait les rallie, L*attrait du chant, Tamour de Vart mélodieux Doiil la iau^m divine est la même en tous lieux. Ceux-là, quand du dimanche a reparu la féte, Assis sur les créneaux dont ils boideiit le laite,

n tflLIANAH.

Des climats paternels redisent les diansons, Que les cuivres gueiTÎers soutiennent de leurs sons. La solitude heureuse apprend vos mélodies.

Vous tous, maîtres fameux des œuvres applaudies, Gluck, Mozart, Meyerbeer, Hérold,-^groupe immortel! Et toi, cygne endormi depuis Guillaume TelU Harmonieux accords qui montent et descendent, Fleuve sonore et pur dont les ondes s'étendent! Quand se tais^t les chœurs, une voix du concert S'élève isolément, comme un arbre au désert.

Et tour à tour, au vent de la haute montagne, Gelui*ci jette un air de sa vieille Allemagne, Héroïque ballade, ou cliampêtre Noël Qu'au village, le soir, disait le ménestrel; Un autre, avec amour, ténor de la Sicile, Entonne ces couplets lamiliers à son ile

CHANT PREHIEB.

Que, dans les nuits d'été, module en son twteau

].c pêcheur d A^rigente ou reiitaiil de iNoto.

La France, à cas accords d'harmonie exotique, Souvent méte sa voix, belliqueuse ou rustique. Un des nôtres surtout, Biily, soldat lorrain, Enfant qui porte au cœur quelque tendre chagrin, Murmure voloiUiers, le soir, quand tout repose, Un chant pur entre tous; — Tamour est virtuose l Le plus rude gosier, par lui, devient savant ; C'est lui qui lait chanter Toiseau, Tarbre et le veut.

« Sur les collines de Lorraine,

Parmi les sapins et les Iioux, •

84 MlUANAH.

Est ime fllte éclose à peine,

Une faneuse aux cheveux roux.

Femmes du mont et de la plaine.

Inclinez-vous!

(( Aux prés, elle est vraiment superbe, Jouant des râteaux arden^ment.

Nulle à son front ne met la gerbe D*im plus agile mouvem^t.

Ne cachez pas, fleurs et hnns d*herbe, Ce iront cUarmaiit I

(1 Compagnons qu'un beau zèle emporte,

• Soldats^ ou cliaâseurs du chevreuil,

Voulez- VOUS, en voU'e àme forte, Ck)n8erver le calme et l'oifrueil?

Si vous passez devant sa porte, Détournez l'œil.

a Je Taperpus, un jour d'automne.

Rentrant par le chemin désert.

Son visage, au soir qui rayonne, BriUaitsous le frêne encor vert.

C'est depuis lors, Dieu lui pardonne.

Que j'ai souffert!

« Ce mal, dont on pleure et qu'on aime Je l'ai jour et nuit combattu.

86 MILtANAH.

Aux vents du cieU à Dieu lui-même, Las du ic dire, je l'ai tu.

0 belle enfant, ce mal suprême.

Le connais-tu? »

Autour des doux chanteurs, Aniphions de l'armée. Se groupe sur les murs l'assistance cbarmée«

La écho de l'Atlas, de niomcnls en moments, Képercul^ le bruit des applaudissements.

Calmes, Tesprit bercé par les heures sereines. Ils vécurent ainsi de tranquilles semaines.

Quaôdd rit le jour présent sachons nous y tenir. Le malheur est toujours assez prompt & venir!...

Non loiii (le la iiiuiiia^ne où la ville est posée,

Derrière les coteaux, dans la plaine arrosée

Où les flots du Chéliff par l'Arabe sont bus ,

£st situé le camp, rendez -vous des tribus.

Là, sous vingt noms divers, vivent les peuples Maures,

Tous CCS fiers cavaliers, moins hommes que Centaures,

88 MlLiANAH.

Qui, de leur propre souche enfants insoucieux.

Ont pour ieiu^s chevaux seuls des parchemins d'aïeux; Eiscarres, Bérebers, Mozabites, Arabes, Dont la voix au gosier prend toutes ses syllabes ; Uoiiunes au sang mêlé, d'ancêtres inconnus, On ne sait en quel temps ni de quel bord venus ; Tous CCS soldats aux yeux de tlaniaïc, à la peau sèche, Qui s'inclinent au nom que le mufti leur prêche, Qui, le chapelet d'ambre aux doigts, priant tout bas,

Dans le jeûne et la veille attendent les combats.

Pêle-mêle, au milieu des chameaux et des ânes.

Là, grouillent les maicliands venus en caravanes.

Les trafiquants Hébreux qui, dans l'ombre accroupis.

Vendent des talismans, des joyaux, des tapis.

Là, sont groupés enfin les pâtres sous les tentes;

Ces Ijcrgers du désert qui, par des ma'urs constantes,

Prolongent, d'âge en âge, à Tombre des palmiers, Les tableaux de la Bible et des siècles premierst

Troupeaux, soldats, coursiers, loule ondoyante et noire! Au centre vit le chef, celui qui de sa gloire Occupe le désert de Tun à l 'autre bout, Abd-el-Kader, — front double, — émir et marabout* Homme mystérieux qu'enveloppe un prestige, De ses aïeux au ciel il fait monter la tige.

Et, pour mieux accomplir ses terrestres desseins. Il se dit l'interprète et l'héritier des saints. C'est lui qui, des tribus préchant la délivrance. Souffle au soldat bédouin la liaine de la France, Lui qui devant nos lois se révolte, et ne sert Que l'âpre liberté, souveraine au déserti

A la loiï> (iuux apotrc et géuérdl larouciic, 11 lue avec le glaive ou bénit ce qu*il touche. Quand il marche, on le suit; et quand, seul à Técart, 11 dit : u Allez, je reste; » on s'incline et Ton part.

U a dit^ cette nuit, à ses soldats servîtes : — « Allez, courez reprendre une des saintes villes ; Et de Milianali que par vous chaque mur Soit lavé dans le sang de son vainqueur impur. J'ai su de Mahomet, par mon saint piivilége.

Qu'il réserve à nos coups ce peuple sacrilège. Sa colère aujourd'hui le dévoue à la mort.

11 ne permettra pas que des hommes du Nord, Contempteurs d'une loi qui de sa bouche émane, Outragent plus longtemps la cité nmsuhnanc,

La vilie où sont les os de vos chers marabouts*

Allez, courez, tiap^icz; il coiiil)al avec vous! n

La luiig ai guttuml répond à sa parole.

Vers le but indiqué soudain son peuple vole;

Et, même avant le jour, éveillée en sursaut, La garnison s'apprête à soutenir l'assaut.

A quels etforts, grand Dieu! n'est-elle pas réduite? Pour défendre Tenceinte à peine reconstruite, iSos soldats, accourus autour des officiers, N'auront que deux canons et que trois obusiers. N'importe; à Tennemi qui rugit la menace, Us sauront opposer un courage tenace ;

L'arme blanche, à défaut de caaoïiâ plus nombreux, Repoussera le choc des rangs brisi^s contre eux.

Ils voiil : quel est le chef qui s't lance à leur UHc ? C'est d'iilens, cœur vaillant qu'aucun péril n'arrête. Valée à son départ, confiant en son nom.

L'installa gouverneur en face du canon.

Ah l pour lui, des combats l'aventureuse chance

Est un jeu qu'il connut dès son adolescence.

D'un foyer provençal, écolier qui s'enfuit.

Il partît à seize ans, par la guerre séduit;

Et, joyeux depuis lors, dans la mêlée en Ihunmes,

S'enivra du danger, -pkùsir des fortes âmes.

Hélas! combien de fois, dans les moments futurs. Sous ces mêmes donjons dont il défend les murs. Au milieu des uiourants étendus sur la paille, 11 vous i^rettera, périls de la bataille !

Le destin va bientôt faire peser sur lui Des jours de deuil, des jours d'inexorable ennui. Alors que l'agonie aux langueurs fiméraires« Sans trêve, à ses cotés, consumera ses frères, - Lui, chargé de leur sort, et centre des douleurs, Avec ses propres maux souflrira tous les leurs!

Aujourd'hui, sur la brèche où l'ennemi se porte, 11 conduit ses soldats qu'en courant il exhoiite : « Alerte, compagnons! Vous dormiez sans souci; Chutiez rimprudent qui vous réveille ainsi.

GHâNT premier 45

L'aurore, au bord du ciel, montre sou gui visage ; Marchons à sa lumière. elle est d'heureux présage l »

De la ville attaquée on défend le contour;

Au talus du rempart on combat tout le jour, Tout k jour, affrontant le danger qui Tanmie, Chacun iait son devoir eu soldat magnaïuaie ; Et les fils du désert, venus quatorze c^ts, Reculent à la nuit, étonnés, impuissants.

Au eou de leurs chevaux Iftchés à toute réne, Ils emportent leurs morts enlevés de l'arène; Et, lançant en arrière un regard de vautour,

Jettent à nos remparts le serment du retour.

Étrangère aux fureurs de cette heure tragique , La terre, ce soir- là, souriait magnifique.

De rayons chauds et doux le désert s'empourprait ; Jkt l'astre, avec lenteur, dans sa gloire y renti'ait.

C'est bien ! la garnison a sauvé ses murailles : Mais la victoire, hélas! coûte des funérailles! Le long des paiiipets vaiilammeiii deiendus, Combien, morts et blessés, sont trouvés étendus ! Paniû CCS corps saignants dont la terre (;st couverte, On nomme Partarieux, — irréparable perte!

Tandis que, pour défendre un bastion du nord, De ses chers grenadiers il dirigeait TeHort,

48 MiLlANAU.

La balle d'uD Kabyle a traversé sa tete.

H est tombé, le soir, au déclin de la féte, La face à rennemi* Sous un saule ébranché, i'ar de pieuses mains son cadavi^ est coucbé. Ainsi dort sur sa gerbe un fermier patrfarche. Les anciens compagnons dont il réi;;ldiL Id maa lie, En cercle autour de lui, Tœil mouillé, le front bas, Happellent ses vertus, ses travaux, ses combats.

Avec les autres morts il descend dans la terre. On dédie à son ombre un adieu militaire.

Sur ces rochers déserts, soJjre et modeste deuil! Le héros trépassé n'a pas même un cercueil ; Dans le lit où la mort veut qu'à jamais il dorme, 11 plonge enveloppé de son vieil uniforme.

bur le bord du sillon refermé promptemeiit.

Les tambours jettent seuls un dernier roulement. La poudre des fusils est muette à l'absoute ; La poudre! — aux ennemis on la réserve toute... Mais le donjon témoin du trépas glorieux Se nomme désormais ; Redoute Fartarieux.

Soùs le soleil d'Afrique, en ta fosse lointaine,

Tu dors loin de lu France, ù brave capitaine l Tu tombas, des premiers; affranchi du malheur :

N'accuse pas le sort; — le tien fut le meilleur.

CHANT MLXIÈME

Page 1