VITI
Cependant la Htié, compagne vigilante, * •a \
Assiste les fiévreux sur leur couche brûlante. Ceux à qui des douleurs fut confié le soin,
Soutiens dont Tagonie, hélas! a tant besoin, Sont là, d'une parole encourageant leurs frères. Dans leur disette higrate» aux symptômes contraires A défaut d'autre miel ils prodiguent l'amour. Au chevet des grabats ils veillent nuit et jour ;
Lorsque, frappés du iiidi, tuiieï»le, à qui U? touche, Eux-mêmes des souffrants partageront la couche, Des soldats à leur tour se feront infirmiers, Leurs chefs même, oublièux de tous grades premiers. - Secourable Nicqueux, on te vit à leur téte! Soins adroits, zèle actil, tendresse toujours prête ; Que de fois les mourants, d'un regard, t'ont souri ! Même louange est due au pieux Ferrari.
L'homme dur au combat, iliomme qui frappe et tue, S*empresse à Consoler, à guérir s*évertue.
Par lui, sainte amitié, tu verses tes douceurs Aux malades privés des mères et des sœurs 1
£ii vain s'épuisent Tari et lâ pitié propice. Que peuventtoiisleur8soiiis7—Ah!danscerude hospice. Plus d'un mourant, surpris dans la candcui* des jours, Peut-être a souhaité tout bas d'autres secours; i lus d un, les bras pendants sur le sol mortuaire. Dans la vieille mosquée, mdigne sanctuaire, S*est souvenu sans doute, au passage fatal, D'une église lointaine et d'un culte natal*
GHAIfT DEUXIÈME. ttt
Dans ces confus tableaux qu'évoque l'agonie, ,
Il crut revoir, au loin» la chapelle bénie
Où du haptéme saint son front reçut H don.
Le prêtre, qui transmet le céleste pardon,
L huaibie autel, devant qui, de sa bouciie enfantine,
Le dimanche, il chantait une prose latine;
Et ce doux cimetière où, voisins du saint iit'U,
Ses ancêtres couchés dorment sous l'œil de Uieu !
Alors, il tut saisi d une douleur anière :
11 te redemanda^ vieux culte de sa mère !
Et tu ne pus répondre, et tu ne pus, hélas !
Lui promettre le ciel par la voix de tes glas 1
Prêtre du régiment, vénérable figui^.
Aux jours passés, alors que la foi brillait pure,
8t MILIANAH.
Aimé des bataillons que bénissait ta main, De l'armée aux combats tu suivais le chemin.
Partout rhomme du Christ se mêle aux vieilles guerres. Ce n'étaient pourtant pas des combattants vulgaires, Ccb Bayard, ces Clisson ; — ni vous, parmi nos l'ois, 0 neuvième Louis, mort en baisant la croix!
Mais dans ce siècle ingrat, qui voioatiers s en mille, Plus de consolateur sur nos champs de bataille; Nos tils voiiL à lu mort, conduits comme un troupeau . tiélas! où Dieu n'est plus, qu'est-ce que le drapeau?
Us meurent donc, là-haut, dans l'horrible mosquée,
Sans eau sainte, sans Imiie et sans croix invoquée. Dans toute sa laideur la mort frappe leurs yeux. On vit pourtant, on vit, ô souvenir pieux !
GUANT DEUXIÈME. 83
Un vieux soldat, venu d'Érin la catholi(|iu% Tirer de sa besace une chère relique, Saint joyau conservé sous un mince velours, Et qu'une Bible usée accompagnait toujours; 11 prit Tobjet sauveur, il prit le divin livre. Et, debout près de ceux a Id loiulie Dieu livre. Le soldat irlandais, phunt soir «t' matin, PsalmoJia les chants du volume latin.
Pasteur improvisé par ton cœur simple et tendre,
Sois béni! — Sois béni, vieillard qui sus comprends '
Que, de notre néant quand on touche au milieu, Quand tout manque ici-bas, il reste encore Dieu!
Les jouib ]ju6sent, Ic&jnaux avec eii^ s'accumuleiil, intolérables maux» qui rongent et qui brûlent, Et ne laissent pas même à ces âmes en deuil L*espoir des uaulragés oubliés sur récueil.
Ceux qui, moins épuisés par la fièvre subtile,
i^ouvaient, debout encor, se traîner pai' la ville, Sur un mur, sur un pan de roclie, allaient s'asseoir. Là, groupes isolés, jusqu'au rappel du soir
Us restaient, sans parole, iiiiaiobilcs, iiiortcb, Fïxmi un œil éteiut sur les plaines désertes. D'un iaiplacâble ciel explorant le contour. — Ils voyaient dans Tazur le corbeau, le vauluui*, Oursnt des jours entiers, tournoyer sur leurs têtes. Du Zaccai*, de l'Atlas, des plus lointaines crêtes. Ayant senti la {uroie à des signes certains.
Ces hôtes de la mort aiu-ivaient au\ tbstins.
lin soir, le colonel, dont la téte qui penche De brune qu'elle fut est déjà toute. J>lanche,
Rêvait des n^x présents et des futurs daiigcrs : Sa porte s'ouvre, il voit entrer deux étrangers, ' Couple que des remparts lui présente lu garde. D'un méliant coup d'œil, surpris il les i^arde :
De TArabe tous deux portent le burnous blanc ;
L'un d'eux est une femme ; elle approche en Ireniblant ;
Dans ses l)eau\ yeux, baignés d'une langueur profonde,
firille ce moite éclair qui semble un feu sous l'onde.
Son front, où la jeunesse est danb ba fleur encor.
Des soleils du désert porte le hàle d'or.
Qu'est-clle ? Todalisque au harem réservée ?
Ou la houri du ciel par rurient rêvée? —
Elle marche, le corps incliné vers celui
Dont furent éprouvés la tendresse et l appui;
Aux pieds du gouverneur ils tombent, et leur bouche
Sollicite la vie avec l'accent qui touche. . ^
— Il faut pourlant, il faut, avant de l'obtenir, Qu'ils disent quel motif ici les fait venir ;
Et malheur sur tous deux si i*interrogatoire D*ui) mensonge caché soupçonne leur histoire. Si leur bi>uche est sincère, ils peuvent espérer L'appui que doit la France à qui vient l'impiurer. Ainsi parle d'Illens.
Aussitôt le jeune' homme :
u C'est Alxiallah, dit-il, qu'au désert on nie nomme, Mais le vrai nom, donné par un père béni.
Je vous le dis à vous : Gi^coiuo Martini.
Ce nom, vous le voyez, décèle ma naissance ; Je suis Italien, mais je chéris la France.
Je ne dois point contei* quels incidents divers Du doux Piémont natal ni'ont conduit aux déserts; Là, non luia de Biidali, chez un Français, mou uiaitrc,
Je vécus un éié^ quand un jour, menant paître Les taureaux de la ferme élevés par mes soins,
Je fus pis, emmené par de hardis iiédouins.
Auprès d'Abd-el-Kader, chef ile la solitude.
J'ai porté bien des mois le joug de servitude... Esclave, je lavais le crin de ses chevaux.
Et j'aurais pu longtemps supporter ces travaux : J 'avais rencontré là, dans l iieuieuse vallée.
Au milieu des Jardins, une beauté voilée,
Fille de ces tribus, dont les attraits charmants Pour moi d'un rude exil en<shantaieut les nGtoments. Tout à coup, l'autre jour, le chef du camp bari>are Me dit : Pour les Français un assaut se prépai e ; Toi, soldat aujourA*hui, tu vas marcher contre eux, A moins qu*ici la mort n*entre mieux dans tes vœux. — Mon cijeur s'est iiidigiàé de cet oixlre farouche;
CHANT D£UX1ËM£.
J'ai fui; nous avons fui, car l'ange de ma couche.
Celle qui me soutient d'une tendre pitié,
A de mon avenir demandé la moilié*
Je ne vous dirai pas sous quels périls sans nombre.
Le jour, en plein soleil, la nuit, errant dans l'onibr
Nous avons du désert traversé les ravins;
Enfin, nous arrivons, grâce aux bienfaits divins I »
C'est -ainsi qu'il parla d'une voix haletante; £t, tandis que chacun se taisait dans l'attente^ La fille du désert aux yeux profonds et doux, Lasse d'un tel trajet, tombait sur ses genoux.
Au couple suppliant qui des tribus s^exile.
Ému, le gouverneui' fait ouvrir un asile.
11 ordonne pourtant que, sans cesse attentifs. Des gardiens soient placés près des deux fugitifs* Mais Giacomo détruit un soupçon qui Toutrage ; 11 se mêle aux travaux, expert à chaque ouvrage; Il veille dans l'hospice au chevet des mourants. Il combat au rempart, toujours aux premiers rangs. Autour de lui bientôt l'amitié suit Testime, Lui-même, d'un lien chaque jour plus intime,
CHANT DEUXIEME.^ n
11 s*attache à d iliens, diet au coeur paternel. A son foyer, un soir, il entre :
« Colonel,
Des maux de vos soldats chaque heure accroît lenombre;
Le désespoir sur eux, de jour eu jour plus sombre, S*étend comme un finceul^. En cette épaisse nuit, 11 est pourtant encore un iayon qui vous luit ! Des lieux voisins, avant ma libacié perdue, J'ai^ voyi^eur fréquent, exploré Tétendue ; Et j'ai su retenir la langue qu'au désert Parlent entre eux Rigas et Beni-Menas$er.
Voulez-vous vers Blidali que je tente un passage, Au maréchal français portant en un message
Le récit des douleurs qui sévissent ici? Parfois aux malheureux Taudace a réussi...
n * MILIANAH.
Ûhl ne soupçonnez pas quelque noir strâtagème:
Je laisse parmi vous cette femme que j*aime*
Si vous êtes trahis par moi, ^ar son amant, Elle est là, vengez-vous, inventez un tourment; Mon cœur, mis à vos pieds, reste' ei) voti% puissance.
Mais si le destin seul trahit notre espérance,
Si l'Arabe inquiet, dont vou^ savez les moeurs,
Me soupçonne et m*atteint, — en un mot, si je meurs ;
Sachez vous souvenir d'un serviteur lidèlé
Qui succomba pour vous — et qui mourut loin d'elle ;
Loin d'elle qu'au départ J'abandonne en ce lieu
A votre loyauté, dont le témoin est Dieu ! »
A ce noble discours, d'IUens tressaille, admire;
Sur l'heure, au maiéchal il se hâte d'écrire.
Giftoomo cependant, pour aider le hasard.
Reprend Tliabil premier qui gisait à l'écart. D'une allure connue imitateur habile, il revêt le burnous et Taspect du Kabyle; Puis, serrant cette ietlie où l'écrivain prudent Traça des mots que seul déchiffre un confident, 11 part; le colonel jusqu au rempart l'escoiie. Eux seuls doivent savoir quel message il emporte.
Comme le soir tombait dans l'espace embruni, û'lUens vit s'éloigner l'agile Martini*
Ûhl va, noble courrier qui fuis dans la campagne! Qu'un ange du Seigneur te voile et t'accompagne. Et puisses- tu bientôt, i*epassaiit le désert, Nous rapporter Tespou*, — comme le rameau vert
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